Tendres bouffons
Les clowns belges de la compagnie OKIDOK s'amènent à la Tohu avec un brin d'âme russe en poche
Okidok
À la Tohu, 19h30 et matinée.
Du 20 décembre 2011 au 5 janvier 2012.
Dans l'offre culturelle «noëllienne», combien de spectacles de Noël nous ressassent-ils la nostalgie empailletée jusqu'à plus soif, quand ils ne nous enfoncent pas le rigodon dans les tympans? Pour les familles rescapées du tourbillon annuel qui veulent se sucrer l'âme pendant le congé des Fêtes, de rares scènes offrent plus que neige artificielle et père Noël en série. La Tohu est du lot, qui abandonne fin décembre sa piste à deux héritiers spirituels de la tradition clownesque russe, atterris avec la poésie en bandoulière.
En pleine déprime hivernale, le débarquement des loustics belges d'OKIDOK pourrait être l'issue de secours des parents qui cherchent à écarquiller les yeux de leurs petits mousses sans devenir les dindons de farces juvéniles indigestes.
Les deux clowns belges, venus faire un saut à Montréal l'été dernier dans la foulée du festival Montréal complètement cirque, reviennent cette fois avec Ha ha ha, une création tout en nuances, qui se démarque des productions usinées pour enfants qui goûtent la barbe à papa. En rupture totale avec l'image du clown à large cravate, les deux circassiens ont pondu dans ce Ha ha ha une création nimbée de naïveté moulée sur mesure pour les grands enfants et les petits qui aiment voir les grands se prendre pour des petits.
Depuis des lunes, les dédales de l'enfance sont le terrain de jeu favori de Xavier Bouvier et Benoît Devos, deux espiègles qui ont succombé à l'attraction clownesque quand ils n'avaient que douze ans et dont ils n'ont jamais vraiment réussi à s'échapper. À cet âge, les deux gamins belges ont assisté regard béat à une prestation de Slava Polounine, grand clown russe devant l'Éternel, venu déballer son monde onirique sous son grand chapeau à voile. «On a vu adolescents le spectacle des fondateurs du Licedei, notamment Slava Polounine, et c'est ce qui nous a donné le goût de faire ce métier. On s'est dit: "On va faire cela!"», raconte Xavier Bouvier, depuis Bruxelles.
À cheval entre pantomime, humour et poésie, ce clown au chapeau démesuré et aux grandes galoches est devenu un héros national en URSS. À l'époque de la guerre froide, le grand Slava avait fondé à Leningrad la légendaire troupe de clowns russes du Licedei. Pendant la perestroïka, Polounine a ensuite sillonné l'Europe avec sa «Caravane Mir (Caravane de la paix)». Depuis la chute du mur de Berlin, il a fait pleuvoir des tonnes de flocons sur le monde avec son Slava Snow Show, inspiré par Marcel Marceau et Chaplin.
La poésie en bandoulière
Les deux compères belges s'amènent donc ici avec un peu de cette âme russe, attrapée au vol il y a 30 ans. Après un détour par l'École nationale de théâtre belge, ils sont venus user leurs savates à l'École nationale de cirque à Montréal en 1995. Ha ha ha sera leur première création. Sur la route depuis 2001, le spectacle a fait sourire le public de plus de 29 pays, du Japon à la Nouvelle-Calédonie en passant par Tahiti et Montréal (en 2006).
Avec leurs faciès blanchis, leurs bottines bédéesques et leurs grandes chemises de nuit inspirées de la commedia dell'arte, les deux pitres jouent le registre de la tendre naïveté. Ni Laurel ni Hardy, la paire ne sombre pas dans l'éternel piège de la victime et du bourreau, mais glisse plutôt de gag en gag comme deux grands enfants qui avancent à tâtons. Un ballon tombe du ciel, une porte sème la bisbille: le jeu des OKIDOK navigue entre mime et théâtre d'objets, semant poèmes et sourires à la commissure des lèvres.
«Ces clowns nous racontent des histoires avec des objets simples, comme des boîtes de carton. Une simple porte devient le prétexte à une métaphore satirique sur le droit de propriété. C'est avant tout du théâtre gestuel. Nos corps en disent beaucoup plus sur les personnages que les mots», confie Bouvier.
Cet été, le duo comique avait troqué le sourire pour les gags trash et ses chemises de nuit pour une paire de caleçons relâchés dans une création intitulée Slips Inside. Dans ce spectacle de cabaret plus décapant, les prophètes du grand Slava coupaient le cordon ombilical avec leur modèle d'enfance. Ce genre de catharsis en forme d'autodérision leur avait prouvé qu'un clown peut parfois en cacher un autre!
Après avoir fait cavaler leur côté givré, les deux Belges passent maintenant du délire au rire, selon les tournées, alternant entre leurs personnages déjantés et leurs bouffons lyriques, selon les villes.
«Nous cohabitons très bien avec ces doubles personnages. Avant de faire Ha ha ha à Montréal, nous ferons 19 dates en caleçons au Danemark avec Slips Inside. On peut très bien passer de l'un à l'autre, car nos personnages évoluent. Ils vieillissent et mûrissent comme nous!», insiste Bouvier, qui jure que la schizophrénie ne guette pas le duo.
