Un blues lancinant et fataliste
Robert De Niro joue cette fois dans un film beau et sombre.
La visite de Robert De Niro au Festival des films du monde fut pour Montréal une surprise de taille. Plus surprenant encore fut la qualité et l'intelligence de City By The Sea, du cinéaste d'origine écossaise Michael Caton-Jones (Scandal, This Boy's Life, ce dernier déjà avec De Niro), qui servit de prétexte à cette visite — laquelle aurait certainement échu à Toronto, la sortie du film eût-elle été prévue plus tard à l'automne.
Depuis une dizaine d'années, Robert De Niro conduit sa carrière sur le pilote automatique. Aussi, le retrouver fort et magnétique dans un film beau et sombre nous réconcilie avec la mémoire de celui qui fut le plus mémorable chauffeur de taxi de l'histoire du cinéma.
La conjecture est d'autant meilleure que l'action de City By The Sea, inspirée d'un fait divers rapporté en 1997 dans un article du Esquire par le journaliste Michael McAlary, se déroule dans un lieu familier à De Niro, soit le New York contemporain et sa banlieue, à cheval entre son passé et son présent, ses rêves et son mirage.
Un détective de la NYPD, Vince LaMarca (De Niro), découvre que le principal suspect de l'homicide sur lequel il enquête est son fils Joey (James Franco), avec lequel il avait rompu tout contact depuis son divorce d'avec sa mère (Patti LuPone). Son enquête le ramène vers son passé, à Long Beach, station balnéaire située à un jet de pierre de Manhattan, devenue un lieu décrépi et sordide où la dope a remplacé les manèges, où le gris a absorbé toutes les couleurs, mais où la mer, inlassablement, continue de jeter ses vagues.
Sur le mode du blues lancinant et fataliste qui caractérise les grands films noirs d'antan, tel Les Forbans de la nuit (dont De Niro a participé au remake, Night And The City), le film, tout en clairs-obscurs, nous fait partager le duel intérieur d'un homme écartelé entre sa fonction de policier et sa responsabilité de père. Pèse sur ce duel le lourd sentiment d'échec qu'éprouve ce fils de condamné à mort qui croyait, en devenant policier, conjurer un sort du destin dont son fils, drogué et en fuite, est devenu malgré lui la victime.
À ce portrait de l'héritage masculin décliné sur trois générations, le scénario oppose — un peu systématiquement, il est vrai — trois repères féminins qui confirment l'égarement: outre l'ex-épouse acariâtre, on compte la copine junkie de Joey (Eliza Dushku) et celle, conciliante et rassurante, de Vince, campée par l'excellente Frances McDormand — à qui on souhaite néanmoins des partitions plus substantielles.
Transcendant les principaux repères du genre (partenaire assassiné, malentendu entre le père et le fils, vilain esquissé sommairement, etc.), le film de Caton-Jones est imprégné d'une mélancolie envers un hier magique qui s'est évanoui, une insouciance qui a été assassinée par la drogue et des unions compromises par le devoir et la fatalité. À travers une intrigue somme toute banale, City By The Sea nous montre tout ce qui fait le rêve américain, et tout ce qui l'a défait.
Depuis une dizaine d'années, Robert De Niro conduit sa carrière sur le pilote automatique. Aussi, le retrouver fort et magnétique dans un film beau et sombre nous réconcilie avec la mémoire de celui qui fut le plus mémorable chauffeur de taxi de l'histoire du cinéma.
La conjecture est d'autant meilleure que l'action de City By The Sea, inspirée d'un fait divers rapporté en 1997 dans un article du Esquire par le journaliste Michael McAlary, se déroule dans un lieu familier à De Niro, soit le New York contemporain et sa banlieue, à cheval entre son passé et son présent, ses rêves et son mirage.
Un détective de la NYPD, Vince LaMarca (De Niro), découvre que le principal suspect de l'homicide sur lequel il enquête est son fils Joey (James Franco), avec lequel il avait rompu tout contact depuis son divorce d'avec sa mère (Patti LuPone). Son enquête le ramène vers son passé, à Long Beach, station balnéaire située à un jet de pierre de Manhattan, devenue un lieu décrépi et sordide où la dope a remplacé les manèges, où le gris a absorbé toutes les couleurs, mais où la mer, inlassablement, continue de jeter ses vagues.
Sur le mode du blues lancinant et fataliste qui caractérise les grands films noirs d'antan, tel Les Forbans de la nuit (dont De Niro a participé au remake, Night And The City), le film, tout en clairs-obscurs, nous fait partager le duel intérieur d'un homme écartelé entre sa fonction de policier et sa responsabilité de père. Pèse sur ce duel le lourd sentiment d'échec qu'éprouve ce fils de condamné à mort qui croyait, en devenant policier, conjurer un sort du destin dont son fils, drogué et en fuite, est devenu malgré lui la victime.
À ce portrait de l'héritage masculin décliné sur trois générations, le scénario oppose — un peu systématiquement, il est vrai — trois repères féminins qui confirment l'égarement: outre l'ex-épouse acariâtre, on compte la copine junkie de Joey (Eliza Dushku) et celle, conciliante et rassurante, de Vince, campée par l'excellente Frances McDormand — à qui on souhaite néanmoins des partitions plus substantielles.
Transcendant les principaux repères du genre (partenaire assassiné, malentendu entre le père et le fils, vilain esquissé sommairement, etc.), le film de Caton-Jones est imprégné d'une mélancolie envers un hier magique qui s'est évanoui, une insouciance qui a été assassinée par la drogue et des unions compromises par le devoir et la fatalité. À travers une intrigue somme toute banale, City By The Sea nous montre tout ce qui fait le rêve américain, et tout ce qui l'a défait.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

