Mort d'un clown triste
Photo : Agence France-Presse
Jacques Villeret
Il avait un visage de clown triste, des yeux noyés dans le vin et le malheur, un physique rond comme un tonneau et les rôles qui allaient avec sa tronche: ridicules, bourrus ou bêtas. À d'autres, le profil sinueux de séducteur de ces dames ou la dégaine altière du héros sans peurs. Jacques Villeret hantera à jamais les mémoires comme le grotesque faire-valoir de Thierry Lhermitte dans Le Dîner de cons de Francis Veber. D'autres n'ont jamais oublié sa bouille d'extraterrestre qui claquait si comiquement la langue en 1981 face à Louis de Funès et Jean Carmet dans La Soupe aux choux, son premier triomphe au cinéma. Le comédien français se voyait d'abord comme un homme des planches et trimballa entre 1978 et 1983 un one-man show en tournée, doué pour faire rire et alignant les gags en conséquence, mais c'est par le cinéma qu'il gagna le coeur du grand public.
Petit gros hilarant, bouseux de village au grand coeur, naïf souffre-douleur attirant les coups de pied au cul des facétieux: Jacques Villeret aura été voué, par son enveloppe physique, aux rôles de composition avant de s'éteindre hier à 53 ans d'une hémorragie interne près de sa maison de campagne d'Évreux, malade depuis longtemps, le foie en lambeaux mais actif jusqu'au bout. Il venait d'achever le tournage du film Les Âmes grises, d'Yves Angelo.
Terriblement alcoolique, pour tout dire, Jacques Villeret. Sa dernière visite au Québec, en 1999, à l'occasion du lancement des Enfants du marais de Jacques Becker, fut mémorable. Le comédien était si saoul qu'il nous tombait et nous bavait dessus, s'agrippant à nos basques, égaré quelque part entre la colère et la drague désespérée, pathétique silhouette de naufragé que les distributeurs du film durent rapatrier en France avant terme. Bien des rôles lui auront échappé à cause de ses problèmes d'alcool. D'autres cinéastes ont misé sur son talent en acceptant ses risques de rechute.
En 2004, Villeret avait joué quatre rôles au cinéma, dont le perfide vizir dans Iznogoud, de Patrick Braoudé. En 2003, il incarnait le mari mollasson de la marâtre Folcoche dans Vipère au poing, de Philippe de Broca, cinéaste auquel il aura survécu à peine quelques mois. En 1972, Yves Boisset avait été le premier cinéaste à le faire tourner, dans R.A.S.
Il ne voulait plus entendre parler du Dîner de cons, qui lui collait à la peau. Son personnage de François Pignon, tendre abruti, lui avait valu le César du meilleur acteur après avoir fait rigoler plus de neuf millions de spectateurs devant l'écran mais aussi le public de théâtre car il avait d'abord incarné ce con 900 fois sur les planches françaises avec Claude Brasseur. Jacques Villeret détestait se sentir emprisonné dans un type d'emploi, mais chaque succès lui collait une étiquette au front.
Interprète de premier plan, il aura pourtant joué pour Godard (Prénom Carmen), Sautet (Garçon!), en duo avec Montand, Wajda (Danton), Mnouchkine (Molière) et Pialat (La Gueule ouverte). Villeret a longtemps appartenu à la tribu Lelouch et figuré dans sept de ses films entre 1974 et 1982, de Toute une vie à Édith et Marcel. C'est d'ailleurs pour son rôle dans Robert et Robert de Lelouch en 1978 qu'il avait remporté un premier César, catégorie second rôle. Henri Verneuil l'a mis trois fois en scène. Plus récemment, il a tenu des rôles clés dans la trilogie de Jean Becker: Les Enfants du marais, Un crime au paradis et Effroyables jardins, villageois dans les trois cas, contribuant à l'ancrer dans l'archétype du provincial bon ou méchant. C'est en simple d'esprit qu'il avait su tirer de vraies larmes au public en 1987 dans Un été en pente douche de Gérard Krawczyk, auprès de Pauline Lafont.
