Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Danse - La scène où le prince est Navas

    8 juin 2002 |Isabelle Poulin | Danse
    Un des trois solos interprétés par le chorégraphe José Navas. - Photo Cylla Von Tiedemann
    Photo: Un des trois solos interprétés par le chorégraphe José Navas. - Photo Cylla Von Tiedemann
    Peut-être ne danse-t-il pas vraiment, peut-être traverse-t-il seulement le monde des vivants. Non, vraiment, il danse, mais comme le commun des mortels parvient rarement à le faire. Ou il est tout simplement le prince de tous les danseurs, celui qui donne généreusement l'impression que tout mouvement coule de source, que nous ne sommes pas emprisonnés dans nos corps ou encore collés au sol sans aucun espoir de s'élever un jour. Le spectacle qu'il donne à l'Agora ces jours-ci remet en lumière ce don particulier qu'il a de transformer la scène en une aire de célébration du corps, du mouvement, de la danse.

    Copieux, le menu: trois solos interprétés par le chorégraphe lui-même, un autre qu'il avait créé pour Annik Hamel pour la formule Interprètes de Danse-Cité, un duo avec Jamie Wright extrait de la nouvelle création en chantier et un film de Philippe Baylaucq qui le met en scène avec Chi Long. Un événement aussi, car José Navas n'a pas caché qu'il n'interpréterait plus ces solos, occupé désormais à explorer plus avant la création chorégraphique, particulièrement les pièces de groupe. On a pu alors goûter son extraordinaire présence avec un curieux mélange d'émotions, le plaisir mêlé à l'urgence de fixer à jamais dans la mémoire les images de cet homme en pleine possession de son art.

    Les deux premiers solos sont de vrais bijoux. Post Data et Sterile Fields, à leur création en 1994 et en 1996, révélaient non seulement ses qualités d'interprète mais aussi son habileté à conjuguer tous les éléments scéniques. Dans Post Data, quatre longues cordes sont tirées en oblique du sol vers le plafond. Il est là, lèvres rouges et court justaucorps noir à large échancrure dans le dos, un de ses costumes délicieusement ambigus. La lumière tombe sur lui, il s'en imprègne avant d'entamer une marche lente. Avec son regard perçant, l'absolu contrôle de ses mouvements, leur fluidité, la volupté qui s'en échappe, sa découpe fine de l'espace, José Navas crée l'envoûtement. Lorsque la musique de Laurent Maslé devient percussive, son corps épouse parfaitement les rythmes. Dans Sterile Fields, plus cérémonielle — la pièce est un hommage à l'artiste et au compagnon William Douglas, mort du sida —, José Navas avance cette fois dans un costume blanc translucide. Il montre là sa grande polyvalence, tout aussi puissant et précis dans l'extrême lenteur que dans la rapidité. Dans cette émouvante pièce où l'esprit semble s'arracher progressivement du corps, il installe chaque mouvement, chaque torsion du tronc, chaque extension des doigts, des bras, des jambes avec patience, sans précipitation aucune. Dans Célestiales, créée il y a dix ans, il y va d'une triste parodie de la ballerine sur un air d'opéra de Strauss. Sorte d'hybride masculin-féminin, moitié cygne, moitié homme, José Navas montrait déjà, avec ces mouvements vertigineux de la tête simultanément aux mouvements de jambes bien ancrés au sol, sa force technique tout autant que dramatique.

    Son Étude est d'un tout autre registre. Dans cet aperçu de sa création en cours, ce sont les dynamiques du duo qui sont explorées. Les différences sexuelles sont gommées — les deux interprètes, Jamie Wright et Navas, sont en survêtement —, mais le chorégraphe parvient tout de même à dérouter avec quelques étreintes. Annik Hamel, dans Côté coeur, côté jardin, incarne avec brio un personnage un peu hystérique qui débite ses visions à toute vitesse avant de se lancer dans une danse tout aussi nerveuse. Et c'est un film magnifique qui clôt la soirée. Lodela, réalisé par Philippe Baylaucq, bouscule tous les repères spatiaux, séduit par ses trouvailles visuelles et bouleverse, surtout. Une fin de saison mémorable pour l'Agora. Montréal a encore dans ses murs un interprète d'exception. Il faut donc, toutes affaires cessantes, aller voir danser José Navas.

    ***

    Post Data, Sterile Fields, Étude, Côté coeur, côté jardin, Célestiales. Chorégraphie: José Navas. Interprètes: José Navas, Jamie Wright, Annik Hamel.

    Lodela. Un film de Philippe Baylaucq, en collaboration avec l'ONF. Chorégraphe: José Navas. Interprètes: Chi Long, José Navas. Au Studio de l'Agora de la danse, jusqu'au 8 juin.
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel