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Un long voyage sur les plages de l'ennui

Martin Bilodeau   27 novembre 2004  Cinéma
Est-il élégant de célébrer un roi qui a vaincu les Perses à l'heure où, dans le même coin du monde, George W. Bush mène sa «lutte contre le terrorisme»? Poser la question, c'est y répondre.
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  • Carl Pruneau - Abonné
    6 décembre 2004 01 h 42
    Alexander, un long métrage qui prvoque.
    Ayant été voir ce long métrage à trois reprises, en anglais et en français, je ne peux qu'être ébahi par les réactions qu'il suscite.

    Oliver Stone a toujours su polariser la scène publique. Un peu à la Michael Moore, il a d'acharnés détracteurs et des disciples indéfectibles.

    N'ayant jamais visionné aucune de ses précédentes oeuvres, je suis entré dans la salle de projection avec la ferme intention de m'amuser, d'être divertis. C'est probablement la dernière chose qui s'est produite. Possédant quelques connaissances historiques sur le roi macédonien, j'ai plongé dans le récit avec une intensité peu commune.

    Contrairement à la recette hollywoodienne, Stone ne cherche jamais à captiver ses auditeurs avec un scénario digne des montagnes russes. Il offre un portrait le plus réaliste possible de ce qu'était la vie mouvementée d'Alexandre le Grand. Roi, guerrier, stratège mais aussi amant et amoureux subissant les affres de ses amis, des gens qui le côtoient, ses relations tumultueuses avec ses parents, avec le pouvoir. Stone peint un tableau d'une personne humaine qui doit composer avec le destin qui est le sien. «You must never confuse your feelings with your duties» lui rapelle Olympias, sa mère - pourtant c'est ce qu'Oliver Stone s'applique à montrer chez Alexandre, la vulnérabilité de l'homme qui côtoie le courageux héros.

    Colin Farrell défend son rôle avec génie. Rôle de relations avec ses pairs, il développe une chimie particulière avec les acteurs qui remplissent les rôles de soutient. Avec Angelina Jolie (Olympias) et son père (Val Kilmer), il aura une relation d'amour et de haine embrouillée par les tiraillements politiques entourant ses origines. Avec Hephaistion (Jared Leto), les spectateurs assisteront aux seules vraies scènes d'affection et d'amour véritable, de total laisser allé et de confiance entre deux amoureux. On peut remercier Stone d'avoir mis à l'avant-plan une relation homosexuelle dans un production de 150 millions - il faut avoir les couilles pour défendre une telle position qui pourrait s'avérer très onéreuse. D'ailleurs, je trouve toujours très drôle le fait que certaines personnes ne peuvent saisir ce qu'a voulût montrer le réalisateur et sortent de la salle de projection avec des doutes sur la relation entre Alexandre et Hephaistion ; étaient-ils amis ou amant ? (Stone aurait montré une scène de coït entre les deux hommes que certains se poseraient encore des questions). Finalement en Roxane (Rosario Dawson), Alexandre ne voit en elle que le pâle reflet de sa relation oedipienne avec sa mère et un bagage génétique pour sa descendance génétique au grand dam de cette dernière.

    La musique de Vangelis est sublime et instrumente bien les scènes - contrairement à ce que peut affirmer la critique du Devoir. Mais comme tout est subjectif dans l'appréciation d'une oeuvre artistique, aucun argument ne saurait exprimer correctement ses effets et sa compatibilité avec le résultat final.

    Bravo à Oliver Stone, Colin Farrell, Angelina Jolie, Jared Leto, Anthony Hopkins et Val Kilmer pour avoir su transposer dans un long métrage (qui se veut être plus qu'un divertissement anodin pour le cerveau) un cours d'histoire, de psychologie humaine et de science politique antique.
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