Chronique du festivalier - Un premier espoir concret
Le FFM tire à sa fin. Est-ce la fin d'une époque? L'issue d'un règne? La mort d'un ennui? Sans doute, et c'est ce que je souhaite ardemment. Un premier espoir s'est matérialisé cette semaine sous la forme de la nomination de Sheila de la Varande, ex-directrice de la promotion et du développement international chez Téléfilm Canada, au poste de directrice générale du Festival du nouveau cinéma.
L'objectif avoué de cette nomination: positionner le FCMM, d'envergure locale, sur l'échiquier international. L'objectif non avoué du FCMM: présenter une candidature solide lorsque Téléfilm et la SODEC feront leur appel d'offres afin de remplacer le FFM, vraisemblablement à l'automne.
Bien connue sur la scène internationale, très respectée au sein de l'institution publique où elle a passé dix ans, de la Varande est le nouveau sésame du FCMM. Et sa nomination, une douche d'eau froide pour Serge Losique, pdg du FFM, qui n'a plus la cote auprès de Téléfilm. Même que son hostilité ouverte envers l'ancien directeur général de l'institution, Richard Stursberg, a inspiré à ce dernier la commande du rapport de SECOR.
Un rapport bidon, au demeurant, puisqu'il ne fait que colliger des renseignements que les institutions publiques possèdent déjà. Son but était de faire apparaître, auprès des médias et du public, les failles du FFM par rapport aux trois autres grands festivals canadiens (Toronto, Vancouver, Halifax), failles que Téléfilm et la SODEC connaissaient déjà.
Ce rapport n'est donc qu'un alibi, dont la mauvaise foi se lit jusque dans sa méthodologie, à deux vitesses. En effet, devant le refus du FFM de collaborer à l'étude, la firme chargée de l'enquête aurait dû avorter, ou bien modifier sa méthode d'analyse afin qu'elle soit identique pour les quatre événements. À défaut de quoi, elle a d'une part analysé (le mot est fort) les renseignements officiels fournis par les trois festivals canadiens, d'autre part créé des comités d'experts pour que ceux-ci abattent l'arbre qui cache la forêt.
Autant les conclusions du rapport peuvent sembler satisfaisantes pour quiconque souhaite un changement de direction radical au FFM ou la naissance d'un autre festival (c'est mon cas, je le rappelle), autant son incohérence et sa mauvaise foi inspirent l'indignation, un sentiment qui, dans la circonstance, a le goût amer de la compassion pour Serge Losique.
Si bien que, pour faire bonne mesure, il nous faut à nouveau rappeler la mauvaise foi de celui-ci. Qui a refusé de lire le premier rapport de SECOR, en 1993. Qui refuse d'ouvrir ses livres aux institutions publiques qui le financent. Qui nie la baisse d'assistance de son festival, la réduction de ses revenus, la morosité de son marché et la perte de son prestige international.
En faisant des appels de candidatures pour la succession du FFM, Téléfilm et la SODEC ont mis en échec la rhétorique nationaleuse de Serge Losique. Celui-ci, il est vrai, a souvent affronté ses détracteurs en invoquant la distinction linguistique et culturelle de son événement. Habile politicien, le pdg du FFM a toujours fait valoir l'importance symbolique de son festival dans une Amérique anglophone — qu'il n'a pas su lui-même rallier à sa cause et à sa différence, mais ça, c'est une autre affaire. Nul doute que, les vivres du FFM coupés, Losique dénoncerait le favoritisme de l'institution fédérale à l'endroit de ses vis-à-vis anglophones. Au Québec, on déclenche des épidémies «falardiennes» pour moins que ça.
En s'immisçant entre l'arbre et l'écorce et en exigeant non pas la mort du FFM mais la naissance d'une autre organisation québécoise plus compétente, Téléfilm et la SODEC ont mis en échec cet argument de la onzième heure. Avec malhonnêteté, ils ont ouvert de vraies perspectives d'avenir à un grand festival de cinéma à Montréal. On les remerciera peut-être un jour.
