Danse - Mort d'un bâtisseur
Le chorégraphe Fernand Nault rend l'âme tandis que son Casse-Noisette bat son plein
Photo : Jacques Grenier
Fernand Nault en 1990.
Il a propulsé les Grands Ballets canadiens (GBC) sur la scène internationale et créé l'une des plus fameuses productions de Casse-Noisette en Amérique du Nord. Mais le chorégraphe Fernand Nault était un homme modeste que la maladie de Parkinson rongeait silencieusement depuis plus de 20 ans. Il est décédé mardi à l'hôpital Fleury de Montréal. «M. Nault aura marqué non seulement l'histoire des Grands Ballets mais aussi notre époque. Nous perdons un grand artiste, mais aussi un grand homme», ont déclaré hier les directeurs artistiques et général des GBC, Gradimir Pankov et Alain Dancyger, par voie de communiqué.
Rendre son dernier souffle alors que des dizaines de danseurs se démènent sur la scène de la Place des Arts dans son ballet Casse-Noisette semble un coup du destin. À un proche, Fernand Nault aurait même prédit qu'il mourrait le jour de son anniversaire, le 27 décembre. Il aurait eu 86 ans. La Faucheuse s'est trompée d'un jour, ce qui n'empêchera pas l'esprit de Fernand Nault de planer sur les dernières représentations 2006 de Casse-Noisette.
Cette oeuvre résume d'ailleurs assez bien sa vie et son oeuvre: voilà une chorégraphie solidement ancrée dans le paysage de la danse montréalaise depuis plus de 42 ans, créée sur mesure pour les enfants, et à laquelle il se dévouait encore il y a quelques années en participant aux répétitions, malgré ses gestes et ses mots qui se dérobaient à sa volonté.
«C'était un grand maître à tous les niveaux, un maître à penser, un grand créateur et un être d'une immense générosité», confie au Devoir André Laprise, directeur de l'Académie de danse de l'Outaouais et répétiteur de Casse-Noisette qui a observé et suivi le chorégraphe pendant plus de 20 ans. «Ce n'était pas un chorégraphe révolutionnaire, mais un artiste d'une grande sensibilité.» De fait, le chorégraphe s'est toujours préoccupé de l'intérêt des danseurs et du bagage culturel du public dans la création de ses oeuvres.
Polyvalence et avant-garde
Celles-ci, loin de se cantonner au populaire conte de Noël, révèlent le vaste spectre de la polyvalence du chorégraphe longtemps affilié aux GBC, qu'on pense au ballet plus classique La Fille mal gardée, à sa Symphonie de psaumes empreinte de spiritualité, livrée à l'oratoire Saint-Joseph, ouvrant la voie à la reconnaissance de la danse par l'Église, ou à l'opéra-rock Tommy sur la musique du groupe The Who, première oeuvre du genre à voir le jour au Québec. Il signe aussi des oeuvres pour d'autres troupes canadiennes, américaines et asiatiques.
«Il se basait sur la tradition, mais c'était un avant-gardiste, dit M. Laprise. Il a encouragé la diversité dont les GBC sont héritiers aujourd'hui. Tommy, c'était un ballet totalement de son époque. Il a rendu la danse populaire; les garçons se sont mis à fréquenter la danse.»
Après un parcours de 21 ans au prestigieux American Ballet Theater de New York, érigé sur la tradition des ballets russes, Fernand Nault est appelé par Mme Chiriaeff à codiriger la troupe montréalaise avec elle en 1965. Dès lors, le chorégraphe attitré des GBC multiplie les oeuvres tout en contribuant à l'effort pédagogique de Mme Chiriaeff à titre de maître de ballet de l'École supérieure de danse du Québec.
Il récoltera de nombreux prix, dont l'Ordre du Canada en 1977, le prix Denise-Pelletier pour les arts d'interprétation du gouvernement du Québec en 1984 et le Prix du gouverneur général pour les arts d'interprétation en 2000. Il est également reçu chevalier de l'Ordre national du Québec et nommé chorégraphe émérite des GBC.
«C'était un grand bâtisseur, rappelle M. Laprise. Casse-Noisette a donné une stabilité [financière] aux GBC, et Carmina Burana a été un fer de lance incroyable». Îuvre fétiche des Montréalais, Carmina Burana a fait un tel tabac dans le cadre d'Expo 67 qu'elle a donné lieux aux premières supplémentaires de l'histoire du ballet québécois, raconte le directeur et répétiteur. La pièce ouvrait également la voie aux tournées européennes de la troupe montréalaise. D'où sa reprise en 1990 lors de l'hommage aux 25 ans de carrière de M. Nault.
Une oeuvre éternelle
C'est une des oeuvres appelées à survivre à sa mort, grâce au Fonds chorégraphique Fernand-Nault créé en 2003 à l'instigation de M. Laprise. «Si ses ballets sont remontés quelque part dans le monde, je m'assure que ce soit fait en respectant l'intégrité de l'oeuvre», explique le fiduciaire du fonds, qui a aidé le chorégraphe à apprivoiser la portée éternelle de son oeuvre et l'a finalement convaincu de la léguer en héritage avant sa mort.
«On croit qu'il est le seul chorégraphe canadien qui a fait ça de son vivant. Au départ, il a dit non, ça va mourir avec moi. Ce n'était pas évident de savoir comment léguer tout ça; il y a une tradition orale très importante dans le milieu de la danse.» Pour remonter certains ballets, l'accord de M. Nault est ainsi conditionnel à ce que tel ou tel interprète qui a porté l'oeuvre soit consulté.
