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Entre Cannes et blogues

10 avril 2010 | Odile Tremblay | Cirque
Polytechnique de Denis Villeneuve avait été écarté par Téléfilm, tout comme J’ai tué ma mère de Xavier Dolan.
Photo : Alliance Polytechnique de Denis Villeneuve avait été écarté par Téléfilm, tout comme J’ai tué ma mère de Xavier Dolan.
On ignore encore quels films représenteront le Québec au Festival de Cannes en mai prochain, tout en caressant en sourdine de grands espoirs. Xavier Dolan avec Les Amours imaginaires et Denis Villeneuve derrière Incendies, inspiré de la pièce de Wajdi Mouawad, s'affichent en poulains de tête. Les noms qui s'imposaient hier retentissent aujourd'hui. Plus ça change...

Retour sur Cannes 2009. Au pavillon de Téléfilm Canada, nul n'avait alors le coeur à la fête. L'institution était passée à côté des trois films québécois sélectionnés sur la Croisette et on s'y faisait discret. Festivaliers et critiques d'ici s'arrêtaient en passant au stand de la SODEC, trois portes plus loin. La société québécoise avait investi à bon escient et le président de la boîte, Jean-Guy Chaput, ignorait encore qu'il allait glisser sur une peau de banane pour ses dépenses dites somptuaires sur une Croisette en folie. Le soleil brillait pour les uns, se voilait pour les autres.

Les analystes au scénario de Téléfilm manquèrent en amont de flair et du doigt de témérité qui déniche la trouvaille. J'ai tué ma mère du jeune Xavier Dolan et Polytechnique de Denis Villeneuve avaient essuyé des refus au volet sélectif de Téléfilm, s'arrangeant pour dégoter des fonds à la fortune du pot, par quelques acrobaties de salto arrière et avec un coup de pouce de la SODEC.

Xavier Dolan était un jeunot inconnu au bataillon, quoique l'intérêt de son scénario et sa solide distribution auraient pu allumer chez Téléfilm les esprits, donner l'envie de miser sur sa pomme, ne serait-ce que par intuition... Denis Villeneuve abordait de son côté le massacre à Polytechnique, aux blessures encore à vif. Son projet fut écarté par prudence, laquelle n'est pas toujours bonne conseillère, faut croire. Car comment créer l'événement sans casser les moules?

Quant aux Bonheur de Pierre, Détour, Cadavres, Pour toujours les Canadiens et autres flops cautionnés à leur place, ils firent surtout la joie de notre jury des Aurore, qui couronne les navets de l'année, le cru étant faste et les candidatures juteuses.

Oui, on sortait d'une drôle d'année cinématographique, et le milieu s'interrogeait.

Xavier aussi se grattait la tête, bien placé pour se poser une question ou deux. Au gala des Jutra, statuette du meilleur film en main, le jeune cinéaste dénonçait «des institutions bien intentionnées mais pourtant mercantiles qui imposent des standards qui sous-estiment notre intelligence et effacent notre identité». On l'en félicita à coups de claques dans le dos. Après tout, ça prend du courage pour blâmer de précieux bailleurs de fonds qui tiennent la clé de vos subventions futures. Rares sont les voix de cinéastes osant encore utiliser le micro à des fins de politiques culturelles au cours de ces soporifiques galas où l'un congratule l'autre.

Pourtant, l'éditorialiste de La Presse Mario Roy attaqua la semaine dernière cette sortie du jeune lauréat dans un désormais célèbre éditorial intitulé «Cinoche et fric», identifiant Xavier Dolan à une douairière snobinarde qui entonne l'antique refrain du cinéma mercantile aux standards réducteurs, etc.

Ce malheureux texte figurait dans la version imprimée du journal. Mais ses retombées ont pris la voie de la blogosphère. Dolan pondit une réplique fort bien torchée à son détracteur, condamnant encore mieux la dictature du commerce. Cette lettre fut d'abord publiée sur le blogue de Manon Dumais de Voir, puis, à travers celui de Marc-André Lussier, sur Cyberpresse. Une réplique à la réplique signée Mario Roy, faisant la leçon à son jeune détracteur d'un ton docte, règle à la main et coups sur les doigts, a atterri aussi dans quelques blogues. Un cortège de commentaires suivirent, plusieurs insignifiants, certains lumineux (bravo Georges Privet!). On lisait tout ça au feuilleton, tantôt intéressés, tantôt excédés par l'amas de réactions niaises ou hargneuses commentant ces prises de bec.

Le jeu en valait-il la chandelle? Dans notre microcosme québécois si avare de polémique, oui. À travers répliques et contre-répliques, gauche et droite s'affrontèrent à tout le moins sans censure. Ces longues lettres n'auraient jamais trouvé à s'héberger ailleurs que sur la Toile, de toute façon.

C'est donc à pleine blogosphère qu'un miniforum de quelques jours se sera penché sur le sort du financement du cinéma québécois, pour le meilleur et pour le pire. En espérant qu'il ouvre une porte sur des discussions moins virtuelles. Car le sujet l'exige.

Depuis 2000, la quête d'un auditoire fut une priorité chez Téléfilm, invitant à la culture des formules toutes faites, courtisant les grosses vedettes de l'humour en chèvre-appât. L'institution fédérale semble vouloir (peut-être) revoir ses priorités. D'ailleurs, elle a financé le dernier Villeneuve et, s'il atterrit à Cannes, l'étendard de Téléfilm flottera avec une plus grande fierté que l'année précédente. Quant à celui de la SODEC, il pourrait bien se poser sur un placard. Le nouveau président de la boîte, François Macerola, entend réduire les dépenses là-bas. Sauf que Cannes est un ciel où chaque étoile doit briller, et au bon endroit, en bordure de baie. Sinon, c'est le recul à l'ombre quand nos films sont au poste et cherchent une vitrine internationale. Périlleuse stratégie!

Et puis, ironie du sort, Macerola annonçait dernièrement que sa société ne serait plus associée au seul cinéma d'auteur mais s'arrimerait également aux productions commerciales. L'axe fédéral-provincial est-il en train de basculer au cinéma? Alerte à gauche! Les oeuvres indépendantes pourraient être menacées cette fois chez la SODEC, leur allié traditionnel. Sur la blogosphère, à Cannes ou ailleurs, que s'élèvent d'autres voix pour rouspéter!
 
 
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