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    De la musique avant toute chose

    23 octobre 2010 |Catherine Lalonde | Danse
    Femme territoire ou 21 fragments d’humus est une pièce à numéros, organique, faite de petites bulles qui remettent en question le territoire, l’amour, la mort, l’art et la politique.<br />
    Photo: Chris Randle Femme territoire ou 21 fragments d’humus est une pièce à numéros, organique, faite de petites bulles qui remettent en question le territoire, l’amour, la mort, l’art et la politique.
    Femme territoire ou 21 fragments d'humus

    • De Joane Hétu
    • À Tangente
    • Du 28 au 31 octobre
    R3, de et avec Tedd Robinson

    • Avec Susie Burpee, Michael Caldwell, Jennifer Dallas, Masaharu Imazu, Linnea Swan et les Mashed Potato Mashers
    • Au Centre national des arts d'Ottawa
    • Du 28 au 30 octobre
    À Ottawa, le chorégraphe Tedd Robinson construit autour des Dichterliebe de Robert Schumann. À Montréal, la musicienne Joane Hétu, accompagnée de Susanna Hood à la danse, compose sa Femme territoire. De la musique, et live, avant toute chose.

    On ne sait pas vraiment que le chorégraphe Tedd Robinson, avant de se spécialiser dans les solos qui ont fait sa renommée, s'est d'abord penché sur la musique. «C'est ce que j'ai étudié à l'université avant d'aller vers la danse. Le Dichterliebe (Les Amours du poète), de Robert Schumann, é-tait déjà un de mes cycles préférés. Cette musique a flotté autour de moi pendant vingt ou trente ans.» Mais c'est dans le corps qu'il a enraciné sa recherche, profitant tout de même du 200e anniversaire de naissance de Schumann pour présenter la version définitive de R3: cinq danseurs, des insertions solos dansées par le chorégraphe et la musique live portée par le pianiste Jean Desmarais et le baryton Denis Lawlor.

    XIXe contre XXIe siècle


    La gestuelle est inspirée parfois des mots de Heinrich Heine, parfois de la musique, parfois du corps même. «J'ai composé des solos, des duos, des doubles duos, des lignes de blocage théâtral. Il y avait ce défi de composer des séquences très courtes, car la plupart des chansons ne durent que deux minutes. Mais je laisse de l'air entre les morceaux. Je crois que le public du XXIe siècle a besoin d'un break de tout ce son XIXe siècle!», avoue en riant doucement le chorégraphe.

    «La façon dont je dirige mes danseurs est très différente de la façon dont je me gère moi-même. Je suis très allumé par la facilité des danseurs qui sont forts techniquement, j'aime les défier en leur donnant un vocabulaire beaucoup plus rapide, beaucoup plus entrelacé que ce que je ne pourrai jamais faire», admet Tedd Robinson de sa voix délicate. Il se garde par contre les accessoires, qu'on retrouve dans pratiquement toutes ses pièces. Ici, éventail, verres à martini, écran, fleurs.

    Funambule danseur

    «Les objets justifient le mouvement, lui donnent une signification et l'empêchent d'être décoratif.» Le rapport avec les objets, croit-il, impose une lecture claire: «Si je tiens quelque chose en équilibre sur ma tête ou sur mon dos, le spectateur comprend immédiatement la précarité, cette bataille pour l'équilibre. Il sait que ça peut tomber — et ça arrive effectivement. J'aime cette instabilité qui me permet, en représentation, de me concentrer sur la tâche que j'ai à accomplir plutôt que sur le fait que je suis en représentation.»

    Le temps et les comètes


    Saxophoniste et chanteuse, aussi codirectrice des Productions SuperMusique et cofondatrice de la maison de distribution de disques DAME, Joane Hétu mène depuis trente ans son bonhomme de chemin de musicienne. Elle s'est frottée à la danse en composant, accompagnant ou improvisant pour O Vertigo, Danse-Cité ou Andrew Harwood. Et elle écrit ses propres spectacles, y cherche la friction entre les genres, le réel interarts. «On aime beaucoup les comètes, en art, mais m'intéressent surtout les gens qui ont une pratique très longue, qui mûrissent, qui font ce travail de peaufiner leur langage, admet avec philosophie la musicienne. On n'a pas tous le même rôle en art. Si j'avais le choix, je ferais la musique que le monde aime, et je ne sais pas pourquoi je suis "pognée" avec ce parcours d'avant-garde, ce travail dans l'ombre, à repousser tranquillement les frontières. C'est mon rôle, ma fonction. Tout ce que j'ai à faire, c'est d'être à l'écoute, de respecter l'art qui émane de moi, de lui donner sa chance.»

    Cette fois, ce sont des textes qui ont inspiré à Joane Hétu cette Femme territoire ou 21 fragments d'humus. Shakespeare, Tchekhov, Rilke et le poète grec Constantin Cavafy. «Je voulais porter ces textes, ils devenaient essentiels, il m'était impératif de les partager», précise-t-elle. Des textes dits de sa voix de cinquantenaire, de celle de la danseuse, chanteuse et chorégraphe Susanna Hood, dans la quarantaine, et des jeunes tonalités d'Alice Tougas St-Jak, musicienne de quelque vingt ans. S'ajoutent les musiciens Isaiah Ceccarelli et Jean Derome, et la vidéo de Mélanie Ladouceur. «J'aime les équipes bigarrées, avec des gens de tous les âges. Je voyais, pour le spectacle, une troupe de nomades qui se promène, des musiciens qui jouent avec très peu d'instruments, une musique ténue, atmosphérique.» Musique de rien, de voix et de corps aux présences travaillées avec une autre chorégraphe, Catherine Tardif.

    En résulte, dit la directrice artistique, une pièce à numéros, organique, faite de petites bulles qui remettent en question le territoire, l'amour, la mort, l'art et la politique. «Cette femme territoire est immense. L'idée de territoire, c'est autant la Terre, ma chambre, le Québec, mon âme... une femme qui devient vastitude.» Un projet, dit la créatrice, charnière pour elle, qui pourrait l'entraîner dans une nouvelle direction.












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