Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Danser vers demain

    Jean-Yves Girard
    29 novembre 2002 |Jean-Yves Girard | Danse | Chroniques
    Quinze dollars. Canadiens, en plus. Ce n'est pas beaucoup, à peine assez pour s'acheter quelques «gratteux à Séraphin» au Métro du coin. Mais c'est le sésame suffisant pour ouvrir les portes d'un monde à la fine pointe de l'art, de la musique et de la technologie.

    Novembre vous a déprimé? Vous ne souriez même plus quand vous entendez les Américains traiter Chrétien de crétin... euh, de dino? Les partys de bureau qui se préparent vous excitent autant que le dernier CD de Pier Béland? L'heure est grave. Un traitement-choc s'impose. Pourquoi pas une thérapie de groupe? Heureux hasard, il y en a justement une qui vous attend ce soir.

    Mais elle est d'un genre tout à fait inédit. C'est une thérapie à deux couleurs, jaune et orange, où le cube a une importance aussi capitale que sibylline. Elle se déroule dans un «laboratoire» propice à des expériences sonores, visuelles, voire sensuelles. Le tout nécessite le travail d'une vingtaine de «thérapeutes» et le concours de 600 participants. Les outils utilisés? Des ordinateurs, des écrans géants, des images parfois bizarres, un décor qu'on tient à garder secret jusqu'à l'ouverture des portes, peut-être des performances artistiques inhabituelles et, surtout, de la musique, de l'imagination et beaucoup, beaucoup d'ambiance.

    Apparemment, ça fonctionne: «Je suis toujours étonné de voir tous ces sourires», explique Christophe Riffaud, l'un des organisateurs de ces noubas de transe collective sur fond de beat électronique, de nouvelles technologies et d'art multimédia. Bref, une bonne source de «groovotonine», souligne le communiqué de presse (voir lexique à la fin).

    Deux ans après leur création un peu spontanée, les soirées Jauneorange Thérapie d'Epsilonlab restent encore un secret d'initiés. Qui ne portaient pas tous une couche en 1984. «La moyenne des gens ont dans la trentaine, raconte André, lui-même né alors que Duplessis sévissait encore. Oui, c'est très branché, mais pas snob ou m'as-tu-vu.»

    Surtout propagée par le bon vieux bouche à oreille — qui fonctionne toujours, même si on roule à tombeau ouvert sur l'autoroute électronique, montée sur des webtrucs et des cybermachinchouettes —, la renommée de ce collectif d'artistes montréalais récolte de plus en plus d'adeptes.

    Sur certains points, ces mini-marathons dansés et vachement libérateurs se comparent au fameux rave, cette fête-bacchanale qui fait très années 90, comme sa copine l'ecstasy, deux has-been récemment découverts par Le Journal de Montréal. Mais l'esprit, le concept, est fort différent, souligne Christophe. «Il n'y a pas de dee-jays avec des tables tournantes mais des musiciens qui créent de la musique live sur leurs ordinateurs. Ça ne dure pas toute la nuit; on commence à 20h et on termine à 3h du mat'. Et les gens font moins de drogues.» C'est vrai qu'il y a un bar et que le Guru coule à flots...

    À écouter Christophe décrire ces happenings («une nouvelle plateforme d'expression artistique contemporaine») avec une réelle passion et un engouement communicatif (il pourrait vendre un PC full équipé à un pygmée full jungle), on le croit sur parole quand il affirme que le show est assez tripant pour dire «Non, une autre fois, peut-être... » aux substances illicites.

    «Les soirées sont toujours différentes. Chaque artiste, installé au centre de l'espace, a une heure pour montrer de quoi il est capable.» Une certitude, c'est qu'ils ne manquent pas d'imagination, même dans leurs noms: Hein?, Pillow (oreiller), Polmo Polpo, EGG, The Mole (le grain de beauté)... «On a déjà eu des danseurs contemporains sur place, qui faisaient une chorégraphie robotique et répétitive. Les gens ont blowéÉ

    On peut aussi blower chez soi, à Chicoutimi ou à Paris, si on a une connexion Internet haute vitesse: la webdif en direct est un élément capital des Thérapies, comme d'Epsilonlab, dont le site Internet (www.epsilonlab.com) mérite qu'on y surfe. Les yeux rivés sur leurs boules de cristal digitalisées et les doigts collés sur leurs claviers, Christophe et ses compères savent ce qu'un proche avenir réserve. Et ils le préparent activement, comme nulle part ailleurs au monde.

    En effet, bientôt, un musicien vivant à Tokyo créera un environnement sonore live qui, retransmis en temps réel, fera danser des centaines de Montréalais sur place et des milliers d'autres personnes devant leur ordi ou leur télé numérique sur les cinq continents. Une formidable masse de bras levés et de sourires béats enveloppés d'images inventées de toutes pièces et au même moment, selon les rythmes et le feeling des participants, par un New-Yorkais confortablement installé dans son loft de Soho. Ce jour-là, la planète, qui rapetisse à vue d'oeil, ne sera plus qu'un grand party non stop. Une vision quand même plus optimiste que les cauchemars de Nostradamus.

    Lexique
    - Blower: de l'anglais to blow, souffler. Autre signification: stupeur, le cul par terre. Comme dans: «J'ai vu les cotes d'écoute de Stéphane Rousseau à TVA et j'ai blowé.»
    - Groove: popularisé en 1985 par Madonna dans la chanson Get Into The Groove. («Viens dans mon groove»). Remis à la mode par Austin Powers («Groovy, baby!»). Plusieurs sens possibles. On est groovy quand on est super, génial, too much, sensuel sur les bords et plutôt tendance. Bonne chance.
    - Groovotonine: Vitamine groovy, qu'il faudrait prescrire d'urgence à la direction de Radio-Canada. Sans doute plus efficace que la glucosamine.
    - Webdif: webdiffusion (à ne pas confondre avec webséduction, un site de rencontre pour âmes esseulées qui ont tout essayé à part faire rire d'eux dans le concours de célibataires de Je t'aime, moi non plus).
    - Guru: boisson énergétique inventée au Québec. Très bue par les marathoniens de la piste de danse, aussi légale que le lait (mais plus sucrée).

    Jauneorange Thérapie - Epsilonlab

    À la Société des arts technologiques (SAT)

    305, rue Sainte-Catherine Ouest

    Ce soir de 20h à 3h












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.