Spectacle des finissants de l'École nationale de cirque de Montréal - Faites l'amour, pas la guerre
Photo : Roland Lorente
Un coup de cœur revient à la délicate Angelica Bongiovonni, qui brûle la piste avec sa roue Cyr, enveloppant son appareil d’une aura féminine et d’une agilité rarement vues.
À retenir
-
Messa Pomme Grenade
Spectacles des finissants de l'École nationale de cirque.
À La Tohu, du 31 mai au 12 juin.
Il faut choisir. L'amour ou la guerre. Dur dilemme que celui posé par les finissants de l'École nationale de cirque de Montréal (ENC), dans deux prestations foncièrement différentes et originales. Deux spectacles qui se font écho et hurlent en sous-texte: «Faites l'amour, pas la guerre!»
Servi en tandem, le spectacle de l'ENC oblige le public à faire un choix déchirant. À moins de prendre les bouchées doubles, il faut donc se résoudre à tirer à pile ou face, à se fier au bouche à oreille ou, finalement, aux critiques.
Pour notre part, le choix est fait. Messa, une histoire à saveur vaguement hippie, tricotée autour d'un gourou gaga à gogo et de disciples béats qui l'adulent, décroche la palme. Sur le plan artistique s'entend. L'idée de cette secte jouissive, imaginée par la metteure en piste Julie Lachance, a tout pour délier les zygomatiques endormis en cette fin de printemps pluvieux.
Messe façon sixties, costumes à paillettes et fidèles en extase: la prestation prend l'allure d'une transe ludique où chacun cherche l'ultime satori, la révélation, l'extase. Même le public est convié à bêler un oooom! cathartique.
Un gourou sur roue (monocycle) est le point de mire de cette curieuse messe jubilatoire où les illuminés s'éclatent au son de gospels et de Somebody to Love de Queen. Puis survient l'impeccable numéro de hula hoop, rendu avec grâce par l'acrobate Santé d'Amours Fortunato, au nom plus que providentiel.
À l'euphorie collective succèdent les envolées en solo. Notamment lors d'un magnifique tableau aérien où chaque acrobate monte aux nues sur son appareil dans un hymne à l'apesanteur servi sur la Symphonie no 3 de Henryk Gorecki.
L'autre coup de coeur revient à la délicate Angelica Bongiovonni, qui brûle la piste avec sa roue Cyr, enveloppant son appareil d'une aura féminine et d'une agilité rarement vues. Dans une chorégraphie aussi vive qu'aérienne, l'acrobate pousse l'instrument, souvent manipulé par des hommes, au-delà des codes convenus du genre. Puis la clique de groupies jubile jusqu'au rituel final, lors de plusieurs scènes de groupe exécutées de main de maître. Alléluia.
Printemps arabe
C'est plutôt la guerre qui mène le bal dans Pomme grenade. Spectacle-hommage au «printemps arabe», cette deuxième prestation parle de révolutions en ébullition, de soldats déserteurs qui fuient la guerre en plongeant dans leurs souvenirs d'enfance. Bien qu'intéressante, l'avenue explorée par la metteure en piste Marie-Josée Gauthier a le défaut de sombrer par moments dans certains clichés (croissant jaune, femmes voilées, etc.), soulignant à grands traits ce qui aurait pu être évoqué avec plus de subtilité.
Si le propos s'éparpille dans les enchaînements collectifs, plusieurs numéros de groupe explosent de vitalité. Notamment celui, percutant, de soldats qui virevoltent au trampoline. L'univers guerrier cède la place au monde de l'enfance lors d'une prestation accomplie au tissu aérien par Anna Kichtchenko, où l'acrobate multiplie le potentiel de son appareil. Travaillé tant au sol qu'en hauteur, le banal bout de tissu prend une dimension artistique décuplée.
Le fil conducteur s'étiole à mi-parcours, mais reprend du mieux en fin de course, quand des hommes-araignées tombent du ciel. Ugo Dario et Maxim Fortin se surpassent alors dans un explosif numéro de planche coréenne, avant d'être passés en revue par un colonel gueulard interprété avec génie par Eric Bates. Le jongleur casse la baraque en manipulant ses boîtes de cigares comme des munitions. Au cerceau aérien, Alexandra Royer boucle cette ode à la liberté en beauté dans une prestation artistique poussée, explorant toutes les subtilités de son cercle d'acier.
