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    Danse - Le mythe Nijinski revit

    Un artiste français recrée L'Après-midi d'un faune du légendaire danseur russe

    25 juillet 2009 |Frédérique Doyon | Danse
    Les experts s’entendent sur le fait que les seules traces visuelles de Nijinski proviennent d’une série de photographies du baron Adolf de Meyer, parmi lesquelles figure celle-ci.
    Photo: Les experts s’entendent sur le fait que les seules traces visuelles de Nijinski proviennent d’une série de photographies du baron Adolf de Meyer, parmi lesquelles figure celle-ci.
    Un improbable film de Vaslav Nijinski interprétant apparemment son sensuel faune en 1912 roule sur YouTube. Une oeuvre — belle, mais fictive — signée Christian Comte (en 2008!) à partir des photographies du baron Adolf de Meyer.

    Nijinski ne dansera plus seulement dans nos têtes. L'icône du ballet russe, qui n'a laissé que des photos et des notes de sa danse intense et audacieuse, reprend vie grâce au travail d'animation par ordinateur du Français Christian Comte. Son objectif? Remonter les huit minutes et demie du mythique ballet L'Après-midi d'un faune (Faune) de 1912.

    Quelques fragments de l'oeuvre (trois minutes au total), déjà en ligne sur YouTube, ont d'abord ravivé la légende: un film de Vaslav Nijinski — signé Chaplin? — existe, caché quelque part, malgré l'interdiction superstitieuse du directeur des Ballets russes Serge Diaghilev de filmer ses ballets. Les experts s'entendent pourtant sur le fait que les seules traces visuelles de Nijinski proviennent d'une série de photographies du baron Adolf de Meyer. Cette trentaine de clichés sert de matériau de base au montage de Christian Comte.

    «Ce qui m'a amené à travailler sur Nijinski, c'est la certitude, à la vue des photos de Meyer, qu'il s'agissait d'une énigme à déchiffrer, raconte au Devoir l'artiste français, joint par courriel. Auparavant, je n'avais jamais entendu parler de Nijinski.»

    Un style revu et corrigé?

    Il travaille actuellement sur l'unique saut du Faune, dont la hauteur et la légèreté ont fait la renommée du danseur, pourtant peu avantagé physiquement par sa courte taille et ses cuisses épaisses. Pour recomposer le ballet en mouvement, il a conçu un outil informatique qui découpe, superpose et fusionne les images. Un procédé qui aboutit à une relecture du style de Nijinski, selon Christian Comte.

    «Je suis arrivé à des conclusions qui contredisent les versions [du Faune] des grandes compagnies, affirme celui qui se dit alchimiste du cinéma d'animation. Par exemple, le faune avance en posant d'abord la pointe du pied, ce que ne font ni [Charles] Jude [de l'Opéra de Paris], ni [Rudolf] Noureev, ni [George] de la Pena, ni aucun autre [danseur] à ma connaissance.»

    Une prétention que temporise l'historien de la danse Vincent Warren. «Il ne faut pas oublier que ces photos [celles de Meyer à partir desquelles a travaillé Christian Comte] ne sont pas les captations d'une performance; ce sont des photos posées.» Et les critiques de l'époque, offensés par la bestialité sensuelle du personnage mi-homme, mi-bouc du faune, font une référence directe aux pieds flexes de Nijinski, rappelle-t-il.

    Le test en forme de fraude

    Pour tester son procédé, il a mis un premier fragment en ligne en septembre dernier sans préciser qu'il s'agissait d'une recomposition. On y a cru: tandis que les néophytes s'extasiaient ou critiquaient la piètre qualité de l'image (!), les connaisseurs s'insurgeaient contre l'apparence d'authenticité, entorse à l'histoire.

    «Il a fallu près de deux mois avant que je ne reçoive la première insulte, rapporte l'artiste. J'ai compris que mon procédé était presque au point.»

    Le flou n'a duré qu'un temps et, aujourd'hui, on peut se réjouir d'avoir accès à un document vivant pour saisir le génie fou derrière la légende de la danse. En gardant à l'esprit qu'il s'agit d'une fiction, insiste l'historien de la danse et ex-danseur des Grands Ballets canadiens, Vincent Warren.

    «C'est amusant, intéressant, beau à voir, mais ce n'est pas la réalité, ça reste de l'animation, on ne voit pas vraiment Nijinski danser», dit-il, plus curieux que choqué par la chimère numérique, qui fera d'ailleurs partie d'une exposition itinérante du Centre national de la danse de Paris en 2010, année d'échanges culturels entre la France et la Russie.

    ***

    La chaîne de Christian Comte sur YouTube: www.youtube.com/user/christiancomte

    Le site de Christian Comte: www.christiancomte.fr












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