Montréal complètement cirque : La Cuisine de Pan - Un menu minceur qui laisse le ventre vide
La Cuisine de Pan
Présenté du 7 au 9 juillet
À l’Usine C
Comme cela arrive parfois au restaurant, le menu vous en jette plein les yeux, mais vous vous retrouvez en bout de piste avec pas grand-chose dans l’assiette. C’est malheureusement ce qui se produit avec Cuisine de Pan, une création qui ambitionne de faire tout un plat, en invitant le break dance à chauffer la cuisine.
Pourtant, la petite troupe française Chute libre, qui a pour parti pris de marier le break dance à des lieux insolites, a mis le doigt sur un filon prometteur avec cette invitation à mettre la cuisine sens dessus dessous. Danser parmi les chaudrons, avec toutes les allégories que cela laissait espérer…on se régalait d’emblée.
D’entrée de jeu, la scénographie, sympathique, a aussi de quoi mettre les papilles en alerte. Le frigo qui sert de coulisses. Les murs inclinés. Le radio journal qui recrache les actualités du matin et un zombie ébouriffé qui s’attable devant un café noir: la table était mise pour mordre à belles dents.
L’action s’amorce à la petite cuillère, avec quelques pas de hip hop exécutés sur des extraits d’émissions radiophoniques, traitant de bouffe, du sens de la vie. De Brel, entre autres. Un danseur se projette sur une table, et se fait cuisiner comme chair à pâté. On le malaxe, on le pétrit, on le hache menu.
Entre ces saynètes, des danseurs s’éjectent du frigo ou du garde-manger pour de trop brèves envolées de hip hop, électrisantes, mais vite étouffées. Pendant tout ce temps, la bande sonore recrache des bruits de friture, des entretiens sur la bouffe, dont un laïus tordant sur les bienfaits et méfaits du cochon.
On joue à fond sur la forme, mais sur le fond, on attend encore le plat de résistance. Dès que l’affaire fait mine de décoller, le jeu s’étiole, s’éparpille. À mi-parcours de ce service d’à peine une heure, les danseurs s’arrêtent carrément pour reprendre leur souffle. Une sorte de jeûne forcé, pendant lequel le spectateur se fait servir les humeurs du chef sur les actualités du jour. Bon.
Après cet entremets un peu sec, on repart la machine, l’estomac dans les talons, cette fois convaincu que le soufflé va enfin lever. On espère atteindre le point d’ébullition quand les danseurs entrent soudain en bloc pour multiplier vrilles et jeux de pied au sol. Entre-temps, une traînée de casseroles (tiens donc?) sort des coulisses pour alimenter un numéro de mât chinois. Y aurait-il un vent de rébellion dans l’air? Les murs se colorent de graffitis, la musique emplit enfin l’espace. Ça y est, qu’on se dit, à la soupe!
Mais la mayonnaise ne prend pas. Les amateurs de danse seront les premiers déçus de cette proposition ni vraiment cirque, ni vraiment danse, qui manque de substance malgré son thème qui s’annonçait hautement nutritif. Dommage, car il y avait matière à mettre de la chair sur l’os.








