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La cour impériale à la Place des Arts

La troupe Shen Yun Performing Arts propose une incursion dans les traditions chinoises avec la danse classique comme elle était pratiquée jadis

Mélissa Guillemette   6 janvier 2012  Danse
Une jeune femme vêtue d’un habit traditionnel chinois distribue des prospectus pour le spectacle Shen Yun avant son passage en 2010 à Sydney, en Australie. À Montréal aussi, des bénévoles ont fait la promotion de cette production au cours des dernières semaines.<br />
Photo : Agence France-Presse Greg Wood
Une jeune femme vêtue d’un habit traditionnel chinois distribue des prospectus pour le spectacle Shen Yun avant son passage en 2010 à Sydney, en Australie. À Montréal aussi, des bénévoles ont fait la promotion de cette production au cours des dernières semaines.
Le jour de l'An étant passé, on regarde vers le suivant, le Nouvel An chinois, dont les festivités débuteront le 23 janvier pour accueillir l'année du dragon d'eau. Pour se mettre dans l'ambiance, la Place des Arts de Montréal se transforme ce week-end en palais impérial chinois. Incursion dans le phénomène de la mégaproduction Shen Yun.

La Chine a une culture millénaire aux mille visages. La troupe Shen Yun Performing Arts, qui lançait hier soir une série de quatre représentations à Montréal, propose justement une incursion dans ses traditions en présentant la danse classique, celle qui était pratiquée jadis à la cour impériale.

La danse classique a forgé des façons bien précises de bouger pour les hommes, avec vigueur, et pour les femmes, avec grâce et un soupçon de timidité. Le tout influencé en douce par les arts martiaux.

Le spectacle Shen Yun mélange danse, acrobatie, musique, narration et saynètes, et c'est bien une particularité des grands spectacles chinois, explique Claire Huot, spécialiste de la culture chinoise et auteure de deux ouvrages sur le sujet. «Les premiers grands spectacles comme ça ont eu lieu pendant la dynastie Han, autour de l'ère commune, pour les empereurs. Il y avait un peu de tout dans ces spectacles et ç'a continué comme ça. La dernière incarnation a été l'opéra, qui date du XVIIe siècle.» Ces présentations festives soulignaient la gloire de la grande civilisation chinoise.

Pendant le règne de Mao Zedong et la Révolution culturelle chinoise, c'est aussi le type de spectacle que le régime présentait, explique la sinologue. Mais plutôt que de louanger les 5000 ans de culture, les spectacles servaient à cette époque à «montrer comment la Chine va bien depuis l'avènement du socialisme»: la scène devenait outil de propagande.

À la brochette d'arts mélangés se sont ajoutés des éléments de ballet occidental, calqués sur le modèle russe.

Si le milieu de la danse s'est éclaté en Chine au début des années 1990 et que les troupes de danses chinoises offrent un menu beaucoup plus varié, les grandes productions multidisciplinaires existent toujours.

Shen Yun est l'une d'elles, mais il faut préciser que ses danseurs, d'origine chinoise, sont tous des émigrés vivant surtout aux États-Unis.

Shen Yun intrigue. Des milliers de prospectus sont distribués par des bénévoles depuis quelques semaines pour ce spectacle pourtant international. Près de 70 villes recevront la production cette année à travers une douzaine de pays.

En fait, trois troupes différentes de la Shen Yun Performing Arts, fondée en 2006 et basée dans l'État de New York, présentent le même spectacle d'une ville à l'autre. Une prestation haute en couleur, en costumes soyeux et en musique, armée d'une équipe de promotion franchement des plus dévouées.

Nous voulions en savoir plus mais à Shen Yun, on a expliqué qu'aucune entrevue n'est accordée aux médias. Il faut savoir que Shen Yun est présenté ici par l'Association de Falun Dafa de Montréal, qui regroupe les adeptes du mouvement spirituel chinois interdit en Chine et dont des membres ont été persécutés. C'est le même portrait ailleurs, Shen Yun et le mouvement sont intimement liés.

Ce spectacle de danse classique chinoise est donc éminemment politique derrière ses tissus colorés et ses éventails cousus à la main.

La troupe présente sa vision de la Chine ancestrale. «Après plus de 60 ans de régime communiste et surtout après la Révolution culturelle, la culture traditionnelle chinoise a été presque complètement démolie», écrit la compagnie sur son site Web.

Le groupe propose une «renaissance» des 5000 ans de culture chinoise. Pour s'ajuster à l'air du temps, le grand spectacle inclut la technologie (des projections sur écran) à son cocktail de traditions.

Grand déploiement

Des dizaines de danseurs occuperont tout le week-end la scène de la salle Wilfrid-Pelletier, propulsés par la musique d'un orchestre jouant des instruments modernes ou traditionnels, dont l'erhu, cousin du violon ayant deux cordes.

Faute d'entrevue avec la troupe, on a évidemment dû se rabattre sur les dépliants et le site web, où l'on nous a renvoyé. Voici quelques informations en vrac.

-En plus de la danse classique, le spectacle laisse une place aux danses folkloriques et ethniques chinoises.

-La trame narrative raconte, par des légendes, l'histoire de la Chine, de sa création il y a 5000 ans à l'avènement du Falun Dafa.

-Certains affirment avoir retrouvé la santé après le spectacle. «Spectacle politique» ou «Propagande»: des spectateurs et des journalistes (et probablement des ambassadeurs chinois) qui n'aiment pas le mélange de danse et de militantisme utilisent ces termes pour parler de Shen Yun. Mais beaucoup se laissent porter et reviennent absolument fascinés par ce spectacle à grand déploiement qui se renouvelle entièrement à chaque édition.

-Shen Yun visite les Montréalais pour une sixième année, leur offrant cette fois plus de représentations. Des spectacles auront lieu tous les soirs jusqu'à dimanche. La troupe internationale se déplacera ensuite à Toronto, du 12 au 15 janvier.
 
 
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