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Danse - L'infinie déclinaison du rythme

Frédérique Doyon   23 juin 2003  Danse
Dans Full Cycle, le collectif d'artistes Urban Tap fusionne danse et musique de multiples horizons culturels pour célébrer le rythme, fondement de la vie.

Après avoir étiré sa programmation à toutes les sauces musicales, voici que le Festival international de jazz de Montréal poursuit son développement tentaculaire et entre maintenant dans l'univers de la danse. On ne peut toutefois pas reprocher au méga-événement montréalais de dévier de sa mission en invitant Urban Tap. Car pour l'artiste guyanais Tamango, directeur artistique de la compagnie, le rythme est à la base de son travail, qu'il se conjugue en danse ou en musique.

Ce sont d'ailleurs là des choses qu'il se refuse à dissocier. Quand on demande à Tamango si l'attrait artistique principal de ses créations est la musique, la danse ou le mélange des cultures, il répond tout de go: «Urban Tap, c'est tout cela à la fois. Je ne peux les séparer.» Full Cycle se veut un spectacle où danses et musiques de différentes cultures s'amalgament pour faire jaillir l'infinie déclinaison du rythme: ceux des claquettes de Tamango, d'un breaker et d'une danseuse haïtienne, auxquels se joignent ceux d'un violoncelliste, d'un percussionniste et d'un trompettiste. Le tout est mis en images par un vidéaste — la musique visuelle — pour compléter cette célébration des sens.

Né en Guyane française, l'artiste basé à New York découvre la claquette à Paris alors qu'il poursuit des études en art. «C'est dans les rues que j'ai vu — ou plutôt entendu — du tap dance pour la première fois. J'ai aimé le son. Je ne connaissais même pas la danse, encore que j'aimais déjà la musique» des pas, raconte-t-il. De la rue, il gardera la spontanéité de l'expression artistique, d'où ses emprunts, aussi, à la culture hip-hop. Ses premiers spectacles se déroulent dans des bars new-yorkais. «À l'époque, il n'y avait pas d'autres avenues, souligne-t-il. Je ne voulais pas nécessairement danser dans des clubs, mais c'était le seul endroit où je pouvais le faire sans avoir à payer», précise Tamango. Il insiste d'ailleurs pour qu'on ne réduise pas la culture de l'improvisation à l'espace public, à la rue. «La racine de ce que je fais, c'est l'impro, mais l'impro n'est pas un lieu, c'est une culture, ça transcende [la rue], c'est la racine du jazz», rectifie-t-il.

Si la compagnie se réclame d'une urbanité bien assumée, son directeur n'en évacue pas moins toute la dimension sacrée de la danse et de la musique.

«Le musicien charme les dieux et les déesses, le danseur les incarne. C'est à travers la danse que les esprits sont visibles», évoque-t-il. À ce titre, l'artiste new-yorkais porte toujours en lui les traditions de sa terre natale et des nombreux pays où il a voyagé.

Il a dansé auprès des grands de l'histoire du tap: Gregory Hines, Chuck Green, Jimmy Slyde. Mais, toujours avide d'échanges et d'expériences variées, il a aussi participé à un projet du maître butô Min Tanaka ainsi qu'à la création de Philippe Decoufflé pour les Jeux olympiques d'Albertville en 1992. «Il n'y a qu'en échangeant qu'on peut grandir. Si les choses ne se mélangent pas, elles restent hermétiques et meurent tout doucement», fait-il valoir. La barrière des langues et des cultures n'existe pas pour Tamango, car «c'est le rythme qui fait qu'on peut communiquer. Le rythme est l'essence de la vie», explique-t-il.
 
 
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