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    Critique cirque

    Faites de beaux rêves avec «Rêveurs définitifs»

    5 juillet 2017 |Isabelle Paré | Cirque
    Le spectacle prend réellement son envol quand Étienne Saglio, figure majeure de la magie nouvelle, s’amène avec ses créatures fantasmagoriques.
    Photo: Laurence Labat Le spectacle prend réellement son envol quand Étienne Saglio, figure majeure de la magie nouvelle, s’amène avec ses créatures fantasmagoriques.

    C’est une douce magie, surréelle et décalée, que celle concoctée par les rêveurs définitifs, disciples de la magie nouvelle, qui ont atterri cette semaine sur la scène du théâtre Saint-Denis.

     

    Née en France pour dépoussiérer l’art de l’illusion, la magie nouvelle se présente dans ce cabaret mis en scène par Raphaël Navarro sous la forme d’un intrigant objet scénique, traînant dans ses malles cirque, danse, théâtre, comédie et jeux d’optique à profusion.

     

    D’emblée, l’exercice emporte le spectateur dans un univers onirique, traversé par le chant planant de Patrick Watson, appelé en renfort pour livrer cette version québécoise des Rêveurs. Les mélopées de l’interprète de To Build a House portent les mouvements fluides d’une danseuse, soudain affranchie de la gravité terrestre. La technique est sublime, l’illusion, totale : elle, basculant sur le dos, portée par une force invisible.

     

    Le théâtre d’objet débute ensuite avec l’entrée en scène d’Éric Antoine, comique bien connu dans l’Hexagone, qui s’improvise en dompteur foireux d’un tuyau en accordéon se mouvant de façon autonome.

     

    Le spectacle prend toutefois réellement son envol quand Étienne Saglio, figure majeure de la magie nouvelle, s’amène avec ses créatures fantasmagoriques. Dans le noir total, l’alchimiste de l’illusion met au monde une petite créature lumineuse volante, drapée d’un film plastique lui donnant des airs de méduse ou de spectre tout droit sorti du château de Poudlard.

     

    Comme un fauconnier, Saglio guide sa bête fantomatique à coups de sifflet, fait survoler sa comète hirsute au-dessus de la foule, d’un bout du parterre au balcon. L’illusion devient délire quand Saglio se bat en duel à l’épée avec cette folle créature et met au monde un clone en furie à chaque coup de lame. Une version futuriste de la fable de l’apprenti sorcier, revue à la faveur des possibilités inouïes offertes par les nouvelles technologies. La prouesse technique laisse bouche bée, la beauté crépusculaire épate.

     

    Saglio avait déjà ravi la métropole avec son bestiaire d’objets fous inspiré de Tim Burton, lors de la présentation du Soir des monstres au festival Montréal complètement cirque en 2014. On souhaite qu’il s’arrête ici plus souvent.

     

    On repose ensuite les pieds sur terre avec Yann Frisch, jongleur et bouffon épique, qui parodie le traditionnel numéro de prestidigitation de la balle sous les gobelets. Mais cette fois, ce sont pommes, gobelets et pichet d’eau qui mènent le bal et poussent le magicien halluciné au bord de la crise de nerfs. Puissant dans ce tableau muet, Frisch enchaîne ensuite avec Éric Antoine un interlude de micromagie où la paire se paie gaiement la tête des spectateurs.

     

    Tout le potentiel poétique des hologrammes et de la technique du Pepper’s Ghost est exploité dans un tableau où les personnages passent de l’écran à la scène, puis dans le tableau final où la danseuse, cosmonaute en apesanteur, achève de transporter le public entre deux rêves.

     

    À la tombée du rideau, on pardonne les ruptures de ton et l’aparté comique un peu trop verbeux de Frisch et d’Antoine, histoire d’encourager ces adeptes de l’improbable à rester d’éternels rêveurs définitifs.

    Le spectacle Rêveurs définitifs est présenté dans le cadre du Festival Juste pour rire.

    Rêveurs définitifs
    Au théâtre Saint-Denis, jusqu’au 15 juillet, avec invité musical spécial: Patrick Watson.












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