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Danse - Danse à l'aveugle

3 décembre 2010 | Catherine Lalonde | Danse
Rachel Harris danse dans Behind: une danse dont vous êtes le héros, de la chorégraphe Marie Béland.<br />
Photo : Julie Taxil Rachel Harris danse dans Behind: une danse dont vous êtes le héros, de la chorégraphe Marie Béland.
  • Behind: une danse dont vous êtes le héros
  • Avec Peter Trosztmer et Rachel Harris
  • Rayon X: A True Decoy Story
  • Avec Zoey Gauld, Simon-Xavier Lefebvre, Marilyne St-Sauveur, Anne Thériault et Andrew Turner
  • Deux chorégraphies de Marie Béland. À Tangente jusqu'au 5 décembre.
Programme double de Marie Béland à Tangente. Avec Behind: une danse dont vous êtes le héros et Rayon X: A True Decoy Story, la jeune chorégraphe de maribé - sors de ce corps voile d'un côté la danse au possible, avant, ensuite, de vouloir en révéler le quand, le comment et le pourquoi.

Vue à la générale mardi soir, Behind: une danse dont vous êtes le héros s'est révélée un petit bijou de mystère et de subtilité, une pièce qui s'épanouit lentement et sûrement comme une fleur nocturne.

La chorégraphe se pose pourtant toutes les embûches imaginables: des parois, posées à l'avant-scène, coupent la vue du spectateur. Rien de moins. Le spectateur, derrière ce rideau de fer, voit seulement les lampes, les rails d'éclairages, les pieds des deux interprètes. Rien, on ne voit presque rien, et tout est silence. Une danse à l'aveugle.

Dans ce minimalisme, qui au début irrite, le regard et l'attention s'aiguisent. Ça demande concentration et patience: on ne saisit d'abord que quelques ombres, on découvre qu'on peut suivre le dessin, chorégraphie morcelée, des corps sur le plancher. Le rouge, le bleu, le lamé des costumes s'y réfléchissent, et sans trop comprendre, on suit le miroitement comme des jeux de nuages dans le ciel. La contemplation nous prend, une impression de rêver les yeux ouverts, devant ces formes et déformes mouvantes, nous tient.

Plus la pièce avance, plus on s'habitue à cette parcimonie des sens, et plus les danseurs donnent des indices de souffle, de voix et de sons. De l'eau coulée au sol — on vous garde le punch — permet, reflet dans l'eau, de voir mieux ce qui se passe de l'autre côté du mur. Des débordements sonores, délires soudains qui viennent court-circuiter l'histoire qu'on se tissait, nous plongent illico en plein David Lynch, dans une absurdité ludique, une étrangeté cohérente qui nous saisit et nous égare tout à la fois.

Très bien construit, patient, rigoureux, amusant et intelligent, on questionnera la fin, pour la rupture narrative dans l'histoire bougée de ce couple, à l'arrivée de la musique, rupture qui semble tenir davantage du cabotinage que de la cassure nécessaire. Mais c'est un bien petit bémol pour une bien belle étude, portée par les éclairages essentiels dans ce casse-tête de Fred Gravel, et par les danseurs Peter Trotszmer et Rachel Harris qui, même cachés par un mur noir, arrivent à nous faire voyager.

Coeur de la soirée, Rayon X n'a pas la même clarté chorégraphique. Pièce à numéros pour quatre interprètes, la chorégraphie veut montrer comment se construit une création, par des pauses, des changements d'espace, des mises en abîme, des commentaires des danseurs, qui dévoilent au passage leur individualité, des sketches et des narrations.

Mais le propos se perd très rapidement, à la fois en cherchant trop la légèreté et le sourire et en tirant trop de lièvres à la fois. Car Marie Béland parle au passage de l'enseignement du mouvement, de la valeur que devrait avoir la danse, du métier d'interprète, de l'humain derrière le danseur.

Malgré l'implication des interprètes, on a l'impression d'assister à une démonstration. Vice de forme? N'aurait-il pas fallu que la construction — gestuelle, spatiale, dynamique, narrative, émotive — soit béton pour que la déconstruction soit alors efficace?


 
 
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