FFM - Le Russe Lounguine est absent du jury
Pas de coup de coeur dans les films en compétition
Photo : Agence France-Presse
Le cinéaste russe Pavel Lounguine, lors de son passage à Locarno, en 2002.
On ne rit pas au spectacle d'un vieux festival en déroute, même s'il a beaucoup couru après. Ça rend malheureux plus qu'autre chose...
Du côté du jury, la défection du cinéaste russe Pavel Lounguine (Taxi Blues, Luna Park, La Noce, etc.), apporte une autre note triste sur une édition ébranlée. Lounguine intéresse les cinéphiles. Pour lui, les journalistes avaient sorti leurs micros, d'autant plus que son dernier film, Familles à vendre, est à l'affiche du FFM. Le nom de Lounguine a même sauté du programme du FFM comme membre du jury. Personne à la direction du festival n'avait daigné avertir les médias et le public de ce lâchage, après avoir claironné sa venue. Lounguine s'est fait porter pâle pour justifier son absence. S'est-il vraiment blessé au genou? Dans cette crise des festivals montréalais, certains invités reculent à la dernière minute. On ose un doute quant au prétexte...
Le nerf de la guerre, cette année, demeure le public du FFM, demeuré assez fidèle au long des ans. Avec un succès d'audience, ce festival pourrait peut-être envisager une trentième édition, comme le souhaite son président. Sinon, des risques de faillite se profilent à son horizon.
Les recettes de billetterie deviennent cruciales lorsque l'État se désengage et que les commanditaires se raréfient. Le public, donc. Oui, certains mordus prennent encore leurs vacances d'été durant le FFM pour se gaver de cinéma planétaire.
Hier, les projections matinales à l'Impérial étaient plutôt remplies. Au grand mérite des festivaliers qui devaient se farcir, entre autres, un film en anglais avec l'accent australien, sans sous-titres...
Au Parisien, la cohue est moins dense. Un employé du cinéma avouait constater depuis quatre ans une fréquentation en decrescendo. Ça dépend des séances, mais certaines apparaissent vraiment dégarnies.
L'Hôtel Hyatt, quartier général du festival, ne bourdonne guère d'activité. L'absence des distributeurs québécois se fait sentir à pleins corridors et le Marché du film affiche un calme plat.
Et les oeuvres en compétition? Pas de coup de coeur, en dehors du film d'ouverture Un monde sans voleurs, vraiment charmant. Hier, on nous a servi un produit «pur téléfilm à trois sous». Héroïne, de l'Espagnol Gerardo Herrero, affichait des violons, des bons sentiments et une volonté de tout dire, de tout montrer, sans laisser le spectateur comprendre à demi-mots. Le film était si platement tourné, qu'on en gigotait sur nos sièges d'irritation. Cette histoire de la mère courage d'un jeune héroïnomane pourfendant les marchands de drogue, en l'absence d'un regard d'auteur digne de ce nom, n'avait guère sa place en compétition.
Three Dollars de Robert Connolly, quoique académique, volait plus haut qu'Héroïne, car il respectait à tout le moins certains codes cinématographiques. Connolly a abordé la crise économique de la fin des années 80 en Australie, en présentant l'histoire d'un jeune couple battant de l'aile. L'idéalisme d'Eddie lui a coûté son emploi. Son épouse Tanya (Frances O'Connor, au registre d'interprétation étendu) râle. Leur fille est épileptique, et rien ne va plus. Autour du noyau, se profilent des personnages secondaires assez mal dessinés. Three Dollars a voulu exposer la ligne fragile qui sépare succès et déroute, sans avoir assez de doigté pour maîtriser vraiment son thème.
Plus maîtrisé, quoique également académique et surtout hollywoodien en diable, Red Mercury du Britannique Rod Battersby. Son thème ne pouvait pas être plus chaud. Tourné bien évidemment avant les récents attentats à Londres, il met en scène des terroristes islamistes prenant les clients d'un restaurant en otage, dans l'intention de faire sauter la ville. Fort bien joué, avec des personnages forts qui s'imposent à l'écran, le film est déparé par cette facture américaine qui sue le colonialisme culturel à plein nez. D'excellents acteurs: Juliet Stevenson, Alex Caan, etc., ne sauvent pas sa mise.
Il fallait se tourner vers la production belge Miss Montigny de Miel van Hoogentbemt pour qu'une caméra plus souple vienne rappeler que le cinéma de papa n'était pas seul en course ce week-end. La vie d'une jeune esthéticienne poussée à participer à un concours de beauté (Sophie Quinton, très touchante) sous le joug d'une mère étouffante (Ariane Ascaride, qui en fait trop), est captée avec sincérité et sensibilité. Les influences du cinéma des Frères Dardenne et du film Les convoyeurs attendent de Benoît Mariage sont manifestes, mais la trame du film manque de tonus pour conserver sa flamme.
Bijou que le court métrage Jellybaby des Britanniques Ronan et Bob Burke, un délice d'humour sur le thème, décidément à la mode, de la paternité mal vécue. Mais hier, Undo de la Canadienne Michele Francis, autre court métrage en compétition, laissait plus que perplexe. Avec cette histoire d'une jeune femme au bord de l'avortement, le film aurait pu constituer une publicité pour un groupe Pro-vie. Atom Egoyan l'a coproduit, et l'ONF est du bal. Hum! On ne fait plus dans le message subliminal. On verse dans le prêchi-prêcha par l'image. Franchement!
