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Dehors, la danse

Frédérique Doyon   28 juillet 2007  Danse
À chaque étape de ce happening, un nouveau chorégraphe dirige de jeunes danseurs. Photos: David Cannon
À chaque étape de ce happening, un nouveau chorégraphe dirige de jeunes danseurs. Photos: David Cannon
Québec — Né du désir de sortir la danse dehors et de l'offrir en partage, Osez! convoque chaque été un chorégraphe, un musicien et un groupe de jeunes interprètes sur les quais de Saint-Jean-Port-Joli. Le joyeux happening s'ancre cette année aux quais de cinq villes québécoises et voguera jusqu'au pays de Galles en 2008.

Sur le quai n° 22 de Québec, 14 jeunes sont assis côte à côte. On croirait presque qu'ils y flânent, jusqu'à ce qu'ils s'élancent tous, telle une marée humaine, dans une suite de gestes d'abord chaotiques, puis peu à peu singulièrement organisés. Un musicien les accompagne de ses tambours et de ses percussions. Derrière, le fleuve s'étale, le port s'anime, les voiliers scintillent. Ça grouille, ça vit, c'est Osez!, une danse créée en une journée, puis semée à tout vent à la brunante au bord du fleuve pour le plaisir des badauds. L'expérience (www.osezdanse.com) se termine dimanche à Québec, mais reprend forme avec de nouveaux collaborateurs sur les quais de Baie-Saint-Paul (2-5 août), Saint-Jean-Port-Joli (15-19 août), Rimouski (22-26 août) et Montréal (13-16 septembre) dans le cadre des Escales improbables.

À chaque étape, un nouveau chorégraphe dirige une masse de jeunes danseurs. Jeudi soir dernier à Québec, Emmanuel Jouthe avait décidé de tout reprendre à zéro, de ne rien garder du matériel chorégraphique de la veille. Le risque de la création à l'état pur.

Au coeur de l'événement imaginé par Karine Ledoyen, il y a la rencontre.

«Le noeud du projet, c'est la rencontre, la rencontre artistique, mais aussi celle avec le public», explique la jeune chorégraphe, que Le Devoir a rencontrée après la deuxième représentation d'Osez! 2007. En s'installant sur le quai, «on s'impose à lui», dit-elle.

Osez! a jailli de son désir ardent de faire aimer la danse, de faire danser les jeunes interprètes en mal de tribunes (et de moyens!) pour exprimer leur art, et de faire évoluer sa discipline chérie, la sortir de l'ornière, de ses codes, de ses lieux enfermés.

«Sur les quais, on voit les bateaux passer, tous nos sens sont en éveil, notre perception est plus détendue, notre esprit, plus disponible, surtout si on n'a jamais vu de danse», souligne avec sa spontanéité rafraîchissante celle qui se préoccupe toujours de ce public à séduire comme un jour la danse l'a conquise.

En 2002, elle rentrait d'Europe les poches vides mais le coeur vaillant et avec l'urgence de danser dans le corps.

«Je revenais de voyage, j'étais cassée, mais il fallait que je danse», raconte-t-elle. Originaire de la région de Saint-Jean-Port-Joli, elle se souvenait des grands quais jetés sur le fleuve et ne pouvait rêver d'une plus belle scène à si peu de frais.

«Le quai est un lieu de rassemblement naturel. Les gens y vont, toutes générations confondues. Au coucher du soleil, les vieux vont faire une promenade. Les jeunes vont prendre leur première bière... »

Il n'en fallait pas plus pour la décider à investir ce théâtre à ciel ouvert avec l'horizon et le fleuve pour décor. Une dizaine de danseuses ont participé à la première édition en se relayant. Karine chorégraphiait, sans musicien, faute de moyens.

«C'était l'année baba cool, je payais le camping, c'était un peu comme des vacances. Quand il faisait trop beau, on allait se baigner.» Mais déjà un public se formait et l'immense plaisir que les jeunes artistes y trouvaient justifiait de renouveler l'expérience.

Malgré le manque de ressources, elle s'entête: «Il faut une masse de danseurs pour combler l'horizon et provoquer la rencontre», clame-t-elle. En 2005, même la chorégraphe d'O Vertigo s'est prêtée au jeu Osez!, devenu à lui seul une rampe de lancement pour les jeunes danseurs fraîchement sortis des écoles professionnelles. Cette année, 120 interprètes se sont inscrits aux auditions, 70 ont passé l'épreuve avant qu'elle n'en retienne une vingtaine. «La relève, elle est là, bien présente, et elle veut danser», affirme Karine Ledoyen, pour livrer son message.

Et le public aussi est au rendez-vous. «On a eu une augmentation de 200 % de notre public par année, dit la chorégraphe avec fierté. Cette fois-ci, on pense toucher environ 8000 personnes.» Résultat: l'édition 2007 s'élargit à cinq villes, fera l'objet d'un documentaire et prend la route du pays de Galles en 2008.

Cinq ans auront donc suffi pour faire de ce trip d'artiste paumée mais allumée un grand rassemblement au carrefour des préoccupations actuelles de la danse: faire une place à la relève, qui se bouscule et se cogne le nez au portillon, démocratiser l'art dansant tout en mettant le processus de création à l'avant-plan.

«C'est trippant parce qu'on ouvre ça à cinq villes, donc cinq chorégraphes, musiciens, pour un total de 36 artistes!», s'exclame avec fierté la chorégraphe, qui parle toujours du succès dans une optique démocratique.

L'an prochain, elle ira donc à Newport, au pays de Galles, transplanter son concept Osez!, afin de le transmettre graduellement à des chorégraphes gallois.

D'ici là, rendez-vous sur les quais, pour le plaisir de voir les corps bouger parfois avec un brin de mystère. Comme le fleuve qui s'écoule perpétuellement sans nous livrer son secret.
À chaque étape de ce happening, un nouveau chorégraphe dirige de jeunes danseurs. Photos: David Cannon Osez!, c’est une danse créée en une journée puis semée à tout vent à la brunante au bord du fleuve, pour le plaisir des badauds.
 






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