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Cirque du Soleil: décrocher la lune…

26 avril 2012 | Stéphane Baillargeon | Cirque
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
Amaluna
Un spectacle féminin du Cirque du Soleil
En première mondiale hier soir à Montréal
Elle s’appelle Rigolo, et ça ne s’invente pas pour une artiste de cirque. Enfin, oui, ça s’inventerait comme aptonyme, mais bon, peu importe c’est le nom de cet artiste suisse. Lara Jacobs Rigolo, donc. Elle incarne «la déesse de l’équilibre» dans Amaluna, le nouveau show pour chapiteau du Cirque du Soleil (CDS) qui débutait hier soir, à Montréal en grande première mondiale.

Mme Jacobs Rigolo présente le plus époustouflant numéro de la soirée, une création unique en son genre de mémoire d’amateur et de critique de productions circassiennes.

Le tour de finesse consiste à poser en équilibre les unes sur les autres des tiges végétales de différentes longueurs pour finalement former une sorte de grand module. La manipulatrice saisit les bouts de tige un à un avec ses orteils puis les manipule pour construire sa fragile structure. On entend sa respiration haletante s’amplifier au fur et à mesure de l’effort.

À la fin du numéro, la grande dame blonde monte la délicate charge sur sa tête puis la dépose sur une ultime tige posée à la verticale. L’exploit époustouflant a mérité une ovation bien sentie.

Ce numéro cadre parfaitement avec le thème du spectacle qui se veut «une cérémonie rituelle en hommage à la féminité, au renouveau et à l’équilibre». Amaluna lie «ama» qui veut dire mère et «luna» qui désigne la lune. La mise en scène a été confiée à une femme, l’Américaine Diane Paulus, une première en un quart de siècle et il était temps.

Les dames dominent la troupe à trois contre un. Le canevas féminise l’argument ainsi que certains des personnages de The Tempest, par exemple en créant la magicienne Prospéra, et en imaginant des déesses et des amazones partout.
 
La face cachée d’Amaluna

Le show respecte ce fil conducteur shakespearien, du naufrage provoqué par une tempête jusqu’au mariage final des jeunes amoureux. Il s’agit d’une des productions du CDS les plus symboliquement et narrativement chargées et unifiées. Malheureusement, ça ne suffit pas. Bien des engrenages de cette complexe mécanique expressive finissent par décevoir ou, pire, par lasser, un bien vilain défaut pour le plus populaire et le plus en moyens des cirques du monde. On peut demander la lune à Amaluna mais on ne l’obtient pas.

Des exemples? Presque toute la première partie traîne en longueurs monotones. Le court et décevant numéro d’ouverture du duo de monocycle n’a rien à faire là, ou si peu. Le ton banal est donné. La fantaisie et le spectaculaire manquent ensuite jusqu’à l’entracte, sauf pour le numéro d’icarien doublé de manipulations de météores d’eau. En gros, dans cet exploit à la chinoise, des acrobates sur le dos en promènent d’autres installés sur leur pied qui s’amusent en plus à faire tournoyer des vases attachés au bout de longues cordes. On peut aussi accorder une mention mineure  au numéro de cerceau et de grand bol d’eau, surtout pour son respect de la symbolique féminine plutôt que par ses prouesses acrobatiques.

Cette première partie longuette ne propose certainement pas le plus mauvais de la compagnie. Les malchanceux qui ont vu le show-hommage à Michael Jackson se nettoient encore la tête. Mais ce n’est vraiment pas le meilleur du CDS non plus. Après trente-deux créations, dont une moitié pour chapiteau, on penserait impossible de répéter certaines erreurs de base, ne serait-ce que pour éviter les segments mornes, toujours assez insupportables sur une piste où il faut être soit dans le rêve, soit dans l’action, mais surtout pas coincé dans l’entre-deux menant de l’un à l’autre.
 
La matantisation du CDS

La seconde partie du spectacle sauve la mise avec ses numéros beaucoup plus forts, une planche sautoir enrichie d’un socle latéral aidant les élans, des courroies aériennes menées par trois athlètes féminines, une jonglerie surtout étonnante par la gestuelle qui l’accompagne et l’exploit sublime de Mme Rigolo, évidemment.

Un triangle de fil de fer pour un quatuor d’équilibriste mérite aussi beaucoup de reconnaissance bien que son enrobage, surtout les costumes à l’ancienne, détonnent avec le reste de la production. On dirait un montage rescapé du show Cortéo (2005), qui demeure et de loin le plus audacieux et le plus admirable du CDS des dernières années. Depuis, le Cirque a surtout répété de vieilles recettes ou balancé des produits spectaculaires indignes ou inachevés.

Pour le reste, cette fois encore, c’est la bonbonnière aux costumes, avec toujours ce je-sais-trop-quoi du patin de fantaisie. La scénographie on ne peut plus sobre (quelques tiges de bambous ou de roseau) ne réinvente rien du tout. Les couleurs criades (du mauve!), quelques coiffures simili-punks de banlieue et la surabondance de guitare électrique datée donnent un petit côté glam rock à l’ensemble. Cette dérive assumée signale non pas la féminisation souhaitée mais la matantisation du Cirque du Soleil.

Il faut toutefois être honnête et raconter ce qui s’est passé des deux côtés du quatrième mur. La salle a adoré ce qu’elle a vu sur scène. Évidemment, il faut se méfier de la balance de jugement des soirs de première qui rameutent les amis, la famille, les employés et les artistes venus en voir d’autres. N’empêche, très honnêtement, autour, hier, les commentaires hyperpositifs du public abondaient. Le spectacle a finalement généré deux ovations debout, une (douteuse) à la fin de la représentation et une (entièrement méritée) pour l’exceptionnel numéro de manipulation de Lara Jacobs Rigolo…
 
 
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