Opéra Garnier de Paris - Édouard Lock et Robert Carsen divisent la critique
Conspuée par les uns, acclamée par les autres, leur relecture esthétisante tranche résolument avec l'univers baroque des Boréades
31 mars 2003
Danse
Paris — Le chorégraphe montréalais Édouard Lock et le metteur en scène canadien Robert Carsen ont divisé le public vendredi soir à l'Opéra Garnier, à Paris, lors de la première des Boréades, le chef-d'oeuvre de Jean-Baptiste Rameau.
Si le chef américain William Christie, pionnier du renouveau baroque en France a été ovationné lorsqu'il est venu saluer le public, Lock, Carsen et son complice torontois, Michael Levine (costumes et décor), ont été généreusement hués par une bonne partie des spectateurs, l'autre redoublant d'applaudissements et multipliant les bravos pour marquer son désaccord.
Impossible de dire qui, de Lock ou de Carsen, était le plus visé par les sifflets. On peut honnêtement supposer que c'était le metteur en scène, puisque les dix danseurs de La La La Human Steps venaient d'être chaleureusement applaudis. Mais en voyant la tête et le sourire en coin d'Édouard Lock, on a eu l'impression qu'il s'était quand même senti un peu concerné. Il n'est d'ailleurs pas revenu saluer une seconde fois: Carsen et Levine sont retournés sans lui se faire huer et applaudir.
Qu'on ne se méprenne pas: dans l'absolu, la réaction hostile d'une partie du public forcément conservateur de l'opéra est plutôt bon signe. Robert Lepage avait eu droit à un traitement semblable à l'Opéra Bastille, lors de la première de la Damnation de Faust, de Berlioz, il y a trois ans; sa mise en scène était pourtant géniale.
De toute manière, que Carsen (un habitué de l'Opéra Bastille) et Lock choquent les «baroqueux» était dans l'ordre naturel des choses. La relecture esthétisante du metteur en scène canadien, qui s'attaque ici à sa première tragédie lyrique, tranche avec l'univers baroque. Chez Carsen et Levine, les Boréades portent d'inquiétants vêtements noirs. On est en pleine dictature. Du côté du bon Albaris, amoureux de la reine Alphise qui le lui rend bien, on s'habille en revanche en blanc, on vit en pyjamas de coton et en petites culottes, dans une lumière éclatante.
Le parti pris de Lock est plus radical encore. Dans sa très belle chorégraphie, il fait de nouveau évoluer ses danseuses sur les pointes, dans des successions de mouvements rapides. Les bras, les mains s'agitent, dans le vide, autour du visage, dans cette gestuelle que l'on connaît bien mais qui est ici encore plus dense, plus frénétique.
Édouard Lock s'attaquait pour la première fois au répertoire baroque. Il ne s'est pas privé pour en revisiter les codes. Contredanses, gavottes, menuets et rigaudons: La La La Human Steps maltraite les danses de cour, les revisite, les réinvente. Pour la première fois, Lock, qui refuse habituellement toute narration, relie la danse à l'action, comme le voulait Rameau. Il se fond dans la trame, sans être pour autant illustratif. Dans la première partie de la tragédie, chez les Boréades, on cherche l'amour. L'humanité, la chaleur, la communication sont absentes, les menuets semblent maladroits. À partir du troisième acte, la reine ayant admis son amour, au fils d'Apollon, la danse devient festive, claire, joyeuse.
Édouard Lock collabore avec l'Opéra Garnier pour la deuxième fois. En novembre dernier, il avait créé AndréAuria spécialement pour le Ballet de l'Opéra National de Paris. Le mois suivant, il avait triomphé au Théâtre de la ville, avec Amelia.
Si le chef américain William Christie, pionnier du renouveau baroque en France a été ovationné lorsqu'il est venu saluer le public, Lock, Carsen et son complice torontois, Michael Levine (costumes et décor), ont été généreusement hués par une bonne partie des spectateurs, l'autre redoublant d'applaudissements et multipliant les bravos pour marquer son désaccord.
Impossible de dire qui, de Lock ou de Carsen, était le plus visé par les sifflets. On peut honnêtement supposer que c'était le metteur en scène, puisque les dix danseurs de La La La Human Steps venaient d'être chaleureusement applaudis. Mais en voyant la tête et le sourire en coin d'Édouard Lock, on a eu l'impression qu'il s'était quand même senti un peu concerné. Il n'est d'ailleurs pas revenu saluer une seconde fois: Carsen et Levine sont retournés sans lui se faire huer et applaudir.
Qu'on ne se méprenne pas: dans l'absolu, la réaction hostile d'une partie du public forcément conservateur de l'opéra est plutôt bon signe. Robert Lepage avait eu droit à un traitement semblable à l'Opéra Bastille, lors de la première de la Damnation de Faust, de Berlioz, il y a trois ans; sa mise en scène était pourtant géniale.
De toute manière, que Carsen (un habitué de l'Opéra Bastille) et Lock choquent les «baroqueux» était dans l'ordre naturel des choses. La relecture esthétisante du metteur en scène canadien, qui s'attaque ici à sa première tragédie lyrique, tranche avec l'univers baroque. Chez Carsen et Levine, les Boréades portent d'inquiétants vêtements noirs. On est en pleine dictature. Du côté du bon Albaris, amoureux de la reine Alphise qui le lui rend bien, on s'habille en revanche en blanc, on vit en pyjamas de coton et en petites culottes, dans une lumière éclatante.
Le parti pris de Lock est plus radical encore. Dans sa très belle chorégraphie, il fait de nouveau évoluer ses danseuses sur les pointes, dans des successions de mouvements rapides. Les bras, les mains s'agitent, dans le vide, autour du visage, dans cette gestuelle que l'on connaît bien mais qui est ici encore plus dense, plus frénétique.
Édouard Lock s'attaquait pour la première fois au répertoire baroque. Il ne s'est pas privé pour en revisiter les codes. Contredanses, gavottes, menuets et rigaudons: La La La Human Steps maltraite les danses de cour, les revisite, les réinvente. Pour la première fois, Lock, qui refuse habituellement toute narration, relie la danse à l'action, comme le voulait Rameau. Il se fond dans la trame, sans être pour autant illustratif. Dans la première partie de la tragédie, chez les Boréades, on cherche l'amour. L'humanité, la chaleur, la communication sont absentes, les menuets semblent maladroits. À partir du troisième acte, la reine ayant admis son amour, au fils d'Apollon, la danse devient festive, claire, joyeuse.
Édouard Lock collabore avec l'Opéra Garnier pour la deuxième fois. En novembre dernier, il avait créé AndréAuria spécialement pour le Ballet de l'Opéra National de Paris. Le mois suivant, il avait triomphé au Théâtre de la ville, avec Amelia.
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