Né à Loches, en Indre-et-Loire, en 1951, il a été l'élève du Conservatoire de Tours, puis de celui de Paris, avant de débuter sur les planches à travers les classiques, dont Les Fourberies de Scapin. Plus tard, son triomphe au théâtre fut La Contrebasse, de Patrick Süskind, qu'il joua près de 600 fois en 1992.
Villeret se décrivait comme un perfectionniste colérique et un homme dépourvu d'humour (sic!). Il affirmait détester la vulgarité par-dessus tout, lisait Céline et pleurait aux chansons de Brel, mais son métier fut la grande passion de sa vie, et la bouteille, sa damnation.
Petit gros hilarant, bouseux de village au grand coeur, naïf souffre-douleur attirant les coups de pied au cul des facétieux: Jacques Villeret aura été voué, par son enveloppe physique, aux rôles de composition avant de s'éteindre hier à 53 ans d'une hémorragie interne près de sa maison de campagne d'Évreux, malade depuis longtemps, le foie en lambeaux mais actif jusqu'au bout. Il venait d'achever le tournage du film Les Âmes grises, d'Yves Angelo.
Terriblement alcoolique, pour tout dire, Jacques Villeret. Sa dernière visite au Québec, en 1999, à l'occasion du lancement des Enfants du marais de Jacques Becker, fut mémorable. Le comédien était si saoul qu'il nous tombait et nous bavait dessus, s'agrippant à nos basques, égaré quelque part entre la colère et la drague désespérée, pathétique silhouette de naufragé que les distributeurs du film durent rapatrier en France avant terme. Bien des rôles lui auront échappé à cause de ses problèmes d'alcool. D'autres cinéastes ont misé sur son talent en acceptant ses risques de rechute.
En 2004, Villeret avait joué quatre rôles au cinéma, dont le perfide vizir dans Iznogoud, de Patrick Braoudé. En 2003, il incarnait le mari mollasson de la marâtre Folcoche dans Vipère au poing, de Philippe de Broca, cinéaste auquel il aura survécu à peine quelques mois. En 1972, Yves Boisset avait été le premier cinéaste à le faire tourner, dans R.A.S.
Il ne voulait plus entendre parler du Dîner de cons, qui lui collait à la peau. Son personnage de François Pignon, tendre abruti, lui avait valu le César du meilleur acteur après avoir fait rigoler plus de neuf millions de spectateurs devant l'écran mais aussi le public de théâtre car il avait d'abord incarné ce con 900 fois sur les planches françaises avec Claude Brasseur. Jacques Villeret détestait se sentir emprisonné dans un type d'emploi, mais chaque succès lui collait une étiquette au front.
Interprète de premier plan, il aura pourtant joué pour Godard (Prénom Carmen), Sautet (Garçon!), en duo avec Montand, Wajda (Danton), Mnouchkine (Molière) et Pialat (La Gueule ouverte). Villeret a longtemps appartenu à la tribu Lelouch et figuré dans sept de ses films entre 1974 et 1982, de Toute une vie à Édith et Marcel. C'est d'ailleurs pour son rôle dans Robert et Robert de Lelouch en 1978 qu'il avait remporté un premier César, catégorie second rôle. Henri Verneuil l'a mis trois fois en scène. Plus récemment, il a tenu des rôles clés dans la trilogie de Jean Becker: Les Enfants du marais, Un crime au paradis et Effroyables jardins, villageois dans les trois cas, contribuant à l'ancrer dans l'archétype du provincial bon ou méchant. C'est en simple d'esprit qu'il avait su tirer de vraies larmes au public en 1987 dans Un été en pente douche de Gérard Krawczyk, auprès de Pauline Lafont.
Né à Loches, en Indre-et-Loire, en 1951, il a été l'élève du Conservatoire de Tours, puis de celui de Paris, avant de débuter sur les planches à travers les classiques, dont Les Fourberies de Scapin. Plus tard, son triomphe au théâtre fut La Contrebasse, de Patrick Süskind, qu'il joua près de 600 fois en 1992.
Villeret se décrivait comme un perfectionniste colérique et un homme dépourvu d'humour (sic!). Il affirmait détester la vulgarité par-dessus tout, lisait Céline et pleurait aux chansons de Brel, mais son métier fut la grande passion de sa vie, et la bouteille, sa damnation.
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