Entre gourou et guerriers, les deux créations possèdent de quoi séduire les mordus de la piste, même si Messa présente au final un tableau général mieux ficelé.
Servi en tandem, le spectacle de l'ENC oblige le public à faire un choix déchirant. À moins de prendre les bouchées doubles, il faut donc se résoudre à tirer à pile ou face, à se fier au bouche à oreille ou, finalement, aux critiques.
Pour notre part, le choix est fait. Messa, une histoire à saveur vaguement hippie, tricotée autour d'un gourou gaga à gogo et de disciples béats qui l'adulent, décroche la palme. Sur le plan artistique s'entend. L'idée de cette secte jouissive, imaginée par la metteure en piste Julie Lachance, a tout pour délier les zygomatiques endormis en cette fin de printemps pluvieux.
Messe façon sixties, costumes à paillettes et fidèles en extase: la prestation prend l'allure d'une transe ludique où chacun cherche l'ultime satori, la révélation, l'extase. Même le public est convié à bêler un oooom! cathartique.
Un gourou sur roue (monocycle) est le point de mire de cette curieuse messe jubilatoire où les illuminés s'éclatent au son de gospels et de Somebody to Love de Queen. Puis survient l'impeccable numéro de hula hoop, rendu avec grâce par l'acrobate Santé d'Amours Fortunato, au nom plus que providentiel.
À l'euphorie collective succèdent les envolées en solo. Notamment lors d'un magnifique tableau aérien où chaque acrobate monte aux nues sur son appareil dans un hymne à l'apesanteur servi sur la Symphonie no 3 de Henryk Gorecki.
L'autre coup de coeur revient à la délicate Angelica Bongiovonni, qui brûle la piste avec sa roue Cyr, enveloppant son appareil d'une aura féminine et d'une agilité rarement vues. Dans une chorégraphie aussi vive qu'aérienne, l'acrobate pousse l'instrument, souvent manipulé par des hommes, au-delà des codes convenus du genre. Puis la clique de groupies jubile jusqu'au rituel final, lors de plusieurs scènes de groupe exécutées de main de maître. Alléluia.
Printemps arabe
C'est plutôt la guerre qui mène le bal dans Pomme grenade. Spectacle-hommage au «printemps arabe», cette deuxième prestation parle de révolutions en ébullition, de soldats déserteurs qui fuient la guerre en plongeant dans leurs souvenirs d'enfance. Bien qu'intéressante, l'avenue explorée par la metteure en piste Marie-Josée Gauthier a le défaut de sombrer par moments dans certains clichés (croissant jaune, femmes voilées, etc.), soulignant à grands traits ce qui aurait pu être évoqué avec plus de subtilité.
Si le propos s'éparpille dans les enchaînements collectifs, plusieurs numéros de groupe explosent de vitalité. Notamment celui, percutant, de soldats qui virevoltent au trampoline. L'univers guerrier cède la place au monde de l'enfance lors d'une prestation accomplie au tissu aérien par Anna Kichtchenko, où l'acrobate multiplie le potentiel de son appareil. Travaillé tant au sol qu'en hauteur, le banal bout de tissu prend une dimension artistique décuplée.
Le fil conducteur s'étiole à mi-parcours, mais reprend du mieux en fin de course, quand des hommes-araignées tombent du ciel. Ugo Dario et Maxim Fortin se surpassent alors dans un explosif numéro de planche coréenne, avant d'être passés en revue par un colonel gueulard interprété avec génie par Eric Bates. Le jongleur casse la baraque en manipulant ses boîtes de cigares comme des munitions. Au cerceau aérien, Alexandra Royer boucle cette ode à la liberté en beauté dans une prestation artistique poussée, explorant toutes les subtilités de son cercle d'acier.
Entre gourou et guerriers, les deux créations possèdent de quoi séduire les mordus de la piste, même si Messa présente au final un tableau général mieux ficelé.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

