vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 14h29
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

26e Festival international du film de Toronto - Par les croquignoles

Martin Bilodeau   9 septembre 2002  Cinéma
Toronto — Dans ce titanesque 26e festival international du film de Toronto, les attachés de presse sont les rois. Stressés, stressants, ils contrôlent le calendrier des invités de marque dont ils s'occupent, montent la garde devant leur suite d'hôtel avec une ferveur militaire, et tiennent les journalistes en respect, autant dire par les croquignoles. Quelque chose me dit qu'ils seraient les premiers à atteindre les canots de sauvetage, advenant un naufrage.

À l'opposé de cette dictature de colonels, qui nous fait nous interroger sur l'intégrité du métier que nous pratiquons, il y a les quelques 5440 bénévoles à qui il faut montrer patte blanche pour entrer dans les salles. Par ici, gens de l'Industrie. Membres de la presse, veuillez signer ici s'il-vous-plaît. Là-bas, la file pour les retardataires. Compréhensifs sous les insultes des festivaliers refoulés (les salles sont pleines à craquer), souriants sous tous les temps, quelque chose me dit (et je le regrette) qu'ils seraient les derniers à rejoindre les canots de sauvetage, advenant un naufrage.

Entre ces deux pôles qui délimitent l'axe festivalier torontois, il y a la ville, grouillante de monde, de plus en plus attachante, il me semble, d'autant que depuis le début du festival, plombe sur elle un soleil provençal. Et puis il y a les films, trop nombreux ici aussi, mais choisis avec un soin et un désir de partage qui font plaisir à voir.

Julianne Moore époustouflante

Chaque jour apporte son coup de coeur. Le mien, samedi, fut Far From Heaven, le nouveau film de Todd Haynes (Poison, Velvet Goldmine), une réflexion douce-amère, visiblement inspirée du cinéma de Douglas Sirk, sur le mirage de la famille nucléaire. Dans une banlieue idyllique du Connecticut, au milieu des années 50, un couple-modèle, qu'on dirait sorti d'un feuilleton de l'époque, découvre que son existence repose sur l'hypocrisie et le mensonge. Julianne Moore est époustouflante en épouse naïve, dont la façade craque lentement sous le poids de sa conscience.

La veille, j'avais vu, en projection gala dans un théâtre Elgin (l'Impérial torontois) bondé, le nouveau Almodovar, Parle avec elle, dans lequel l'andalou fou raconte l'amitié de deux hommes attachés au chevet de deux femmes dans le coma. Réalisé dans la continuité de Tout sur ma mère — c'est-à-dire dans un style moins déjanté, plus grave, et avec une sensibilité plus affichée —, ce film remarquable nous emmène, comme tous les films dur réalisateur de La Loi du désir, à la frontière du possible où le hasard est maître.

Après l'éblouissant Elizabeth, on attendait beaucoup de Shekhar Kapur, qui signe avec The Four Feathers un drame épique inspiré par Lawrence d'Arabie et racontant une histoire d'amitié trahie pendant l'invasion par l'armée britannique du Soudan, en 1884. À travers cette production romanesque et compassée, le cinéaste anglais d'origine indienne voulait avec raison rappeler qu'au nom de Dieu, les britanniques se sont rendus coupables de massacres terribles. Hélas, la démonstration est lourde et les personnages, campés pour la plupart par des gringalets américains assis sur des manches à balai, pas toujours crédibles.

Collage subliminal

Après Sombre, un premier long métrage inspiré par le cinéma de Dreyer, le Français Philippe Grandrieux revient avec un nouvel ovni, La Vie nouvelle, sorte de collage subliminal sur le désir refoulé avec violence ou sublimé dans la violence. Au centre de l'affaire, trois personnages (une prostituée slave, son mac un soldat américain), dont les corps se choquent au gré du non-récit de ce film halluciné, ponctué d'images troubles de clairs-obscurs et de contre-jours.

Dans un style nettement plus figuratif, quoique aussi abstrait sur le plan des sentiments, Yves Angelo (Colonel Chabert) nous propose Sur le bout des doigts, une formidable histoire de triangle amoureux entre une mère (bouleversante Marina Hands), sa fille et un piano. Il émane de ce drame intimiste une tendresse sèche et une sensibilité refoulée que transcende admirablement la musique de Mozart. La subtilité de ce petit film nous fait par ailleurs oublier la lourdeur de deux adaptations littéraires attendues: Adolphe (d'après Benjamin Constant), pour lequel Benoît Jacquot (L'École de la chair) a offert à Isabelle Adjani un rôle à la mesure de son petit registre, ainsi que 24 heures de la vie d'une femme, d'après Stefen Zweig, réalisé par Laurent Bouhnik (Zonzon), avec Serreault et Jaoui aux deux extrémités d'une émouvante histoire, ici massacrée par un puzzle de flash-backs et une intensité dramatique mal soutenue.

Au chapitre des déceptions, mentionnons enfin The Sea, second long métrage du réalisateur de 101 Reykjavik, Baltasar Kormakur, au service cette fois d'une sombre histoire de famille islandaise qui, appréhendant la banqueroute de l'entreprise de pêcheries familiale, s'adonne au jeu des révélations. Ce calque théâtral de Festen tente de masquer son manque d'originalité sous une mise en scène expressive et des tempêtes d'humeur télégraphiées.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012