Du côté du jury, la défection du cinéaste russe Pavel Lounguine (Taxi Blues, Luna Park, La Noce, etc.), apporte une autre note triste sur une édition ébranlée. Lounguine intéresse les cinéphiles. Pour lui, les journalistes avaient sorti leurs micros, d'autant plus que son dernier film, Familles à vendre, est à l'affiche du FFM. Le nom de Lounguine a même sauté du programme du FFM comme membre du jury. Personne à la direction du festival n'avait daigné avertir les médias et le public de ce lâchage, après avoir claironné sa venue. Lounguine s'est fait porter pâle pour justifier son absence. S'est-il vraiment blessé au genou? Dans cette crise des festivals montréalais, certains invités reculent à la dernière minute. On ose un doute quant au prétexte...
Le nerf de la guerre, cette année, demeure le public du FFM, demeuré assez fidèle au long des ans. Avec un succès d'audience, ce festival pourrait peut-être envisager une trentième édition, comme le souhaite son président. Sinon, des risques de faillite se profilent à son horizon.
Les recettes de billetterie deviennent cruciales lorsque l'État se désengage et que les commanditaires se raréfient. Le public, donc. Oui, certains mordus prennent encore leurs vacances d'été durant le FFM pour se gaver de cinéma planétaire.
Hier, les projections matinales à l'Impérial étaient plutôt remplies. Au grand mérite des festivaliers qui devaient se farcir, entre autres, un film en anglais avec l'accent australien, sans sous-titres...
Au Parisien, la cohue est moins dense. Un employé du cinéma avouait constater depuis quatre ans une fréquentation en decrescendo. Ça dépend des séances, mais certaines apparaissent vraiment dégarnies.
L'Hôtel Hyatt, quartier général du festival, ne bourdonne guère d'activité. L'absence des distributeurs québécois se fait sentir à pleins corridors et le Marché du film affiche un calme plat.
Et les oeuvres en compétition? Pas de coup de coeur, en dehors du film d'ouverture Un monde sans voleurs, vraiment charmant. Hier, on nous a servi un produit «pur téléfilm à trois sous». Héroïne, de l'Espagnol Gerardo Herrero, affichait des violons, des bons sentiments et une volonté de tout dire, de tout montrer, sans laisser le spectateur comprendre à demi-mots. Le film était si platement tourné, qu'on en gigotait sur nos sièges d'irritation. Cette histoire de la mère courage d'un jeune héroïnomane pourfendant les marchands de drogue, en l'absence d'un regard d'auteur digne de ce nom, n'avait guère sa place en compétition.
Three Dollars de Robert Connolly, quoique académique, volait plus haut qu'Héroïne, car il respectait à tout le moins certains codes cinématographiques. Connolly a abordé la crise économique de la fin des années 80 en Australie, en présentant l'histoire d'un jeune couple battant de l'aile. L'idéalisme d'Eddie lui a coûté son emploi. Son épouse Tanya (Frances O'Connor, au registre d'interprétation étendu) râle. Leur fille est épileptique, et rien ne va plus. Autour du noyau, se profilent des personnages secondaires assez mal dessinés. Three Dollars a voulu exposer la ligne fragile qui sépare succès et déroute, sans avoir assez de doigté pour maîtriser vraiment son thème.
Plus maîtrisé, quoique également académique et surtout hollywoodien en diable, Red Mercury du Britannique Rod Battersby. Son thème ne pouvait pas être plus chaud. Tourné bien évidemment avant les récents attentats à Londres, il met en scène des terroristes islamistes prenant les clients d'un restaurant en otage, dans l'intention de faire sauter la ville. Fort bien joué, avec des personnages forts qui s'imposent à l'écran, le film est déparé par cette facture américaine qui sue le colonialisme culturel à plein nez. D'excellents acteurs: Juliet Stevenson, Alex Caan, etc., ne sauvent pas sa mise.
Il fallait se tourner vers la production belge Miss Montigny de Miel van Hoogentbemt pour qu'une caméra plus souple vienne rappeler que le cinéma de papa n'était pas seul en course ce week-end. La vie d'une jeune esthéticienne poussée à participer à un concours de beauté (Sophie Quinton, très touchante) sous le joug d'une mère étouffante (Ariane Ascaride, qui en fait trop), est captée avec sincérité et sensibilité. Les influences du cinéma des Frères Dardenne et du film Les convoyeurs attendent de Benoît Mariage sont manifestes, mais la trame du film manque de tonus pour conserver sa flamme.
Bijou que le court métrage Jellybaby des Britanniques Ronan et Bob Burke, un délice d'humour sur le thème, décidément à la mode, de la paternité mal vécue. Mais hier, Undo de la Canadienne Michele Francis, autre court métrage en compétition, laissait plus que perplexe. Avec cette histoire d'une jeune femme au bord de l'avortement, le film aurait pu constituer une publicité pour un groupe Pro-vie. Atom Egoyan l'a coproduit, et l'ONF est du bal. Hum! On ne fait plus dans le message subliminal. On verse dans le prêchi-prêcha par l'image. Franchement!
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