Danse - Ce sublime ennui
Photo : Michael Slobodian
José Navas a présenté sa première œuvre pour grand plateau au Centre Pierre-Mercure hier soir. Les huit interprètes de S déploient une gestuelle à la fois abstraite et incarnée qui fait la marque du chorégraphe québécois d’origine vénézuélienne. S pour le silence qui a guidé la création de l’œuvre et S pour la musique d’Érik Satie qui l’accompagne finalement. La pièce de groupe était précédée d’un court solo dansé par Navas intitulé Villanelle.
À retenir
-
Villanelle et S
de José Navas. Au Centre Pierre-Péladeau, jusqu’au 28 novembre.
José Navas, chorégraphe chéri des Montréalais, dévoilait hier S, sa première pièce pour grand groupe. Accueil très chaleureux pour cette danse dessinée avec la précision et la pureté d'une eau-forte.
Huit danseurs, d'abord vêtus de voile blanc, s'abandonnent aux mouvements définitivement signés Navas: des bases larges, triangulaires, des bras et des jambes qui tranchent l'espace. Avec un merveilleux esprit de corps et un souffle commun, les interprètes marquent l'air plus qu'ils ne le sculptent. Légèreté, flottaison. Le toucher est sans poids, les portés peu nombreux. En arrière-plan, Claire Chevallier, derrière un large piano à queue, interprète les très connues Gnossiennes et Gymnopédies de Satie. Les unissons, en ce soir de première, sont cristallins, surtout en début de pièce, entrecoupés de solos et de petits groupes. Le fil est continu et fluide, l'écriture chorégraphique de Navas indéniablement maîtrisée. Elle s'épanouit dans l'exploitation de géométries, physique et spatiale. Le matériau gestuel, rythmique et dynamique est peut-être trop limité, puisque ce qui au départ charme par sa cohérence et son unité finit par lasser. C'est beau, oui. D'une beauté formelle, architecturale et répétitive. Au fil de la pièce, les danseurs se dénudent: d'abord les torses où luisent la sueur de l'effort. Mais jamais ils n'arriveront à l'individualité de la réelle nudité: de ridicules boxers couleurs chairs, qui surmoulent tout ce qu'ils voudraient cacher, métamorphosent le corps des interprètes. En quoi? Barbies? Plastique? Reste, malgré la générosité des interprètes, une impression d'inabouti devant ce jardin de sculptures humaines. Tout est beau, oui. De cette beauté de lignes et de formes qu'on trouverait à regarder un jeu de Lego manié de main de maître. De cette beauté d'un sublime ennui.
En première partie, Navas livrait lui-même sa toute courte Villanelle. Six petites minutes où le soliste déployait ses bras comme des tentacules et des rubans, ouvrant torse et coeur sur une magnifique musique de Vivaldi. Toujours aussi féru des tours et spirales, toujours aussi gracieux, précis et retenu.
***
Collaboratrice du Devoir
Huit danseurs, d'abord vêtus de voile blanc, s'abandonnent aux mouvements définitivement signés Navas: des bases larges, triangulaires, des bras et des jambes qui tranchent l'espace. Avec un merveilleux esprit de corps et un souffle commun, les interprètes marquent l'air plus qu'ils ne le sculptent. Légèreté, flottaison. Le toucher est sans poids, les portés peu nombreux. En arrière-plan, Claire Chevallier, derrière un large piano à queue, interprète les très connues Gnossiennes et Gymnopédies de Satie. Les unissons, en ce soir de première, sont cristallins, surtout en début de pièce, entrecoupés de solos et de petits groupes. Le fil est continu et fluide, l'écriture chorégraphique de Navas indéniablement maîtrisée. Elle s'épanouit dans l'exploitation de géométries, physique et spatiale. Le matériau gestuel, rythmique et dynamique est peut-être trop limité, puisque ce qui au départ charme par sa cohérence et son unité finit par lasser. C'est beau, oui. D'une beauté formelle, architecturale et répétitive. Au fil de la pièce, les danseurs se dénudent: d'abord les torses où luisent la sueur de l'effort. Mais jamais ils n'arriveront à l'individualité de la réelle nudité: de ridicules boxers couleurs chairs, qui surmoulent tout ce qu'ils voudraient cacher, métamorphosent le corps des interprètes. En quoi? Barbies? Plastique? Reste, malgré la générosité des interprètes, une impression d'inabouti devant ce jardin de sculptures humaines. Tout est beau, oui. De cette beauté de lignes et de formes qu'on trouverait à regarder un jeu de Lego manié de main de maître. De cette beauté d'un sublime ennui.
En première partie, Navas livrait lui-même sa toute courte Villanelle. Six petites minutes où le soliste déployait ses bras comme des tentacules et des rubans, ouvrant torse et coeur sur une magnifique musique de Vivaldi. Toujours aussi féru des tours et spirales, toujours aussi gracieux, précis et retenu.
***
Collaboratrice du Devoir
Haut de la page

