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    «Vice & vertu» – Plaisirs sur la «Main»

    13 juillet 2017 |Isabelle Paré | Cirque
    Dans cette touchante fresque humaine, les 7 doigts font preuve de génie et d’audace pour jeter des ponts entre passé et présent.
    Photo: Mikaël Theimer Dans cette touchante fresque humaine, les 7 doigts font preuve de génie et d’audace pour jeter des ponts entre passé et présent.

    Entre débauche et délices, corruption et expiation, la dernière création des 7 doigts, Vice vertu, livre un portrait absolument transcendant et jouissif de la métropole au temps des nuits chaudes de Montréal. Plus qu’une fresque historique, la prestation s’avère non seulement une performance éblouissante, mais un plongeon au coeur des émotions brutes qui ont contribué à façonner le visage de la métropole d’aujourd’hui.

     

    Ce rendez-vous festif concocté par le collectif de cirque dans l’antre de la SAT (Société des arts technologiques) à l’occasion du 375e de Montréal s’inscrira à n’en pas douter comme le spectacle culte de la troupe et au premier rang de ceux à ne pas rater dans la profusion estivale actuelle.

     

    Sciemment inspirée par Sleep No More, expérience théâtrale immersive totale campée dans un hôtel de New York en 2011, la troupe réussit le pari de catapulter le public en plein coeur d’un récit historique, multipliant les effets de mise en scène à deux pas du public, dans un parcours escamotable ponctué de saynètes, de surprises et de groupes de musique.

     

    Artistes et comédiens frôlent et enjôlent le public, pour incarner l’effeuilleuse Lili St-Cyr, pourchassée par la brigade de la moralité, Pax Plante et Jean Drapeau, pourfendeurs du vice, filles de joie et évêques vertueux. Panamas de feutres, nuisettes en satin et costumes d’officier s’entremêlent dans ce déambulatoire qui s’étire sur trois heures, envoûtant le public dès les premières minutes.

     

    Au coeur de la SAT, dans les salles obscures animées par les ensembles de jazz ou les raps tricotés d’extraits radio d’époque, et même, dehors, place de la Paix — pour un aparté sur la dure lutte pour les droits des femmes avec Léa Roback —, les 7 doigts ont mis la grosse gomme, recrutant plus de 30 artistes et musiciens pour accoucher de ce projet fou, à la hauteur des nuits folles de Montréal.

     

    Sous le ciel de Montréal

     

    Sous le dôme de la SAT, la technologie propulse le spectateur au Montreal Pool Room, sur le mont Royal, dans la nef de l’oratoire Saint-Joseph ou sous les arches du pont Jacques-Cartier pour de prodigieuses prestations de barre russe, de cerceau aérien, de mât chinois et de main à main, aussi éblouissantes qu’émouvantes.

     

    De retour dans l’atmosphère fumeuse d’un lupanar, le public assiste à l’envolée de trois filles de joie autour d’un lit à baldaquin, à la poursuite de mafieux et aux confidences d’Armand, un travelo criant de vérité, qui incarne le déchirement vécu par des générations d’homosexuels pourchassés.

     

    Dans cette touchante fresque humaine, les 7 doigts font preuve de génie et d’audace pour jeter des ponts entre passé et présent et exposer au grand jour l’héritage laissé par une ville longtemps déchirée entre plaisirs et moralité. Vice vertu souligne à grands traits les paradoxes de ses gourous du bien, toujours plus obnubilés par les péchés du sexe que par les droits bafoués de femmes et d’hommes aimant d’autres hommes.

     

    Tout au long du parcours, la prestation des musiciens live culmine lors des apparitions de Béatrice Bonifassi, tenancière de bordel, qui casse littéralement la baraque en finale en entonnant de sa voix rauque un blues jubilatoire.

     

    Bien davantage plus qu’une immersion visuelle et historique, Vice vertu offre une immersion totale dans les émotions à fleur de peau, la musique, la joie de vivre et dans les petites et grandes misères qui ont marqué à jamais l’âme de la métropole.

    Vice & vertu
    Les 7 doigts. À la SAT jusqu’au 6 août.












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