Danse - Électrons, Big Bang et trou noir
À retenir
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Bodies to Bodies III
d'Isabelle Van Grimde / Corps Secrets.
Avec Sophie Breton, Dominic Caron, Frédéric Marier, Soula Trougakos
À l'Agora de la Danse jusqu'au 13 mars
Isabelle Van Grimde poursuit sa recherche sur les dialogues possibles entre danse et musique contemporaine. Son Bodies to Bodies III est un concert d'improvisation musical et chorégraphique. Avec, sur scène, cinq musiciens et quatre danseurs.
La scène de l'Agora est presque intime, rapetissée par les gradins sur deux côtés, encadrée des musiciens et de leurs instruments. Le noir tombe et tout de suite attaque la frappe intense d'un violon. Des cordes frénétiques, qui font lever une lumière chaude. L'alto vibre autant que son archet, collé sur un danseur tout de calme, qui déroule bien lentement sa colonne vertébrale. Le spectacle se déploie de cette image: les danseurs, gestes de feu, hachent l'air de leurs bras et de leurs pivots rapides. La colonne ondule, la gestuelle est combative. Les musiciens - Thom Gossage à la direction musicale - viennent parfois percer l'espace, arrivent, comme leur son, de loin derrière les spectateurs. La pièce hier se jouait essentiellement dans les rouges: costumes, et les éclairages, très beaux, signés Karine Gauthier, qui tracent au plancher des carrés de lumières que Guido Molinari n'auraient pas reniés.
La chorégraphie est construite par modules et laisse une large part à l'improvisation. Les consignes semblent surtout rythmiques, dynamiques et directionnelles. S'y trouvent un mystère, mais la tessiture est plus intellectuelle qu'émotive ou poétique. Si la structure évite la boue des transitions qui peut engluer les improvisations, certains tableaux tardent encore à trouver leur os, leur essence. Et les systèmes physiques confinent les danseurs aux mêmes tonalités gestuelles : peu de touchers, pas de portés, très peu de sauts et très peu de sol. Cette unité, comme les récurrences de mouvement, donnent une cohérence, mais portent aussi l'impression de redite. Hier à la première, les garçons volaient la vedette - Frédéric Marier en tête, qui a pris du chien, de l'autorité et de la présence. Le mélange des corps de danse et de musique aurait pu être poussé beaucoup plus loin: on aurait aimé plus de risque, plus d'audace. Car chacun reste dans son corps, chacun un peu pour soi. Bodies to Bodies III, au final, demeure plus cérébral que poétique, encore sage, très propre dans sa recherche. On aurait aimé que ces électrons libres, qui se cherchent et s'écoutent vibrer, aillent jusqu'au Big Bang, à l'implosion ou au trou noir.
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Collaboratrice du Devoir
La scène de l'Agora est presque intime, rapetissée par les gradins sur deux côtés, encadrée des musiciens et de leurs instruments. Le noir tombe et tout de suite attaque la frappe intense d'un violon. Des cordes frénétiques, qui font lever une lumière chaude. L'alto vibre autant que son archet, collé sur un danseur tout de calme, qui déroule bien lentement sa colonne vertébrale. Le spectacle se déploie de cette image: les danseurs, gestes de feu, hachent l'air de leurs bras et de leurs pivots rapides. La colonne ondule, la gestuelle est combative. Les musiciens - Thom Gossage à la direction musicale - viennent parfois percer l'espace, arrivent, comme leur son, de loin derrière les spectateurs. La pièce hier se jouait essentiellement dans les rouges: costumes, et les éclairages, très beaux, signés Karine Gauthier, qui tracent au plancher des carrés de lumières que Guido Molinari n'auraient pas reniés.
La chorégraphie est construite par modules et laisse une large part à l'improvisation. Les consignes semblent surtout rythmiques, dynamiques et directionnelles. S'y trouvent un mystère, mais la tessiture est plus intellectuelle qu'émotive ou poétique. Si la structure évite la boue des transitions qui peut engluer les improvisations, certains tableaux tardent encore à trouver leur os, leur essence. Et les systèmes physiques confinent les danseurs aux mêmes tonalités gestuelles : peu de touchers, pas de portés, très peu de sauts et très peu de sol. Cette unité, comme les récurrences de mouvement, donnent une cohérence, mais portent aussi l'impression de redite. Hier à la première, les garçons volaient la vedette - Frédéric Marier en tête, qui a pris du chien, de l'autorité et de la présence. Le mélange des corps de danse et de musique aurait pu être poussé beaucoup plus loin: on aurait aimé plus de risque, plus d'audace. Car chacun reste dans son corps, chacun un peu pour soi. Bodies to Bodies III, au final, demeure plus cérébral que poétique, encore sage, très propre dans sa recherche. On aurait aimé que ces électrons libres, qui se cherchent et s'écoutent vibrer, aillent jusqu'au Big Bang, à l'implosion ou au trou noir.
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