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Un honnête Blasband

Un honnête commerçant, film à la fois maîtrisé et glacial, ne possède pas l'originalité qui semblait constituer la marque du cinéaste belge

Odile Tremblay   3 septembre 2002  Cinéma
Pour essayer d'y voir clair dans le palmarès du FFM mais aussi pour vous informer sur les derniers films de la compétition, histoire de ne pas laisser les lecteurs en cours de route malgré le congé de la fête du travail, voici un tour d'horizon des derniers films à avoir concouru pour le Grand Prix des Amériques.

Comme ce fut le cas pour le cru tout entier de la compétition, les derniers jours furent en dents de scie. Mais commençons par les bons morceaux: on attendait beaucoup d'Un honnête commerçant, premier long métrage du Belge Philippe Blasband. Ce dernier avait scénarisé de remarquables films belges: Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders et Une liaison pornographique de Frédéric Fontayne. Un honnête commerçant, film à la fois maîtrisé et glacial, ne possède pas l'originalité qui semblait constituer la marque de Blasband. Proche dans son style de Garde à Vue de Claude Miller, le film montre l'ascension et l'interrogatoire d'un patron mafieux (Benoît Verhaert). C'est intelligent, bien joué, maîtrisé, les dialogues démontent la mécanique du crime, mais Un honnête commerçant a quand même un côté déjà vu qui déçoit un peu.

Le Dernier Train de l'Uruguayen Diego Arsuaga a été chaudement applaudi par le public dimanche (il devait par la suite remporter le prix du meilleur scénario). Et même si l'émotion semble parfois lourdement appuyée (par la musique surtout), son charme opère. L'intrigue est une partie de bras de fer entre un jeune cinéaste qui veut rapatrier à Hollywood une locomotive ancienne achetée en Uruguay et des hommes âgés, du club des amis du Rail qui s'enfuient à son bord à travers la campagne, réclamant de conserver ce bien patrimonial au pays. C'est sympathique, attachant sur fond de révolte de vieillards qui narguent le pouvoir et l'argent, mais le film ne réinvente rien dans le champ cinéma.

Une oeuvre turque, Au pays de nulle part, premier long métrage de Tayfun Pirselimoglu, m'est apparue pour sa part hautement soporifique. Ce ne fut pas l'avis du jury qui lui a décerné son grand prix spécial. Le sujet est dramatiquet: une femme kurde (Zuhal Olcay) cherche son fils, disparu et peut-être assassiné pour des motifs politiques. La confusion règne sur les motifs de cette persécution par la police. Au spectateur de démêler le pourquoi du comment. Tant de pistes manquent à l'appel dans ce scénario plein de trous que j'ai eu peine à m'accrocher à cette trame étale. Mais le jury y a vu bien des choses...

Franchement raté, le premier long métrage du dramaturge canadien anglais Brad Fraser adapté de sa pièce de théâtre Poor Super Man. Leaving Metropolis explore le milieu homosexuel à travers l'histoire d'un peintre gai qui devient garçon de table dans un restaurant de seconde zone et tombe amoureux du propriétaire de la boîte, marié et heureux en ménage. Portraits croisés de cinq personnages généralement antipathiques, langage cinématographique sans intérêt, dialogues consternants et pétris de clichés, cette chronique urbaine est un cloaque d'ennui.

Igby goes Down de l'Américain Burr Steers se révèle d'une tout autre eau. Comédie grinçante mettant en scène une famille riche et décadente, le film est porté par un humour caustique et noir franchement amusant. L'action est présentée à travers l'oeil du jeune Igby (Kieran Culkin), qui essaie de trouver son souffle entre un père schizophrène, une mère hystérique, (Susan Sarandon) un frère opportuniste, et des petites amies volages. C'est charmant de cynisme et de drôlerie... sans voler très haut pour autant.
 
 
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