Festival du film de Toronto - Un mal nécessaire
Robert Morin présente Le Nèg', un film dur et irritant
Le Québécois Robert Morin (Quiconque meurt, meurt à douleur; Yes Sir! Madame) est bien connu du public torontois, lequel a consacré Requiem pour un beau sans coeur meilleur film canadien de l'édition 1992. Du coup, il semblait aller de soi que, dix ans plus tard, la première mondiale du Nèg', le dernier coup de poing cinématographique du ciné-vidéaste, ait lieu dans la Ville-Reine.
Le film était projeté hier matin à l'intention exclusive de la presse et de l'industrie, dans une salle du Cumberland presque déserte (j'ai compté 22 têtes de pipe), le reste de la meute ayant choisi d'aller s'attrouper devant Moonlight Mile, un mélo avec Dustin Hoffman et Susan Sarandon, projeté simultanément dans les deux plus grandes salles du Varsity. Un ange passe. Il n'est pas dit non plus que les partys et réceptions donnés tout au long du week-end par les distributeurs, les producteurs et les institutions, n'ont pas fait de victimes parmi les festivaliers fatigués.
Tout ce préambule pour vous parler du Nèg', un film dur, percutant et délibérément irritant, qui a pour théâtre un rang perdu de la campagne québécoise et pour thème une enquête policière reconstituant par un concert de témoignages flous une escalade de violence nocturne au sein d'une bande de paysans provoqués par le geste présumé d'un jeune Noir qui a réduit en poussière un nain de jardin.
Dans les premières images, «captées» sur le lieu du crime à la manière du reportage, la propriétaire de l'objet vandalisé (Béatrice Picard) a perdu la vie, le jeune Noir (Iannicko N'Doua-Légaré), grièvement blessé, a sombré dans le coma et le premier policier arrivé sur les lieux est en état de choc. C'est là le point de départ d'une enquête menée par deux détectives (Vincent Bilodeau et Claude Despins) qui remontent le fil des événements à partir des témoignages des personnes impliquées dans ce qui s'apparente à un lynchage texan (Emmanuel Bilodeau, Robin Aubert, Jean-Guy Bouchard).
Robert Morin est sans doute le seul cinéaste québécois qui filme le monde dans son expression la plus laide, sans forcer un point de vue extérieur à celui-ci ou superposer à son récit une compassion condescendante. Ses personnages, des deux côtés de la loi, sont pour la plupart imbéciles, menteurs ou corrompus, et sur le plan moral, seuls leurs gestes et leurs paroles éclairent leurs actes. Il résulte de cette expérience de nez-à-nez — qui rappelle le Gummo de Harmony Korine et, de façon plus souterraine, le Boys Don't Cry de Kimberly Pierce — un sentiment d'impuissance et d'égarement avec lequel Morin veut nous voir quitter la salle.
À travers un récit débité avec la monotonie d'un reportage à TQS (le style de Morin réside dans l'absence de signes esthétiques), le cinéaste interroge la violence que sous-entend l'image idyllique qu'on se fait de la paysannerie (illustrée comme en leitmotiv par des figurines de plâtre représentant chaque personnage du récit) et la détresse économique et sociale dans laquelle une portion de celle-ci vit actuellement. C'est dur à entendre, ça fait peur à voir, mais Le Neg' est comme on dit un mal nécessaire. On s'en reparle à sa sortie en salles, prévue en
octobre.
Le film était projeté hier matin à l'intention exclusive de la presse et de l'industrie, dans une salle du Cumberland presque déserte (j'ai compté 22 têtes de pipe), le reste de la meute ayant choisi d'aller s'attrouper devant Moonlight Mile, un mélo avec Dustin Hoffman et Susan Sarandon, projeté simultanément dans les deux plus grandes salles du Varsity. Un ange passe. Il n'est pas dit non plus que les partys et réceptions donnés tout au long du week-end par les distributeurs, les producteurs et les institutions, n'ont pas fait de victimes parmi les festivaliers fatigués.
Tout ce préambule pour vous parler du Nèg', un film dur, percutant et délibérément irritant, qui a pour théâtre un rang perdu de la campagne québécoise et pour thème une enquête policière reconstituant par un concert de témoignages flous une escalade de violence nocturne au sein d'une bande de paysans provoqués par le geste présumé d'un jeune Noir qui a réduit en poussière un nain de jardin.
Dans les premières images, «captées» sur le lieu du crime à la manière du reportage, la propriétaire de l'objet vandalisé (Béatrice Picard) a perdu la vie, le jeune Noir (Iannicko N'Doua-Légaré), grièvement blessé, a sombré dans le coma et le premier policier arrivé sur les lieux est en état de choc. C'est là le point de départ d'une enquête menée par deux détectives (Vincent Bilodeau et Claude Despins) qui remontent le fil des événements à partir des témoignages des personnes impliquées dans ce qui s'apparente à un lynchage texan (Emmanuel Bilodeau, Robin Aubert, Jean-Guy Bouchard).
Robert Morin est sans doute le seul cinéaste québécois qui filme le monde dans son expression la plus laide, sans forcer un point de vue extérieur à celui-ci ou superposer à son récit une compassion condescendante. Ses personnages, des deux côtés de la loi, sont pour la plupart imbéciles, menteurs ou corrompus, et sur le plan moral, seuls leurs gestes et leurs paroles éclairent leurs actes. Il résulte de cette expérience de nez-à-nez — qui rappelle le Gummo de Harmony Korine et, de façon plus souterraine, le Boys Don't Cry de Kimberly Pierce — un sentiment d'impuissance et d'égarement avec lequel Morin veut nous voir quitter la salle.
À travers un récit débité avec la monotonie d'un reportage à TQS (le style de Morin réside dans l'absence de signes esthétiques), le cinéaste interroge la violence que sous-entend l'image idyllique qu'on se fait de la paysannerie (illustrée comme en leitmotiv par des figurines de plâtre représentant chaque personnage du récit) et la détresse économique et sociale dans laquelle une portion de celle-ci vit actuellement. C'est dur à entendre, ça fait peur à voir, mais Le Neg' est comme on dit un mal nécessaire. On s'en reparle à sa sortie en salles, prévue en
octobre.
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