En février dernier, La Fille mal gardée était acquise par le Kansas City Ballet. Il y a quelques semaines, c'est Carmina Burana qui faisait l'objet de discussions pour une éventuelle acquisition en Asie. Le répertoire du maître est donc promis à une longue vie, le plus bel hommage que l'on puisse faire à un artiste.
Les GBC profitent aussi des derniers spectacles de Casse-Noisette de l'année pour faire une fleur à son créateur. Hier et ce soir encore, une brève allocution précède les représentations et une rose est déposée à l'avant-scène à la mémoire du bâtisseur.
Rendre son dernier souffle alors que des dizaines de danseurs se démènent sur la scène de la Place des Arts dans son ballet Casse-Noisette semble un coup du destin. À un proche, Fernand Nault aurait même prédit qu'il mourrait le jour de son anniversaire, le 27 décembre. Il aurait eu 86 ans. La Faucheuse s'est trompée d'un jour, ce qui n'empêchera pas l'esprit de Fernand Nault de planer sur les dernières représentations 2006 de Casse-Noisette.
Cette oeuvre résume d'ailleurs assez bien sa vie et son oeuvre: voilà une chorégraphie solidement ancrée dans le paysage de la danse montréalaise depuis plus de 42 ans, créée sur mesure pour les enfants, et à laquelle il se dévouait encore il y a quelques années en participant aux répétitions, malgré ses gestes et ses mots qui se dérobaient à sa volonté.
«C'était un grand maître à tous les niveaux, un maître à penser, un grand créateur et un être d'une immense générosité», confie au Devoir André Laprise, directeur de l'Académie de danse de l'Outaouais et répétiteur de Casse-Noisette qui a observé et suivi le chorégraphe pendant plus de 20 ans. «Ce n'était pas un chorégraphe révolutionnaire, mais un artiste d'une grande sensibilité.» De fait, le chorégraphe s'est toujours préoccupé de l'intérêt des danseurs et du bagage culturel du public dans la création de ses oeuvres.
Polyvalence et avant-garde
Celles-ci, loin de se cantonner au populaire conte de Noël, révèlent le vaste spectre de la polyvalence du chorégraphe longtemps affilié aux GBC, qu'on pense au ballet plus classique La Fille mal gardée, à sa Symphonie de psaumes empreinte de spiritualité, livrée à l'oratoire Saint-Joseph, ouvrant la voie à la reconnaissance de la danse par l'Église, ou à l'opéra-rock Tommy sur la musique du groupe The Who, première oeuvre du genre à voir le jour au Québec. Il signe aussi des oeuvres pour d'autres troupes canadiennes, américaines et asiatiques.
«Il se basait sur la tradition, mais c'était un avant-gardiste, dit M. Laprise. Il a encouragé la diversité dont les GBC sont héritiers aujourd'hui. Tommy, c'était un ballet totalement de son époque. Il a rendu la danse populaire; les garçons se sont mis à fréquenter la danse.»
Après un parcours de 21 ans au prestigieux American Ballet Theater de New York, érigé sur la tradition des ballets russes, Fernand Nault est appelé par Mme Chiriaeff à codiriger la troupe montréalaise avec elle en 1965. Dès lors, le chorégraphe attitré des GBC multiplie les oeuvres tout en contribuant à l'effort pédagogique de Mme Chiriaeff à titre de maître de ballet de l'École supérieure de danse du Québec.
Il récoltera de nombreux prix, dont l'Ordre du Canada en 1977, le prix Denise-Pelletier pour les arts d'interprétation du gouvernement du Québec en 1984 et le Prix du gouverneur général pour les arts d'interprétation en 2000. Il est également reçu chevalier de l'Ordre national du Québec et nommé chorégraphe émérite des GBC.
«C'était un grand bâtisseur, rappelle M. Laprise. Casse-Noisette a donné une stabilité [financière] aux GBC, et Carmina Burana a été un fer de lance incroyable». Îuvre fétiche des Montréalais, Carmina Burana a fait un tel tabac dans le cadre d'Expo 67 qu'elle a donné lieux aux premières supplémentaires de l'histoire du ballet québécois, raconte le directeur et répétiteur. La pièce ouvrait également la voie aux tournées européennes de la troupe montréalaise. D'où sa reprise en 1990 lors de l'hommage aux 25 ans de carrière de M. Nault.
Une oeuvre éternelle
C'est une des oeuvres appelées à survivre à sa mort, grâce au Fonds chorégraphique Fernand-Nault créé en 2003 à l'instigation de M. Laprise. «Si ses ballets sont remontés quelque part dans le monde, je m'assure que ce soit fait en respectant l'intégrité de l'oeuvre», explique le fiduciaire du fonds, qui a aidé le chorégraphe à apprivoiser la portée éternelle de son oeuvre et l'a finalement convaincu de la léguer en héritage avant sa mort.
«On croit qu'il est le seul chorégraphe canadien qui a fait ça de son vivant. Au départ, il a dit non, ça va mourir avec moi. Ce n'était pas évident de savoir comment léguer tout ça; il y a une tradition orale très importante dans le milieu de la danse.» Pour remonter certains ballets, l'accord de M. Nault est ainsi conditionnel à ce que tel ou tel interprète qui a porté l'oeuvre soit consulté.
En février dernier, La Fille mal gardée était acquise par le Kansas City Ballet. Il y a quelques semaines, c'est Carmina Burana qui faisait l'objet de discussions pour une éventuelle acquisition en Asie. Le répertoire du maître est donc promis à une longue vie, le plus bel hommage que l'on puisse faire à un artiste.
Les GBC profitent aussi des derniers spectacles de Casse-Noisette de l'année pour faire une fleur à son créateur. Hier et ce soir encore, une brève allocution précède les représentations et une rose est déposée à l'avant-scène à la mémoire du bâtisseur.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

