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En compétition - Et les considérations cinéphiliques ?

Odile Tremblay   31 août 2002  Cinéma
Pourquoi certains films atterrissent-ils en compétition? Selon quels critères? La question demeure flottante. Les choix se déterminent-ils en fonction de jeux de coulisse diplomatiques? S'agit-il parfois d'élire des pays rarement représentés (la Croatie, par exemple)? On se perd en conjectures. Chose certaine, la sélection semble se faire souvent en dehors des considérations purement cinéphiliques. Cette catégorie est devenue un vrai fourre-tout. À l'occasion, c'est le nom d'un cinéaste qui semble primer sur le film, même quand un créateur chevronné n'offre pas son meilleur coup. Ruiz, par exemple.

Raoul Ruiz est un grand réalisateur chilien vivant en France. Le cinéaste de La Comédie de l'innocence et du Temps retrouvé livre ici (en compétition) son premier film chilien entièrement tourné et financé dans sa patrie depuis près de 30 ans. Rhapsodie chilienne est filmé avec une mini-DV, structure souple et économique qui lui a permis de faire une docufiction en se laissant porter par son contact avec le pays. Film truffé de références chiliennes qu'il est fort difficile de décoder quand on est issu d'une autre culture, Rhapsodie chilienne constitue un périple à moitié rêvé, à la fois humoristique et baroque. Faute de comprendre toujours de quoi il est question, on peut se laisser frapper par certains symboles: une sorte d'escadron de pères Noël, des arbres battus par des bâtons, un homme qui tient des propos absurdes dans une télécommande utilisée comme téléphone cellulaire. Mais plus le film avance, plus il paraît obscur, et on s'égare bientôt dans une forêt de symboles où la lumière ne circule plus.

La palme de l'incongruité revenait hier au film chinois Pâturages célestes, de Sai Fu et Mai Lisi. Il s'agit d'une histoire de famille reconstituée dans une yourte mongole. Les drames de la violence, de l'amour et la dureté se jouent dans le registre du mélodrame servi à travers une esthétique du plus haut pompier. Effets appuyés, dialogues de bas étage, le film semble vouloir montrer surtout des paysages, des costumes et l'esthétique de la yourte. Mais on ne va pas au cinéma que pour voyager...

Plus touchant, quoique s'appuyant sur tous les procédés devenus clichés du cinéma iranien: La Gare abandonnée d'Alireiza Raisian. Avec un scénario inspiré d'une nouvelle d'Abbas Kiarostami, il s'agit (quoi d'autre?) d'un film de route. Un couple dont la voiture est en panne se voit immobilisé dans un village du désert (fort beau, percé de grottes). Et la jeune femme (Leila Hatami), qui passe la journée à faire l'école aux enfants, se découvre elle-même, comme elle découvre l'affection qui la lie à cette marmaille aussi pauvre qu'attachante. L'action nous parvient à travers le regard de cette jeune femme sensible. Or le cinéaste parvient à transmettre, surtout dans la seconde partie (de loin, la meilleure), le lien ténu qui unit des êtres humains que rien ne destinait à se rencontrer. Il y a une délicatesse poignante, surtout en fin de course. Mais la recette du cinéma iranien (enfants jouant avec naturel, découverte de soi au bout de la route, etc.) laisse une impression de déjà-vu.



Je voudrais bien émettre une série de prédictions pour le palmarès de lundi (même s'il me reste des films à voir en compétition, dont Un honnête commerçant de Philippe Blasband, qui pourrait constituer le film-événement), mais j'ai l'impression de flotter en plein brouillard. L'édition 2002 est très faible et peu de films surnagent. Je donnerais jusqu'ici le Grand Prix des Amériques à Salomé, de Carlos Saura, le Grand Prix spécial du jury à I Am Dina, du Danois Ole Bornedal. Prix de la meilleure réalisation: il peut couronner La Guerre, du Russe Alexei Balabanov. Prix d'interprétation féminine: peut-être Maria Bonnevie dans I Am Dina. Prix d'interprétation masculine: Niels Arestrup dans Parlez-moi d'amour, de Sophie Marceau, ou Sébastian Blomberg pour Le Père, de Dani Levy. Mais le verdict du jury sera sans doute une totale surprise.
 
 
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