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Festival des films du monde - Off Screen remporte le Grand Prix des Amériques

Cinq lauriers divers pour Kamataki de Claude Gagnon

Odile Tremblay   6 septembre 2005  Cinéma
Les personnages de Ken et de Keiko, dans le film Kamataki, du Montréalais Claude Gagnon, qui a décroché cinq prix au FFM. — Source FFM
Les personnages de Ken et de Keiko, dans le film Kamataki, du Montréalais Claude Gagnon, qui a décroché cinq prix au FFM. — Source FFM
C'est sans surprise à Off Screen, du Néerlandais Pieter Kuijpers, que le jury présidé par le cinéaste Theo Angelopoulos a décerné hier le Grand Prix des Amériques à la clôture du 29e Festival des Films du monde. Ce film maîtrisé et puissamment interprété racontait l'histoire d'une prise d'otages par un homme en révolte contre une multinationale accusée de manipuler le consommateur. Jan Declair, remarquable dans la peau du héros oscillant entre lucidité et folie, a récolté pour ce rôle le laurier mérité de la meilleure interprétation masculine.

Malgré une cuvée compétitive faiblarde, quelques morceaux se détachaient du lot. Très remarqué: Kamataki, le film du Montréalais Claude Gagnon, tourné au Japon, explorait avec grâce la relation entre un maître potier nippon aussi libre que sage et un jeune apprenti québécois, appelé à devenir un homme à ses côtés. Le jury de la compétition lui a octroyé le prix de la mise en scène, tandis que la critique (FIPRESCI) offrait sa palme au film (ex aequo avec Three Dollars de l'Australien Robert Connolly) ainsi que le jury oecuménique. Kamataki a été plébiscité également. Il a récolté le Prix du public Air Canada du long métrage le plus apprécié, toutes catégories confondues, ainsi que le Prix du film canadien le plus populaire.

Le prix du jury fut décerné ex aequo à La Laitière du Japonais Akita Ogata et, plus inattendu, à Snowland de l'Allemand Hans W. Geissendörfer. La Laitière, présenté en toute fin de course, s'est révélée un régal de finesse et d'ironie. Cette histoire d'une longue passion amoureuse secrète et silencieuse entre une célibataire et un homme marié, soudain confrontés à la réalité du fantasme, se jouait en demi-teintes sur une mise en scène de fluidité et d'intelligence. Snowland, double histoire de chagrin et d'amour avec beaux paysages blancs de l'arrière-pays suédois, nous était apparu assez lourd, mais a récolté également le prix du jury.

Sans qu'on l'ait vu venir, le laurier d'interprétation féminine est allé à Adriana Ozores pour son rôle de mère courage d'un fils narcomane dans Héroïna de l'Espagnol Gerardo Herrero.

La palme de la meilleure contribution artistique a couronné Your Name is Justine de Franco de Pena «pour le travail du chef opérateur Arek Tomiak». Ce film se penchait sur la sordide traite humaine, à travers le parcours d'une jeune polonaise kidnappée, séquestrée et violentée pour des fins de prostitution.

Prix du meilleur scénario: Jose Corbacho et Juan Cruz pour le film espagnol Tapas, entrecroisant cinq destins en milieu urbain dans les aller-retours générationnels et culturels. Les segments étaient pourtant apparus à plusieurs d'intérêt inégal.

Le prix de l'innovation est allé à Sexe, espoir et amour de la Suédoise Lisa Ohlin, pour la direction d'acteurs, particulièrement la jeune Mira Eklund, il est vrai, excellente en ado troublée. Cette histoire de retrouvailles amoureuses abordait les conflits générationnels, mais aussi les existences gâchées, avec la téléréalité absurde en écho.

Du côté des courts métrages, le premier prix est allé au remarquable Terra incognita du Suisse Peter Volkart. Présenté en fin de semaine, cette oeuvre pataphysique avec collages hilarants et brillants racontait en folles images les expériences d'un jeune physicien au cours des années 20. Le deuxième prix est allé à La Dent d'or du Péruvien Daniel Rodriguez, une oeuvre très sombre mariant la misère et le rêve.

Dans le champ des premières oeuvres, le Zénith d'or du meilleur long métrage de fiction a couronné L'Épanouissement de Maximo Oliveiros du Philippin Aureaus Solito, avec une action située dans les bidonvilles de Manille où fleurit le crime mais aussi l'espoir. C'est Truth or Dare des Allemands Jan Martin Scharf et Arne Nolting, explorant les amours de deux adolescents paumés qui a récolté le Zénith d'argent. Celui de bronze a coiffé London de l'Américain Hunter Richard, penché sur des jeunes en désarroi amoureux lors d'une soirée fiévreuse. Mention spéciale fut accordée à L'Été de mon frère de l'Italien Pietro Reggiani, une plongée dans l'esprit d'un enfant troublé par l'attente du petit frère à naître.

D'autres prix du public ont été décernés, en dehors des lauriers à Kamataki. Celui du meilleur film d'Amérique latine (Glauber Rocha) est allé à Play d'Alicia Scherson, une production Chili-Argentine, avec pour décor Santiago et des marginaux en errance. C'est La Neuvième du Français Pierre-Henry Salfati, suivant les destins divers de La Neuvième Symphonie de Beethoven qui a récolté le prix du meilleur documentaire. Celui du meilleur court métrage canadien est allé à Mesdames et messieurs de David Boisvert, une troublante parodie chantante d'enfants déguisés en vamps et en minets.

La cuvée de ce 29e FFM, fort inégale, reflétait du moins les thématiques de l'heure. La violence des potentats masculins sur des femmes tyrannisées (exploitées, violées, séquestrées, excisées, assassinées...) sous toutes les latitudes explosait. Également, le combat des individus isolés contre la machine des grosses compagnies sans âme. La jeunesse en perte de repères et l'âge mûr en regrets de vie gâchée se voyaient également servis à bien des sauces.

Ceux qui suivaient cette 29e édition d'un FFM essoufflé et privé de subventions avaient l'impression d'assister peut-être au chant du cygne, malgré la volonté de son président de remettre ça l'an prochain. Elle fut clôturée hier dans une ambiance assez crépusculaire.
 
 
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