Cirque - Une année faste!
La troupe Les 7 doigts de la main est la seule représentante des arts du cirque au 28e Grand Prix
De quelques doigts à 200 employés en dix ans. Et ce n’est pas la seule raison pour laquelle Les 7 doigts de la main représentent cette année le cirque à la table du Grand Prix.
Sept doigts et une décennie plus tard, bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis qu’une bande de jeunes circassiens inconnus en sous-vêtements a invité le public à pénétrer dans leur curieux univers par la porte d’un vieux frigo…
C’était au tout début de leur aventure, quand Les 7 doigts de la main ont lancé leur premier spectacle, Loft, une création collective éclatée en forme d’autoportrait, à mille lieues de ce à quoi nous avait habitués son grand frère, le Cirque du Soleil.
En à peine 10 ans, le petit collectif autogéré a fait florès, livré huit créations complètes, créé des dizaines d’événements-cabarets et collaboré à des spectacles majeurs, notamment à la renaissance de la comédie musicale Pippin, chorégraphiée en partie par l’une des leurs, Gypsy Snider, et qui prend ce mois-ci l’affiche à Broadway.
La lune de miel des 7 doigts de la main avec New York se poursuit d’ailleurs depuis que leur deuxième création, Traces, a littéralement séduit la Grosse Pomme au New Victory Theater et s’est hissée dans le palmarès des 10 meilleures productions de l’année du magazine Time.
Comme si tout n’allait pas déjà assez bien, pas moins de quatre productions des 7 doigts de la main ont simultanément pris l’affiche en janvier dernier en France, dont Séquence 8, leur tout dernier bébé, ovationné au Casino de Paris. Un véritable débarquement que plusieurs compagnies plus imposantes pourraient leur envier.
Le calendrier des tournées du collectif pour cette dernière création est déjà complet en 2013, avec des centaines de représentations prévues dans 13 pays.
Avec un tel carnet de route, pas étonnant que Les 7 doigts de la main se retrouvent une fois de plus sous le feu des projecteurs, finalistes pour le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal 2012.
Un modèle unique
Le secret de leur réussite ? Un ingrédient secret, complexe, qui leur a valu autant de succès que d’écueils, mais qui marquera à jamais leur singularité. La petite troupe fonctionne en effet de façon unique, selon un mode démocratique qui prévoit que tous participent aux décisions artistiques et financières de la troupe. Les revenus de chacun, réalisés avec ou sans la troupe, sont réinvestis dans les projets du collectif et repartagés de façon égale et équitable entre ses membres.
Un modèle idéaliste, certes, parfois difficile à maintenir, mais qui a permis à la troupe de survivre à des années de vaches maigres. Pendant que certains ramenaient de l’eau au moulin, d’autres planchaient sur des projets créatifs qui ont permis de nourrir la créativité et aidé la compagnie à forger un puissant réseau de collaborateurs. « Ce qui fait notre force, c’est d’avoir traversé toutes ces tensions. Ce qui nous lie, ce n’est pas une solidarité de pacotille ! », expliquait en octobre dernier au Devoir Nassib el-Husseini, ex-politologue à l’UQAM, aujourd’hui directeur général du collectif.
Pour couronner cette belle décennie, la troupe, qui regroupe désormais jusqu’à 200 employés permanents et occasionnels quand elle tourne à plein régime, s’est vu accorder en janvier dernier les subventions attendues depuis des lustres pour se doter d’un toit fixe.
Après des années de nomadisme, Les 7 doigts de la main poseront enfin leurs pénates dans les anciens locaux du Musée Juste pour rire, boulevard Saint-Laurent, en plein coeur du Quartier des spectacles. Une sorte de trophée arraché au temps, au terme de 10 ans de travail menés à un train d’enfer.
Liberté de création
Parmi les sept artistes fondateurs des 7 doigts de la main, six sont encore au poste et participent pleinement aux projets multiples de cette fourmillante boîte à idées. Car, en plus de multiplier les créations, la bande initiale permet à ses membres de réaliser en solo leurs projets personnels et leurs rêves les plus fous.
Ce feu vert donné à la liberté de créer a notamment permis à Patrick Léonard de mener à bien le spectacle solo Patinoire, une performance atypique et hybride combinant danse et théâtre physique, cirque et musique. La même soif de défis a mené Shanah Caroll à réaliser les chorégraphies acrobatiques du spectacle Iris, du Cirque du Soleil, à Los Angeles (interrompu depuis), et Gypsy Snider à épauler la réputée metteure en scène américaine Diane Paulhus dans la création de Pippin, qui s’ouvrira bientôt à Broadway.
Loft, Traces, Projet Fibonacci, La Vie, PSY, Patinoire, A Muse et enfin Séquence 8 : les 3000 spectacles donnés par Les 7 doigts de la main depuis leurs tout débuts ont été vus par plus de deux millions de spectateurs dans quelque 25 pays. En seulement 10 ans. Copieux programme pour une si jeune compagnie.







