Cirque - Ils dansent avec les loups
À retenir
Une relation durement mise à l’épreuve, tantôt écorchée vive et tantôt symbiotique; voilà qui résume la production du couple de porteur et voltigeur Alexandre Fray et Frédéric Arseneault, fondateurs et interprètes d’Un loup pour l’homme.
La rencontre des deux jeunes artistes, amateurs de sport extrême et tous deux formés dans les portés acrobatiques de chaque côté de l’Atlantique, était presque écrite dans le firmament. Jeune diplômé de l’École nationale de cirque (ENC), Frédéric Arseneault a été recruté en France en 2002 pour participer à la production circassienne Les Sublimes, mise en scène par Guy Alloucherie. En cours de tournée, son partenaire de toujours se blesse, le laissant en plan.
Arseneault, qui file le parfait bonheur en France, décide alors de s’y enraciner et rencontre Alexandre Fray, un porteur formé au Centre national des arts du cirque, qui se révèle un double parfait pour poursuivre l’aventure des Sublimes. Adepte de judo et de combat, Fray convainc ensuite son nouveau partenaire de fonder leur propre compagnie en 2005 et de travailler à une création originale.
Avec l’aide du metteur en scène Arnaud Anckaert, rompu à la danse et au théâtre contemporain, les deux jeunes créent Un loup pour l’homme et se mettent au défi de pousser hors de son cadre habituel l’art du porté, l’amenant sur le terrain de la confrontation des corps et des rapports fraternels.
«Pendant la création, on s’est même interdit les portés et les équilibres pour pousser plus loin notre création. Les gens nous disent souvent: “C’est de la danse!” C’est plutôt une exploration physique des limites du corps de l’homme. Pour nous, le cirque, c’est ça aujourd’hui. Ça continue d’être d’abord une prise de risque», insiste Frédérick Arseneault.
Sur scène, les deux loups, tels des jumeaux sans cesse confrontés à la présence de l’autre, bougent, dansent, s’empoignent et s’étreignent. On passe par toute la gamme des états physiques: de la confiance aveugle à l’osmose, puis au choc de la bataille.
Dans ce corps à corps livré dans un décor nu, les interprètes, sans apparats, souhaitaient exposer la fragilité de la relation qui les unit. «Au cirque, on devient souvent des machines physiques. Nous, on ne voulait pas que les gens sortent de là en se disant: “Wow, ils sont forts, les acrobates!” On voulait que ça parle, que ça expose le côté fragile et humain de l’artiste. Si des gens pleurent en sortant, c’est le meilleur compliment qu’on puisse nous faire!», affirme le voltigeur du duo.
La mise en scène d’Anckaert, directement inspirée des Météores de Michel Tournier, ce roman qui traduit merveilleusement bien la relation fusionnelle et orageuse de jumeaux con-damnés à tout partager, demeure discrète.
Sur des pièces d’Arvo Part, d’Anouar Brahem et de Godspeed You! Black Empire, les moments de silence succèdent à l’avalanche sonore. De quoi faire hurler les loups et amuser la meute.
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