Haro sur la mouette rieuse
Le collectif français Akoreacro fait son premier saut en Amérique du Nord avec Pfffffff à la Tohu
Akoreacro
Du 25 septembre au 6 octobre 2012, à la Tohu
Créée en 2006 par quatre jeunes formés à l’École de cirque de Châtellerault, la petite troupe qui a fait ses classes dans la rue, en France, s’inscrit tout à fait dans la mouvance du jeune cirque contemporain qui fleurit dans l’Hexagone depuis une décennie. Une vague de cirque moderne, qui s’acoquine tant à la danse contemporaine qu’à la musique et au théâtre, et dont on a pu voir de nombreuses déclinaisons dans le cadre de Montréal complètement cirque.
Akoreacro, dont le nom fait écho à la fois au corps et à la chorégraphie, se réclame aussi de ce nouveau souffle circassien, mais a décidé d’ancrer cette modernité dans de solides bases techniques. Après leur baptême de la piste, les jeunes circassiens ont en effet mis le cap sur l’École de cirque de Moscou, à deux jets de pierre de la place Rouge, pour s’initier pendant un an à la très exigeante technique russe de la banquine.
Dès leur retour, Romain, Claire, Maxime et Basile créent So Circus!!!!, un premier spectacle qui tourne pendant deux ans dans les festivals et fait sa marque dans les cabarets allemands, avant de s’installer au Cirque d’hiver d’Helsinki. Il y a trois ans, quand la jeune compagnie est appelée à se produire avec des musiciens sur scène lors d’une prestation unique, un déclic se produit. Circassiens et musiciens s’entendent comme larrons en foire et décident d’entamer un prolifique dialogue entre les deux disciplines.
« Notre famille s’est agrandie de quatre musiciens et de deux techniciens. Un de nos langages, c’est le beat box. C’est devenu une sorte de langage corporel, incarné dans un personnage qui fait le lien entre la musique et l’acrobatie », explique Claire Aldaya, voltigeuse et seule artiste féminine de cette troupe métissée.
Le dialogue entre danse et acrobatie s’incarne dans l’onomatopéique Pfffffff, une nouvelle création inspirée d’un conte populaire argentin. La fabulette raconte l’histoire d’une mouette prise au piège par un chat, qui se laisse dévorer à la condition que le félin accepte d’épargner son oeuf. « Les deux animaux concluent un pacte, de sorte que l’oiseau consent à se laisser manger en faisant promettre au chat qu’il couve l’oeuf et accepte d’élever l’oisillon », explique Claire Aldaya.
En l’occurrence, la voltigeuse ballottée par une meute de mâles devient la métaphore du volatile couvé tentant d’échapper aux griffes des félins en chasse. Les acrobates se disputent la proie par moments, la protègent à d’autres. Ils apprennent à l’oiseau tombé du nid comment voler, tentant de réconcilier l’irréconciliable dans une course à quatre qui va dans toutes les directions. Claire Aldaya résume l’affaire en disant qu’elle cultive l’art d’être en l’air tout en gardant les pieds sur terre.
« De façon globale, Pfffffff s’intéresse aux différences, à la tolérance, à la difficulté d’accepter l’autre. On passe du rire aux larmes, avec des moments de vertige et de bataille », déclare l’acrobate.
Spectacle sans paroles, mais foisonnant d’envolées métissées, Pffffffff s’enchaîne sur fond de musique hip hop, de rythmes klezmer, d’improvisations jazzées et de mélopées balkaniques.
Inspiré du cinéma muet où la musique surligne et exacerbe l’action, ce métissage musical charge la production d’émotions et lui confère des airs nomades. Greffés à la touche tzigane des ex-membres du groupe Marchands de scandales Boris Vassallucci et Guilhem Fontes (violon, piano et clarinette), les rythmes du beatboxeur Mathieu Santa-Cruz et l’accordéon de Guillaume Thiollière font souffler sur la jeune bande circassienne un vent de cosmopolitisme.
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Ce texte a été modifié après publication










