Un tulle de Dalí présenté en primeur mondiale à Montréal
Daniele Finzi Pasca promet un rendez-vous entre cirque et surréalisme
Sorti de son silence de plusieurs décennies, l’immense tulle de scène a été dévoilé lundi en primeur mondiale au théâtre Maisonneuve, affichant toutes les griffes propres au surréaliste catalan. Corps mutants, paysages d’outre-tombe, fourmis et béquilles esseulées trahissent la signature du peintre des montres molles. Comme l’annonçait Le Devoir en mars dernier, on savait depuis plusieurs mois que l’immense oeuvre inédite serait le point de mire d’une création à Montréal, à la faveur d’une entente conclue entre une collection d’art privée suisse et la compagnie de cirque de Daniele Finzi Pasca.
Peinte pendant la guerre pour le ballet Tristan fou inspiré de l’opéra de Wagner Tristan et Isolde, la toile monumentale de Dalí (8,7 m sur 14,75 m) - qui servit de rideau de scène lors de sa présentation en 1944 au Metropolitan Opera de New York - revivra sous un tout autre jour, totalement différent de celui pour lequel Dalí l’avait imaginée.
« On va jouer autour de ce rideau. Le spectacle ne raconte pas Dalí, ce sera plutôt comme une épice qui donnera sa saveur au spectacle. On va même le trahir, puisque Dalí aimait se déguiser et se présentait parfois comme un clown. Alors nous allons jouer aux intellectuels ! Ce sera comme si Chagall racontait Dalí», a lancé à la blague lundi Daniele Finzi Pasca, dont la production prendra l’affiche au théâtre Maisonneuve, le 17 janvier 2013.
La Verità sera tout sauf un revival du ballet original. Comme son nom le dit, la production jouera avec la vérité et emportera Dalí dans l’univers ludique du cirque, à coup de clins d’oeil et de surprises tissées notamment autour du thème de l’amour, inspiré par la présence de ces Tristan et Yseult, plus grands que nature. Projections et décors viendront se fondre à la toile surréaliste et à la musique de Maria Bonzanigo, qui serviront de faire-valoir aux 12 artistes acrobates de cette vérité servie à la manière CFP.
Dalí retrouvé
Entre-temps, la gigantesque toile, restaurée en 2009, pourra être vue par le public montréalais le 7 novembre à l’occasion de trois visites organisées. Quelque 3000 laissez-passer seront gratuitement distribués sur le site Internet de la Place des Arts.
Selon Jennifer Whisper, historienne de l’art et experte de Dalí, la toile dépeignant ces Tristan et Yseult, déchirés par un amour impossible, en dit long sur l’importance que revêtait cette oeuvre pour le peintre espagnol, esquissée sur des croquis dès 1937. Androgyne, Tristan y est dépeint comme un spectre aux mains émaciées, à la longue chevelure blonde et au visage couvert de bandelettes. Mi-homme mi-femme, Yseult y arbore une coiffe en fleur de pissenlit et un corps quasi pétrifié d’où s’échappent des fourmis. « Dalí s’identifiait à Tristan. Il avait peur d’être fou, et son oeuvre interroge constamment la folie. Cette oeuvre s’appelait en sous-titre Le ballet paranoïaque. En un certain sens, l’image de ce couple symbolisait aussi sa propre relation avec Gala », a-t-elle expliqué.
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La Compagnie Finzi Pasca à Sotchi
La petite troupe de Lugano signera la mise en scène de la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Sotchi en 2014, a indiqué lundi Julie Hamelin, codirectrice de la Compagnie Finzi Pasca (CFP). Acclamée en Russie après y avoir présenté Donka : une lettre à Tchekhov, et mis en scène l’opéra Aida et le Requiem de Verdi au théâtre Mariinski, la compagnie s’attaquera à l’un des spectacles les plus regardés de la planète. Six ans après avoir mis la main à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Turin, Daniele Finzi Pasca et sa troupe sont de retour dans l’arène olympique. « On dirait que la Russie nous a adoptés. Là-bas, on estime que la compagnie a véritablement saisi l’âme russe ! », ajoute la codirectrice.
La compagnie, qui s’est fait connaître avec Icaro - spectacle solo sur la folie et la guérison - a déjà présenté aux producteurs le concept du spectacle. La cérémonie mettra à contribution des milliers de figurants et, assure Mme Hamelin, les références à la culture russe et à l’esprit nordique seront nombreuses.








