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Danse - Déjouer les perceptions

Noam Gagnon est plus qu'une moitié de The Holy Body Tattoo

Frédérique Doyon   14 novembre 2009  Danse
Noam Gagnon
Photo : Vision Impure
Noam Gagnon
Les deux moitiés séparées d'un tout valent parfois mieux que leur somme. Pour un temps, du moins. Habitué à secouer le public de ses pièces énergiques carburant aux images vidéo depuis 1982, l'indissociable duo canadien Holy Body Tattoo (HBT) s'est temporairement séparé en 2007, le temps de recharger ses piles créatives individuelles. Dana Gingras créait Smash Up en 2008. C'est au tour de Noam Gagnon de présenter son opus solo, The Vision Impure, à l'Usine C cette semaine.

La pièce en cache en fait plusieurs, comme si l'angoisse pétrifiante de la partition artistique avait généré un monstre de création. The Vision Impure, sous le chapeau de la nouvelle compagnie satellite de HBT, Vision Sélective, compte un triptyque signé Noam Gagnon, un solo commandé au chorégraphe d'origine britannique Nigel Charnock, et Untitled no. 1, tout récemment livré par le chorégraphe québécois Daniel Léveillé. Son triptyque lui a déjà valu le prestigieux Isadora Duncan Award for Excellence in Performance.

«Au début, c'est le néant: qui on est sans l'autre? raconte en entrevue M. Gagnon au sujet de la scission momentanée de HBT. Et neuf mois pour créer, c'est pas beaucoup pour se donner le temps de changer, d'aller chercher d'autres dynamiques, physicalités et émotions. Je n'ai plus eu peur d'être la moitié moins quand j'ai compris que ce que je faisais seul, sans être emboîté dans le corps de l'autre, c'était mon univers à moi.»

Il est parti en Espagne en quête «d'autres rythmiques». Entre l'esprit du flamenco et l'art de la corrida, il a trouvé des liens inspirants qui jetteront les bases de A Few.

«Les taureaux, ça me fascine depuis longtemps. Dans cette forme d'art [la corrida], il y a le courage de faire face à ta mort; et si tu fais face à ta mort, tu fais face à ta vie. C'est une pièce qui parle d'épreuves et de comment les surmonter.»

Perceptions croisées

De retour en studio, il s'est d'abord vu incapable de créer un solo. Le fantôme de la partenaire le hantait au point que A Few a connu une première version duo, présentée sur les scènes de Vancouver, où vit le Montréalais d'origine. Depuis, il s'est entièrement approprié l'oeuvre.

«Dans cette dernière incarnation de la pièce, c'est mon travail à moi que les gens vont voir, dit-il avec une fierté dénuée de prétention. Et ils verront d'autres facettes de moi dans le travail des autres.»

Et c'est précisément ce jeu de perceptions croisées que Noam Gagnon voulait explorer dans sa nouvelle vie de chorégraphe temporairement indépendant. Dans When That I Was, son collègue Nigel Charnock lui a ainsi conçu un personnage comique et absurde à souhait, peut-être plus fidèle au Noam rieur de la vie quotidienne qu'au dandy rebelle que le spectateur a connu dans Our Brief Eternity (1996) ou, plus récemment, dans Running Wild (2005).

Son triptyque reflète précisément cette intention de déjouer les perceptions habituelles dans ses thèmes. «J'ai voulu déstabiliser les perceptions parce qu'on est limités par elles: qui est le matador? le public? est-ce que le taureau, c'est moi?» Même au chapitre de ses collaborateurs en musique, il s'est notamment adjoint une choriste au coffre d'opéra et «à la voix d'ange», Viviane Houle, en plus des musiciens Jeff Corness et Stefan Smulovitz.

Après avoir désorienté le public et ses proches dans leur lecture de qui est Noam Gagnon, le danseur et chorégraphe a volontairement chercher à se déstabiliser lui-même en faisant appel à Daniel Léveillé.

«Je voulais me voir dans la simplicité du geste nu, confie-t-il. C'est l'antithèse de ce que je fais. Dans la durée d'un mouvement de Léveillé, j'ai le temps d'en faire 200!»

En cherchant à exprimer une autre dynamique, moins «in your face» que la bombe chorégraphique de HBT, Noam Gagnon n'a quand même pas rogné tout ce qui le définit. Son naturel fringant revient souvent au galop. «Je travaille les mêmes choses mais avec plus de sensibilité», nuance-t-il. Et l'image soignée, toujours reine dans HBT, demeure un liant essentiel des trois volets de son triptyque, sous la gouverne de Kenneth Sherman.

***

- Du 18 au 21 novembre à l'Usine C
 
 
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