***
Réalisé pour Radio-Canada et ARTV, le moyen métrage documentaire Ouvrez l'oeil rassemble les témoignages d'une vingtaine d'artisans du cinéma canadien (Pascale Bussières, Mina Shum, Bernard Émond, Callum Keith Rennie, etc.), qui s'emboîtent dans une narration découpée en thèmes: les femmes, les hommes, le cycle de la vie.
Hélas, les propos recueillis par les coréalisateurs Marie-Julie Dallaire (Cosmos) et Bernar Hébert (The Favourite Game) sont d'un intérêt inégal et leur somme donne un discours plus abstrait que révélateur, plus décousu que cohérent. À cet irritant s'ajoute le fait que la copie vidéo projetée mercredi soir était dépourvue de surtitres, si bien que les extraits de films choisis et les intervenants n'étaient pas identifiés.
La Critique de cinéma sous l'Occupation, moyen métrage du Français André Halimi, complète le programme double amorcé avec Ouvrez l'oeil. Le documentariste parle davantage des films, et du rôle social qu'ils ont joué durant l'Occupation, que de la critique de cinéma, réduite ici à une seule figure: François Vinneuil, alias Lucien Rebatet, antisémite notoire de Je suis partout. Heureusement, les propos de l'auteur de La France de Pétain et son cinéma, Jacques Siclier, colmatent toutes les brèches.
Visions of Europe est le fait de 25 cinéastes dont chacun provient d'un pays membre de l'Union européenne. Le mandat de ce collectif: former une chorale «babélienne» reflétant les diversités culturelles et sociales des pays européens. L'ensemble, je dois le dire, est aussi assommant qu'une chorale de curés annonçant la fin du monde. La majorité des courts métrages se révèlent grandiloquents et surchargés, comme si, devant la pression de tenir un discours pertinent, les cinéastes avaient succombé à la tentation de trop en dire.
Les rares voix qui émergent sont celles qui ont su formuler simplement une idée simple. Celle en noir et blanc du Hongrois Bela Tarr, qui filme en travelling arrière la longue file d'attente à une cantine populaire. Celle en haute définition couleur de l'Anglais Peter Greenaway, qui a assemblé sous une même douche les corps nus de 25 citoyens, dont chacun a la peau peinte de la couleur de son drapeau national. Celle enfin du Danois Christopher Boe, où un animateur de télévision doit apprendre phonétiquement un mot dénué de sens pour lui. Ce mot, c'est «Europe».
L'objectif avoué de cette nomination: positionner le FCMM, d'envergure locale, sur l'échiquier international. L'objectif non avoué du FCMM: présenter une candidature solide lorsque Téléfilm et la SODEC feront leur appel d'offres afin de remplacer le FFM, vraisemblablement à l'automne.
Bien connue sur la scène internationale, très respectée au sein de l'institution publique où elle a passé dix ans, de la Varande est le nouveau sésame du FCMM. Et sa nomination, une douche d'eau froide pour Serge Losique, pdg du FFM, qui n'a plus la cote auprès de Téléfilm. Même que son hostilité ouverte envers l'ancien directeur général de l'institution, Richard Stursberg, a inspiré à ce dernier la commande du rapport de SECOR.
Un rapport bidon, au demeurant, puisqu'il ne fait que colliger des renseignements que les institutions publiques possèdent déjà. Son but était de faire apparaître, auprès des médias et du public, les failles du FFM par rapport aux trois autres grands festivals canadiens (Toronto, Vancouver, Halifax), failles que Téléfilm et la SODEC connaissaient déjà.
Ce rapport n'est donc qu'un alibi, dont la mauvaise foi se lit jusque dans sa méthodologie, à deux vitesses. En effet, devant le refus du FFM de collaborer à l'étude, la firme chargée de l'enquête aurait dû avorter, ou bien modifier sa méthode d'analyse afin qu'elle soit identique pour les quatre événements. À défaut de quoi, elle a d'une part analysé (le mot est fort) les renseignements officiels fournis par les trois festivals canadiens, d'autre part créé des comités d'experts pour que ceux-ci abattent l'arbre qui cache la forêt.
Autant les conclusions du rapport peuvent sembler satisfaisantes pour quiconque souhaite un changement de direction radical au FFM ou la naissance d'un autre festival (c'est mon cas, je le rappelle), autant son incohérence et sa mauvaise foi inspirent l'indignation, un sentiment qui, dans la circonstance, a le goût amer de la compassion pour Serge Losique.
