Danse - Je ne comprends pas tout
Le chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui ouvre en grand la onzième saison de Danse Danse avec Myth, la première oeuvre qu'il a créée pour la prestigieuse Toneelhuis d'Anvers après avoir quitté les Ballets c. de la B.. Il a changé de maison, mais pas de ton, faisant toujours dans la danse-théâtre éclectique.
Quatorze danseurs et sept musiciens de l'ensemble Micrologus composent une galerie de personnages hétéroclites qui habitent une bibliothèque difficile à situer dans le temps et dans l'espace. Quelques types, que l'on aurait pu trouver chez Alain Platel, tiennent le haut du pavé: une drag queen noire, une rousse à lunettes, une vieille esseulée aux poignets tailladés, un couple de trisomiques et un squelette. Les entourent, les enlacent et les enjambent des figures sombres, qui jouent leurs ombres. Elles s'entortillent de toutes sortes de manières, avec fluidité et sensualité.
C'est avec leur présence, plus perturbante qu'inquiétante, que Cherkaoui se distingue du directeur de son ancienne compagnie. Car elles incarnent un style chorégraphique recherché et tout à fait singulier, marqué par le mélange des genres (ancien et moderne, classique et populaire) et une aisance acrobatique déconcertante. Ces danseurs ont-ils eux aussi une colonne vertébrale? La gravité s'applique-t-elle à eux de la même façon qu'aux autres mortels?
Cherkaoui tarde cependant à montrer à quel point il est un chorégraphe intéressant — sûrement l'un des plus influents de sa génération — , laissant, au début de la pièce, pas mal de temps à des séquences parlées dans différentes langues. Amour, sexualité, dédain, rejet, désespoir, immigration, il est question d'un tas de sujets.
Comme ils sont constamment coupé par un cri, une chanson ou une action loufoque dans un autre coin de la scène (un livre qui prend feu ou quelqu'un qui se retrouve nu), on en déduit que les mots ne sont pas si importants que ça, finalement. D'ailleurs, comme l'éclairage ne dirige pas le regard vers un point focal, le spectateur peut rester accroché à autre chose.
La bouche demeure toutefois un organe-clé dans l'univers de Sidi Larbi Cherkaoui. On déblatère de longs monologues, on entonne des airs oubliés, on mord les chevilles, on tient le costume de son partenaire par les dents ou on l'embrasse goulument.
Qu'importe qu'on ne saisisse pas les propos du samouraï, ses gestes s'imposent avec éloquence. Avec ceux des autres interprètes, ils dessinent une grande fresque, dont on est curieux de voir la suite.
***
Collaboratrice du Devoir
***
Myth
Production: Toneelhuis d'Anvers. Chorégraphie: Sidi Larbi Cherkaoui. Assistance à la chorégraphie: Nienke Reehorst. Direction musicale: Patrizia Bovi. Dramaturgie: Guy Cools. Scénographie: Wim Van de Cappelle et Sidi Larbi Cherkaoui. Costumes: Isabelle Lhoas et Frédéric Denis. Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, ce soir.
Quatorze danseurs et sept musiciens de l'ensemble Micrologus composent une galerie de personnages hétéroclites qui habitent une bibliothèque difficile à situer dans le temps et dans l'espace. Quelques types, que l'on aurait pu trouver chez Alain Platel, tiennent le haut du pavé: une drag queen noire, une rousse à lunettes, une vieille esseulée aux poignets tailladés, un couple de trisomiques et un squelette. Les entourent, les enlacent et les enjambent des figures sombres, qui jouent leurs ombres. Elles s'entortillent de toutes sortes de manières, avec fluidité et sensualité.
C'est avec leur présence, plus perturbante qu'inquiétante, que Cherkaoui se distingue du directeur de son ancienne compagnie. Car elles incarnent un style chorégraphique recherché et tout à fait singulier, marqué par le mélange des genres (ancien et moderne, classique et populaire) et une aisance acrobatique déconcertante. Ces danseurs ont-ils eux aussi une colonne vertébrale? La gravité s'applique-t-elle à eux de la même façon qu'aux autres mortels?
Cherkaoui tarde cependant à montrer à quel point il est un chorégraphe intéressant — sûrement l'un des plus influents de sa génération — , laissant, au début de la pièce, pas mal de temps à des séquences parlées dans différentes langues. Amour, sexualité, dédain, rejet, désespoir, immigration, il est question d'un tas de sujets.
Comme ils sont constamment coupé par un cri, une chanson ou une action loufoque dans un autre coin de la scène (un livre qui prend feu ou quelqu'un qui se retrouve nu), on en déduit que les mots ne sont pas si importants que ça, finalement. D'ailleurs, comme l'éclairage ne dirige pas le regard vers un point focal, le spectateur peut rester accroché à autre chose.
La bouche demeure toutefois un organe-clé dans l'univers de Sidi Larbi Cherkaoui. On déblatère de longs monologues, on entonne des airs oubliés, on mord les chevilles, on tient le costume de son partenaire par les dents ou on l'embrasse goulument.
Qu'importe qu'on ne saisisse pas les propos du samouraï, ses gestes s'imposent avec éloquence. Avec ceux des autres interprètes, ils dessinent une grande fresque, dont on est curieux de voir la suite.
***
Collaboratrice du Devoir
***
Myth
Production: Toneelhuis d'Anvers. Chorégraphie: Sidi Larbi Cherkaoui. Assistance à la chorégraphie: Nienke Reehorst. Direction musicale: Patrizia Bovi. Dramaturgie: Guy Cools. Scénographie: Wim Van de Cappelle et Sidi Larbi Cherkaoui. Costumes: Isabelle Lhoas et Frédéric Denis. Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, ce soir.
Haut de la page