Pour leur retour à la Tohu, les OKIDOK ont donc rangé leurs bobettes Fruit of the Loom et ressortent de leurs malles à malices, l'espace de deux semaines, leur clownerie plus classique, embuée d'une candeur propre à séduire les ribambelles d'enfants, sans tarte à la crème ni lutins disco.
En pleine déprime hivernale, le débarquement des loustics belges d'OKIDOK pourrait être l'issue de secours des parents qui cherchent à écarquiller les yeux de leurs petits mousses sans devenir les dindons de farces juvéniles indigestes.
Les deux clowns belges, venus faire un saut à Montréal l'été dernier dans la foulée du festival Montréal complètement cirque, reviennent cette fois avec Ha ha ha, une création tout en nuances, qui se démarque des productions usinées pour enfants qui goûtent la barbe à papa. En rupture totale avec l'image du clown à large cravate, les deux circassiens ont pondu dans ce Ha ha ha une création nimbée de naïveté moulée sur mesure pour les grands enfants et les petits qui aiment voir les grands se prendre pour des petits.
Depuis des lunes, les dédales de l'enfance sont le terrain de jeu favori de Xavier Bouvier et Benoît Devos, deux espiègles qui ont succombé à l'attraction clownesque quand ils n'avaient que douze ans et dont ils n'ont jamais vraiment réussi à s'échapper. À cet âge, les deux gamins belges ont assisté regard béat à une prestation de Slava Polounine, grand clown russe devant l'Éternel, venu déballer son monde onirique sous son grand chapeau à voile. «On a vu adolescents le spectacle des fondateurs du Licedei, notamment Slava Polounine, et c'est ce qui nous a donné le goût de faire ce métier. On s'est dit: "On va faire cela!"», raconte Xavier Bouvier, depuis Bruxelles.
À cheval entre pantomime, humour et poésie, ce clown au chapeau démesuré et aux grandes galoches est devenu un héros national en URSS. À l'époque de la guerre froide, le grand Slava avait fondé à Leningrad la légendaire troupe de clowns russes du Licedei. Pendant la perestroïka, Polounine a ensuite sillonné l'Europe avec sa «Caravane Mir (Caravane de la paix)». Depuis la chute du mur de Berlin, il a fait pleuvoir des tonnes de flocons sur le monde avec son Slava Snow Show, inspiré par Marcel Marceau et Chaplin.
La poésie en bandoulière
Les deux compères belges s'amènent donc ici avec un peu de cette âme russe, attrapée au vol il y a 30 ans. Après un détour par l'École nationale de théâtre belge, ils sont venus user leurs savates à l'École nationale de cirque à Montréal en 1995. Ha ha ha sera leur première création. Sur la route depuis 2001, le spectacle a fait sourire le public de plus de 29 pays, du Japon à la Nouvelle-Calédonie en passant par Tahiti et Montréal (en 2006).
Avec leurs faciès blanchis, leurs bottines bédéesques et leurs grandes chemises de nuit inspirées de la commedia dell'arte, les deux pitres jouent le registre de la tendre naïveté. Ni Laurel ni Hardy, la paire ne sombre pas dans l'éternel piège de la victime et du bourreau, mais glisse plutôt de gag en gag comme deux grands enfants qui avancent à tâtons. Un ballon tombe du ciel, une porte sème la bisbille: le jeu des OKIDOK navigue entre mime et théâtre d'objets, semant poèmes et sourires à la commissure des lèvres.
«Ces clowns nous racontent des histoires avec des objets simples, comme des boîtes de carton. Une simple porte devient le prétexte à une métaphore satirique sur le droit de propriété. C'est avant tout du théâtre gestuel. Nos corps en disent beaucoup plus sur les personnages que les mots», confie Bouvier.
Cet été, le duo comique avait troqué le sourire pour les gags trash et ses chemises de nuit pour une paire de caleçons relâchés dans une création intitulée Slips Inside. Dans ce spectacle de cabaret plus décapant, les prophètes du grand Slava coupaient le cordon ombilical avec leur modèle d'enfance. Ce genre de catharsis en forme d'autodérision leur avait prouvé qu'un clown peut parfois en cacher un autre!
Après avoir fait cavaler leur côté givré, les deux Belges passent maintenant du délire au rire, selon les tournées, alternant entre leurs personnages déjantés et leurs bouffons lyriques, selon les villes.
«Nous cohabitons très bien avec ces doubles personnages. Avant de faire Ha ha ha à Montréal, nous ferons 19 dates en caleçons au Danemark avec Slips Inside. On peut très bien passer de l'un à l'autre, car nos personnages évoluent. Ils vieillissent et mûrissent comme nous!», insiste Bouvier, qui jure que la schizophrénie ne guette pas le duo.
Pour leur retour à la Tohu, les OKIDOK ont donc rangé leurs bobettes Fruit of the Loom et ressortent de leurs malles à malices, l'espace de deux semaines, leur clownerie plus classique, embuée d'une candeur propre à séduire les ribambelles d'enfants, sans tarte à la crème ni lutins disco.








