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Danse - Tension entre nature et culture

Frédérique Doyon   18 mars 2006  Danse
L'être humain a la manie de vouloir tout mesurer et mettre à sa main, même — voire surtout — quand il se frotte à plus grand et plus fort que lui.

Avec Fuse, la chorégraphe de Vancouver Lola McLaughlin a voulu mettre en scène le mélange de force et de fragilité que sous-tend cette obsession de maîtrise de l'environnement.

La pièce pour cinq danseurs, présentée deux soirs à Montréal à l'occasion du Festival international de nouvelle danse en 2001, revient faire escale dans la métropole. La nouvelle création de la chorégraphe de l'Ouest, qui devait être baptisée ces jours-ci, ne verra finalement le jour qu'à l'automne prochain.

«Les thèmes qui s'entremêlent ici sont la maîtrise, la nature et la technologie. On essaie toujours de contenir et d'organiser la force démesurée, chaotique et sauvage de la nature, comme pour faciliter notre contact avec elle», explique Lola McLaughlin en entrevue au Devoir. Une tension entre nature et culture se profile, mais du coup la chorégraphe met aussi en parallèle les beautés simples que l'homme et la nature ont en partage, qu'il s'agisse de la chute d'une pierre ou de celle d'un corps.

Dans une scène, les interprètes érigent un petit muret à partir d'un tas de pierres, comme un espace de rencontre entre les pulsions créatrices de la nature et celles de la culture. «La nature est si inspirante dans sa capacité à se renouveler constamment, mais en même temps elle est sauvage. Et dans son arrogance, l'homme pense qu'il peut tout contrôler, selon ses propres termes.» C'est cette drôle de symbiose, tantôt malsaine et tantôt créatrice, que Fuse dépeint et qui n'est pas étrangère au parcours de la chorégraphe, formée en biologie et en psychologie avant d'entrer dans la danse.

Cette quatrième visite en cinq ans de la compagnie Lola Dance rappelle son importance dans le circuit canadien de la danse. Lauréate du prix Clifford E. Lee, Lola McLaughlin poursuit des études à l'université Simon Fraser, à New York, à Toronto puis à l'Université libre de Berlin où elle est fortement influencée par le mouvement punk des années 80 et l'ausdruckstanz allemande, courant de la danse allemande fondé sur des improvisations structurées dont Mary Wigman est une figure de proue. Elle cofonde EDAM en 1983, collectif radical d'interprétation à qui elle confie ses premières chorégraphies. Lola Danse voit le jour en 1989.

Fuse marque un tournant dans la manière de travailler de la chorégraphe, qui cherchait à prendre ses distances par rapport à son approche, trop enracinée dans l'enseignement de ses maîtres, selon elle. «C'était une période de transition dans ma réflexion chorégraphique. Quand j'allais en studio, je créais beaucoup de mouvements, mais qui ne me plaisaient pas. J'avais l'impression qu'ils dérivaient directement de mon entraînement [auprès de José Limon et Merce Cunningham].»

À force de travailler en studio avec les interprètes, une gestuelle inédite pour l'artiste a fait son chemin dans le corps des danseurs: une cinquantaine de petits mouvements tirés du quotidien, qu'elle s'est empressée de noter, d'archiver.

«On les a filmés, nommés, et ils sont devenus le vocabulaire pour cette pièce. On a jeté tout le reste pour recommencer à neuf.»

Le renouvellement de son langage chorégraphique s'est accentué avec Volio, vue à Montréal en 2002, et dans la pièce en cours de création. «Ça me nourrit d'explorer différentes façons de créer du vocabulaire, et après il faut trouver comment on composera des phrases entières.»

Pour cette réédition de Fuse, Lola McLaughlin a retrouvé avec bonheur presque la même distribution de danseurs qu'en 2001, lors de la première. Parmi ceux-ci, la magnifique Susan Elliot a notamment dansé pour le projet Social Studies de Montréal Danse et Day Helesic était récemment de passage avec la troupe Holy Body Tattoo. «Ils ont chacun beaucoup évolué. Ils font grandir et enrichissent la pièce.»

Fuse
Du 21 au 25 mars à l'Agora de la danse
 
 
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