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Festival TransAmériques - Tout se pète la gueule, chérie: l'appel de la dérape

Catherine Lalonde   2 juin 2010  Danse
Le chorégraphe Frédérick Gravel avait le désir de faire un show de gars, de vrais gars, avec ses moments d’humour, de cabotinage, de «séductif comique».
Photo : Nicolas Cantin
Le chorégraphe Frédérick Gravel avait le désir de faire un show de gars, de vrais gars, avec ses moments d’humour, de cabotinage, de «séductif comique».

À retenir

    Le FTA présente
    • Tout se pète la gueule, chérie
    • de et avec Frédérick Gravel et Stéphane Boucher, Nicolas Cantin, Dave St-Pierre.
    • À la Place des Arts du 2 au 4 juin.
Gravel Works a été le buzz du Festival TransAmériques l'an dernier. Le mélange de rock garage, de danse et de performance de Frédérick Gravel et son GravelArtGroup brassait la cage habituelle de la danse. Fred Gravel revient, inspiré cette fois par le folk pour Tout se pète la gueule, chérie. Un vrai show de gars.

Ils sont quatre. Frédérick Gravel en maître d'oeuvre. Dave St-Pierre, chorégraphe trash cabotin. Nicolas Cantin, plus acteur que danseur, aussi chorégraphe. Et Stéphane Boucher, musicien. Parce que, pour Gravel, «la musique est la mise en scène, elle apporte la proposition physique au spectateur». Tout se pète la gueule, chérie, comme Gravel Works, se pose comme un concert: une quinzaine de numéros, le plus long de quinze minutes, présentés comme un musicien présenterait ses chansons.

Des numéros inspirés de «tounes trop intenses qui donnent envie de s'ouvrir les veines», signées Monsieur Mono, Galaxie 500, John Frusciante, Hank Williams ou Tom Waits. Gravel, parti d'un personnage, ce «paumé, calotte, bottes de cow-boy et bière, pris dans une danse erratique», parle du désarroi des mâles et du sentiment d'impuissance. «Tout tourne autour de ce gros désir, de cette volonté qui n'aboutit pas, contenue.» Un désir qui se déploie dans une gestuelle volontairement dure pour les muscles, difficile à exécuter. Une gestuelle aspirée vers le sol, toujours contre gravité et dégringolade. «C'est pas la chute qui m'intéresse, poursuit celui qui a signé les danses du Mutantès de Pierre Lapointe, c'est la lutte dans le déséquilibre. La poésie du déséquilibre et le rush qui vient avec. Se demander: qu'est-ce que je peux faire de plus avant de me planter? Il y a peut-être un rapport avec l'autodestruction. Et une beauté. Comme les fois où tu choisis de partir sur une dérape volontaire. On est dans une société tellement normée, c'est la seule façon de se sentir vivant, partir sur une dérape. On a entré cet appel-là dans le processus de création. Ce rattrapage physique, tout le temps, c'est ben dur sur les jambes», explique Gravel en se frottant les genoux.

Constat vécu

Lui et ses gars sont à la recherche d'une décharge brute, «de grosses dépenses d'énergie qu'on ne pourrait pas faire avec des filles. Tsé, Riverdance ou les danses folkloriques roumaines ont une énergie mâle, mais tellement formelle... Y'a pas un poil qui dépasse. Nous, ça dérape. Ça sera pas un compliment à Cunningham, mettons. C'est un show triste — ma vision du triste — qui parle de cette volonté, cette rage, cette naïveté d'une jeunesse qui n'a rien à faire de sa vigueur et de sa force. C'est pas un commentaire social, mais un constat vécu.»

Cette mâle dérape, remet-elle en question la masculinité? «Je me suis fait dire que Gravel Works était un show macho. Je pense que c'est juste parce que c'est un show d'hétéro et qu'on n'est pas habitué d'en voir. Je ne suis pas politique, pas moral dans mes shows. Et j'ai pas un discours sur l'hétérosexualité, mais j'assume. Je mets des situations en scène, on n'est pas dans l'abstraction; je parle de ma réalité, alors ça devient évident.» Désir donc de faire un show de gars, de vrais gars, avec ses moments d'humour, de cabotinage, de «séductif comique». Et l'expérience de se retrouver en studio entre hommes seulement? Le chorégraphe soupire... «C'est pas super discipliné...» Sourire. «En fait, c'est le processus le moins discipliné que j'ai vécu...»

***

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