Si bien que, pour faire bonne mesure, il nous faut à nouveau rappeler la mauvaise foi de celui-ci. Qui a refusé de lire le premier rapport de SECOR, en 1993. Qui refuse d'ouvrir ses livres aux institutions publiques qui le financent. Qui nie la baisse d'assistance de son festival, la réduction de ses revenus, la morosité de son marché et la perte de son prestige international.
En faisant des appels de candidatures pour la succession du FFM, Téléfilm et la SODEC ont mis en échec la rhétorique nationaleuse de Serge Losique. Celui-ci, il est vrai, a souvent affronté ses détracteurs en invoquant la distinction linguistique et culturelle de son événement. Habile politicien, le pdg du FFM a toujours fait valoir l'importance symbolique de son festival dans une Amérique anglophone — qu'il n'a pas su lui-même rallier à sa cause et à sa différence, mais ça, c'est une autre affaire. Nul doute que, les vivres du FFM coupés, Losique dénoncerait le favoritisme de l'institution fédérale à l'endroit de ses vis-à-vis anglophones. Au Québec, on déclenche des épidémies «falardiennes» pour moins que ça.
En s'immisçant entre l'arbre et l'écorce et en exigeant non pas la mort du FFM mais la naissance d'une autre organisation québécoise plus compétente, Téléfilm et la SODEC ont mis en échec cet argument de la onzième heure. Avec malhonnêteté, ils ont ouvert de vraies perspectives d'avenir à un grand festival de cinéma à Montréal. On les remerciera peut-être un jour.
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Réalisé pour Radio-Canada et ARTV, le moyen métrage documentaire Ouvrez l'oeil rassemble les témoignages d'une vingtaine d'artisans du cinéma canadien (Pascale Bussières, Mina Shum, Bernard Émond, Callum Keith Rennie, etc.), qui s'emboîtent dans une narration découpée en thèmes: les femmes, les hommes, le cycle de la vie.
Hélas, les propos recueillis par les coréalisateurs Marie-Julie Dallaire (Cosmos) et Bernar Hébert (The Favourite Game) sont d'un intérêt inégal et leur somme donne un discours plus abstrait que révélateur, plus décousu que cohérent. À cet irritant s'ajoute le fait que la copie vidéo projetée mercredi soir était dépourvue de surtitres, si bien que les extraits de films choisis et les intervenants n'étaient pas identifiés.
La Critique de cinéma sous l'Occupation, moyen métrage du Français André Halimi, complète le programme double amorcé avec Ouvrez l'oeil. Le documentariste parle davantage des films, et du rôle social qu'ils ont joué durant l'Occupation, que de la critique de cinéma, réduite ici à une seule figure: François Vinneuil, alias Lucien Rebatet, antisémite notoire de Je suis partout. Heureusement, les propos de l'auteur de La France de Pétain et son cinéma, Jacques Siclier, colmatent toutes les brèches.
Visions of Europe est le fait de 25 cinéastes dont chacun provient d'un pays membre de l'Union européenne. Le mandat de ce collectif: former une chorale «babélienne» reflétant les diversités culturelles et sociales des pays européens. L'ensemble, je dois le dire, est aussi assommant qu'une chorale de curés annonçant la fin du monde. La majorité des courts métrages se révèlent grandiloquents et surchargés, comme si, devant la pression de tenir un discours pertinent, les cinéastes avaient succombé à la tentation de trop en dire.
Les rares voix qui émergent sont celles qui ont su formuler simplement une idée simple. Celle en noir et blanc du Hongrois Bela Tarr, qui filme en travelling arrière la longue file d'attente à une cantine populaire. Celle en haute définition couleur de l'Anglais Peter Greenaway, qui a assemblé sous une même douche les corps nus de 25 citoyens, dont chacun a la peau peinte de la couleur de son drapeau national. Celle enfin du Danois Christopher Boe, où un animateur de télévision doit apprendre phonétiquement un mot dénué de sens pour lui. Ce mot, c'est «Europe».
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