Danse - Danseuse sons et lumières
Installation? Danse? Arts visuels? kondition pluriel mélange les cartes dans passage, sa plus récente création qui explore «le corps comme interface». Rencontre d'un autre type.
Les spectateurs entrent à leur guise, par grappes, entre 18h et 20h30, et c'est dans un espace blanc déjà habité qu'on pénètre. De grands panneaux blancs aux formes circulaires coupent l'espace et servent d'écran. Quatre gradateurs, sis çà et là, à manipuler pour moduler parfois le son, parfois les images, parfois les couleurs. Dans cet univers à découvrir et à toucher, la danseuse Catherine Tardif, harnachée de senseurs, vêtue d'un costume blanc qui tient autant du corset que de l'équipement de protection sportif. Le tout crée des atmosphères, présentées par tableaux.
C'est une exploration de textures, physiques comme sonores et visuelles. Des textures qui se froissent et se choquent, ne cherchent pas l'harmonie. La gestuelle que visite Tardif est souvent hachurée, saccadée, parfois accumulée, en réaction à l'environnement ou aux gens. Pas de trame narrative ici, ni de chronologie chorégraphique, et les férus de ces repères risquent de trouver la proposition aride, voire répétitive.
Il y a le jeu, le plaisir de tourner les boutons, de voir si on est happé par les pitons ou par la danseuse. Il y a l'amusant transfert, quand le ballet des spectateurs jouant des gradateurs, en gérants d'estrade ou en timides, vole le show. Il y a la présence de Tardif, qui soutient l'énergie à travers les trois heures où elle reste en jeu. Sa spontanéité, son incomparable fraîcheur, la façon dont elle invite le public à manipuler les senseurs qu'elle porte et les secrets absurdes qu'elle livre à l'oreille humanisent cet univers. On regrette qu'elle ne soit pas plus éclairée, qu'on ne puisse profiter plus de la transparence de son visage.
La chorégraphe Marie-Claude Poulin avait dit, en entrevue, que le contexte influençait beaucoup la perception du spectacle. Qu'on pouvait voir passage rapidement ou longuement, à sa guise. Mais dans un théâtre de danse, à 26 $ le billet, le spectateur se donnera-t-il la liberté de ne rester que 20 minutes? Le contrôle qui lui est laissé est finalement relatif, et si plusieurs finesses tissent la proposition, il faut de la patience pour les découvrir, pour accepter ce monde étrange, technologique, un peu trop froid pour fasciner longtemps.
***
Collaboratrice du Devoir
***
Passage
Présenté par Kondition pluriel. À l'Agora de la danse, du 11 au 14 mars
Les spectateurs entrent à leur guise, par grappes, entre 18h et 20h30, et c'est dans un espace blanc déjà habité qu'on pénètre. De grands panneaux blancs aux formes circulaires coupent l'espace et servent d'écran. Quatre gradateurs, sis çà et là, à manipuler pour moduler parfois le son, parfois les images, parfois les couleurs. Dans cet univers à découvrir et à toucher, la danseuse Catherine Tardif, harnachée de senseurs, vêtue d'un costume blanc qui tient autant du corset que de l'équipement de protection sportif. Le tout crée des atmosphères, présentées par tableaux.
C'est une exploration de textures, physiques comme sonores et visuelles. Des textures qui se froissent et se choquent, ne cherchent pas l'harmonie. La gestuelle que visite Tardif est souvent hachurée, saccadée, parfois accumulée, en réaction à l'environnement ou aux gens. Pas de trame narrative ici, ni de chronologie chorégraphique, et les férus de ces repères risquent de trouver la proposition aride, voire répétitive.
Il y a le jeu, le plaisir de tourner les boutons, de voir si on est happé par les pitons ou par la danseuse. Il y a l'amusant transfert, quand le ballet des spectateurs jouant des gradateurs, en gérants d'estrade ou en timides, vole le show. Il y a la présence de Tardif, qui soutient l'énergie à travers les trois heures où elle reste en jeu. Sa spontanéité, son incomparable fraîcheur, la façon dont elle invite le public à manipuler les senseurs qu'elle porte et les secrets absurdes qu'elle livre à l'oreille humanisent cet univers. On regrette qu'elle ne soit pas plus éclairée, qu'on ne puisse profiter plus de la transparence de son visage.
La chorégraphe Marie-Claude Poulin avait dit, en entrevue, que le contexte influençait beaucoup la perception du spectacle. Qu'on pouvait voir passage rapidement ou longuement, à sa guise. Mais dans un théâtre de danse, à 26 $ le billet, le spectateur se donnera-t-il la liberté de ne rester que 20 minutes? Le contrôle qui lui est laissé est finalement relatif, et si plusieurs finesses tissent la proposition, il faut de la patience pour les découvrir, pour accepter ce monde étrange, technologique, un peu trop froid pour fasciner longtemps.
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Collaboratrice du Devoir
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Passage
Présenté par Kondition pluriel. À l'Agora de la danse, du 11 au 14 mars
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