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    Critique spectacle

    «La grenouille avait raison» – Délires et des hommes

    30 septembre 2017 |Isabelle Paré | Cirque
    Sur ce plateau évoluent quatre personnages survoltés, traversés par des pulsions, des spasmes, des rires et des cris névrosés.
    Photo: Alexandre Galliez Sur ce plateau évoluent quatre personnages survoltés, traversés par des pulsions, des spasmes, des rires et des cris névrosés.

    Pour la troisième fois en sept ans, le très attendu fondateur de la Compagnie du Hanneton, James Thierrée, débarque dans la métropole avec son imaginaire délirant, ses créatures étranges et son univers fantasque. Entouré de ses acolytes, le comédien nous revient cette fois dans une prestation tout aussi décalée, mais qui finit par s’étioler dans le dédale de ses nombreux délires.

     

    Pourtant, la magie opère et l’oeil est conquis dès les premières secondes de cette fable folle quand un grand rideau vermeil s’ouvre sur le monde fantasmé imaginé par Thierrée. Personnage à part entière, le décor, tout droit sorti des films de Jean-Pierre Jeunet, bruisse et respire. De grandes toiles projetées du plafond entourent cet antre étrange aux allures de laboratoire de professeur fou, où les lampes se meuvent comme des méduses, où une mare fluorescente glougloute et où un piano s’anime seul.

     

    Pas très loin de la beauté que nous avait servie Raoul — ce spectacle solo magistral qui a valu à Thierrée tous les éloges en 2010 —, cette Grenouille est traversée du même génie scénographique, habitée par la même esthétique folle. Une touche artistique qui ne cache pas ses parentés avec celle du Cirque invisible, cirque fou habité par toute une faune de bestioles et de décors de boîtes à surprises, créé il y a trente ans par ses parents, Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin.

     

    Sur ce plateau qui ouvre la porte à tous les possibles évoluent quatre personnages survoltés, traversés par des pulsions, des spasmes, des rires et des cris névrosés. À tout moment, les corps des interprètes se disloquent, bougent comme des automates, surgissent de ce monde sans queue ni tête qui déjoue la gravité et les lois de la physique.

     

    Théâtre ? cirque ? danse ? Thierrée évolue dans une catégorie à part et échappe à toutes les étiquettes. Ce n’est rien et c’est tout cela à la fois qui s’entremêle dans cette prestation hybride, qui navigue en plein délire et multiplie les tableaux féliniens.

     

    Porté par son talent immense et la maîtrise magistrale de son corps, Thierrée épate — tout comme les danseuses et interprètes Sonya Bel Hadj Brahim et Thi May Nguyen — dans des apartés dansés et des jeux de pantomime fascinants. Mais les possibilités inouïes de ces virtuoses du mouvement finissent partourner à vide au fil d’une prestation qui s’étire sans fil conducteur.

     

    Plus planante, mais assurément plus décousue que le poignant Raoul, cette Grenouille est dépourvue de la puissante charge émotive qui explosait dans sa précédente prestation.

     

    Reste que Thierrée, magicien des illusions, excelle à donner une âme aux objets qui peuplent ses bric à brac inventés de toutes pièces, où la raison ne tient plus, où les corps, désarticulés, sont désinvestis de toute logique. Et où la grenouille, à la fin, vient célébrer l’épatante beauté disjonctée de ce créateur de mondes surréels.

    La grenouille avait raison
    La Compagnie du Hanneton. À La Tohu, jusqu’au 7 octobre.












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