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    Cirque

    Le milieu du cirque demande un plan directeur sur dix ans pour retrouver sa superbe

    16 mai 2017 |Catherine Lalonde | Cirque
    Spectacle «Timber» du Cirque Alfonse
    Photo: Lucetg.com Spectacle «Timber» du Cirque Alfonse

    Le roi est nu, et il demande qu’on l’aide. Alors qu’on pense encore spontanément au cirque au Québec comme à un art riche et brillant, façon Cirque du Soleil, le milieu, paradoxalement, peine. Le regroupement national des arts du cirque En piste propose un plan directeur d’ici 2027, espérant une politique nationale des arts du cirque, afin que la formation, la création, la diffusion et le déploiement du cirque québécois puissent retrouver de leur superbe.

     

    « Cette perception du luxe, j’en ai marre », soulignait Christine Bouchard, directrice générale d’En piste, en entrevue au Devoir. « On est la discipline artistique la moins soutenue. » Difficile à croire quand on entend cette phrase dans la palestre de la très belle École nationale de cirque ? Voilà une part du problème : une apparence derichesse, répond la directrice générale. « Oui, on a la chance d’avoir une des meilleures écoles au monde. Non, ce n’est pas du luxe : c’est une nécessité afin d’être capables de former adéquatement des étudiants, en respectant les enjeux de sécurité parce que des vies sont réellement en jeu. »

     

    Son président, l’équilibriste et cofondateur des 7 doigts de la main Samuel Tétreault, explique : « Je ne peux pas louer un studio de danse comme il y en a tant pour une création de cirque.Ça me prend des points d’accrochage aérien, des rigs, des matelas… Très peu de lieux ont tout ça. »

    Penser d’autres cirques

     

    Il y a plus de 42 disciplines en cirque, renchérit Mme Bouchard, et l’art équestre — qui demande une écurie… — n’a pas les mêmes exigences que l’aérien, l’équilibre au sol ou l’art des cracheurs de feu. « Il y a une complexité qu’on oublie et qu’on ne reconnaît pas », précise-t-elle.

     

    Complexité qui fait que les spectacles ont du mal à tourner au Québec, les salles pouvant les accueillir étant rares. « Aujourd’hui encore, plus de 90 % des revenus de la majorité des compagnies circassiennes proviennent de l’étranger, et la vente de spectacles ou de numéros dans des événements spéciaux et dans le milieu corporatif, indique la présentation du plan, titré Cap sur nos territoires. Soyons clairs, sans le déploiement à l’international et les revenus qui y sont attachés, le secteur des arts du cirque ne pourrait exister au Canada. » Ce n’est pas normal, résume l’équilibriste, qu’en dehors de la Tohu, pour toutes les compagnies québécoises, la seule façon de survivre soit d’aller tourner à l’étranger.

     

    « Ce qui est riche en cirque, poursuit M. Tétreault, c’est la partie commerciale. Si on veut réellement arriver à des propositions de forme artistique, à une diversité, à une profondeur, comme on en voit maintenant en France, en Australie, en Scandinavie, et si on veut que les compagnies québécoises restent à la hauteur et puissent continuer de rayonner et de tourner à l’étranger, il faut qu’on les soutienne mieux en création. On n’est plus les seuls maintenant à faire du cirque contemporain de qualité. Il faut une vision plus globale que des subventions atomisées, et un développement d’ensemble, et arriver un peu à pérenniser cet art, où le Québec est reconnu. S’il veut rester à l’avant-garde, il faut lui donner les moyens. » Cette aura n’a-t-elle pas déjà, pâli, en fait ? « Tout à fait ! C’est déjà en train de péricliter, car la compétition est de plus en plus forte. »

     

    Cinq orientations

     

    Avoir la possibilité de penser des cirques autres — contemplatif, queer, féministe, par exemple, — n’est plus possible ici, soulignait la contorsionniste Andréane Leclerc, et ce « manque à créer » artistique sape le développement de l’avant-garde, tout comme la longévité des artistes, puisque ne se développent pas encore des « auteurs du cirque ».

     

    En piste a donc recensé cinq orientations. Former de l’enfance à la maturité, une urgence, selon En Piste, car la relève québécoise de talent et prête à être formée est dure à trouver, le cirque de loisir n’étant pas ici une tradition. Cet axe permettrait aussi de développer, par le hobby, le public. Soutenir et développer la création et la diversité artistiques, et permettre aux artisans de pouvoir choisir, ne serait-ce que pour un temps, entre la recherche artistique et le commercial. Aller à la rencontre des publics ; structurer et fédérer le secteur des arts du cirque ; et valoriser les arts du cirque. Le tout se déploie en 17 stratégies et de multiples actions.

     

    « Il y a des mesures toutes simples à réaliser, indique Christine Bouchard. Si, chaque fois qu’on rénove une salle de spectacle ou un aréna, on pense à y mettre des points d’ancrage, ce n’est pas des gros sous, et ça permet ensuite d’y accueillir du cirque. C’est à l’exemple de notre plan directeur : une vision cohérente et globale. »

    Le bel et triste exemple du Cirque Alfonse Antoine Carabinier-Lépine, cofondateur du bûcheronnant Cirque Alfonse, a tenu à exposer sa réalité, à titre d’exemple à la fois du succès et des limites qu’il rencontre au Québec. « On est une petite compagnie québécoise, qu’on a montée pour explorer nos régions. Pourtant, on n’a pas joué ni à Québec ni à Trois-Rivières, et on a peu tourné dans la province. » Mais des représentations se sont enchaînées trois mois durant à Londres, et deux mois et demi en Australie. « Les infrastructures d’ici ont du mal à recevoir même une petite compagnie comme nous, d’une douzaine de membres. On aimerait ne pas avoir à s’exporter autant. Et nous, on est chanceux : notre grange familiale à Saint-Alphonse-Rodriguez est merveilleuse pour travailler, même si on doit aussi répéter un peu en extérieur, par manque de place. » Ce qui n’est pas non plus possible climatiquement parlant douze mois par année… « Tout le monde n’a malheureusement pas ce genre de lieu à portée de main. »













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