FFM - Hommage au maître du brouillard
Rencontre avec le grand cinéaste Theo Angelopoulos
Photo : Jacques Nadeau
Le réalisateur grec Theo Angelopoulos, dont le FFM a célébré hier la carrière remarquable.
Il aime le brouillard, ne tourne que par temps couvert, goûte le ciel de Montréal qui, en hôte délicat, a su l'accueillir cette semaine sous les nuées. «Le brouillard est le paysage de mon âme», me dit-il simplement.
Le grand cinéaste grec Theo Angelopoulos n'a cessé, à travers ses films tissés de poésie et d'angoisse, d'explorer les contrecoups des guerres sur une humanité d'errance et d'exil.
Le FFM lui consacre un hommage, présentant sept de ses films, dont son tout dernier: La Terre qui pleure. Hier, Serge Losique lui remettait le Grand Prix des Amériques à titre honorifique. Statuette méritée, s'il en est.
Angelopoulos est un cinéaste majeur au regard inimitable. Ses ombres, ses brouillards, ses plans séquence et ses métaphores l'ont entraîné depuis près de 35 ans dans une quête quasi mystique de l'homme en perpétuel ballottement. De La Reconstitution à L'Éternité et un jour, en passant par Le Voyage des comédiens, Le Pas suspendu de la cigogne, Le Regard d'Ulysse, Paysage dans le brouillard, L'Apiculteur, d'autres encore, il a laissé la marque d'une esthétique de crachin sur des routes perdues et l'exploration sans fin de la mémoire collective. «Sans la mémoire, on n'est rien, lance-t-il. On est perdu.»
En 1998, Theo Angelopoulos récolta à Cannes la Palme d'or pour L'Éternité et un jour, oeuvre de réminiscences et d'allégories. «Trois mois après cette palme, ma mère est morte, évoque-t-il. Elle avait traversé tout le siècle, ses guerres, ses exodes et demeure à jamais pour moi une figure de tragédie. Ce cri qu'elle a poussé quand mon père a été arrêté et est disparu en pleine guerre civile, je l'entends encore retentir à mes oreilles. Les premiers sons qui ont marqué mon enfance furent ceux des sirènes de la guerre.»
En 1995, Le Regard d'Ulysse avec Harvey Keitel en vedette remontait le cours des conflits balkaniques. Le Pas suspendu de la cigogne quatre ans plus tôt après la chute du mur de Berlin, suivait les mouvements d'immigration bulgares, albanais, turcs vers la Grèce devenue terre d'accueil. Elle qui s'était tant déportée ailleurs...
Plusieurs de ses films Voyage à Cythère, Paysage dans le brouillard, Le Regard d'Ulysse, Le Voyage des comédiens sont en mouvement perpétuel. «Quand une difficulté survient, le premier réflexe d'un Grec est de se déplacer, de voyager. Ce n'est pas par hasard qu'Ulysse, le premier voyageur de l'Occident, était Grec.»
Le tournage de son dernier film La Terre qui pleure fut une longue aventure, qui roula sur trois ans. Suivant le destin de deux jeunes gens nés à Odessa, puis contraints par les Russes de retourner en Grèce, leur patrie d'origine, il regarde cet amour se briser sur les guerres successives qui emporteront aussi leurs enfants comme des marées.
Au départ, son projet de film englobait tout le siècle, mais faute de financement suffisant, il le coupa en trois volets, dont La Terre qui pleure constitue le premier. Il dut alors conserver une linéarité de temps, plutôt qu'entrelacer les périodes, comme il aime le faire, et on ne le sent pas pleinement satisfait du résultat
Angelopoulos avait fait construire deux villages pour ce tournage: l'un dans le port de Thessalonique, l'autre dans la Macédoine grecque, près de la frontière bulgare, sur un lac artificiel inondé en fin de saison. Les Bulgares puisaient à ce réservoir leur eau courante et le niveau montait sans prévenir, ce qui retarda le tournage. Au port de Thessalonique, le second village subit les contrecoups du vent, de la neige, de la pluie, et dut être reconstruit. Tout cela coûta très cher, et le cinéaste ne sait pas quand il pourra tourner le second volet, appelé à courir dans quatre pays, donc à exiger un budget plus imposant encore.
Angelopoulos n'est pas toujours prophète en son pays, à la fois aimé et critiqué en Grèce, abonné aux coproductions, souvent en panne de fonds, reprenant son bâton de pèlerin d'une fois à l'autre pour financer des oeuvres qui plaisent davantage aux cinéphiles qu'au grand public.
Il regrette d'avoir présenté La Terre qui pleure au Festival de Berlin (qu'il juge provincial) au printemps dernier, plutôt qu'à Cannes où il a ses habitudes. Tout n'a pas été sur des roulettes. Le cinéaste songe pour l'heure à adapter le roman Le Labyrinthe de son compatriote Panos Kernezis, une histoire de quête qui lui ressemble. Theo Angelopoulos estime qu'il a encore deux ou trois films devant lui et bien des choses à dire. Mais s'il devait laisser une seule image en héritage, elle serait aussi une voix....
En 1970, pour son premier film La Reconstitution, le cinéaste était monté dans un village dépeuplé sur une montagne d'Épire sous le brouillard, où seuls des vieillards, des enfants, des femmes âgées avaient survécu. La voix d'un vieil homme venue d'un café du coin, entonnait une chanson d'amour. C'est cette voix et ce chant qu'il aimerait laisser dans son sillage.
Le grand cinéaste grec Theo Angelopoulos n'a cessé, à travers ses films tissés de poésie et d'angoisse, d'explorer les contrecoups des guerres sur une humanité d'errance et d'exil.
Le FFM lui consacre un hommage, présentant sept de ses films, dont son tout dernier: La Terre qui pleure. Hier, Serge Losique lui remettait le Grand Prix des Amériques à titre honorifique. Statuette méritée, s'il en est.
Angelopoulos est un cinéaste majeur au regard inimitable. Ses ombres, ses brouillards, ses plans séquence et ses métaphores l'ont entraîné depuis près de 35 ans dans une quête quasi mystique de l'homme en perpétuel ballottement. De La Reconstitution à L'Éternité et un jour, en passant par Le Voyage des comédiens, Le Pas suspendu de la cigogne, Le Regard d'Ulysse, Paysage dans le brouillard, L'Apiculteur, d'autres encore, il a laissé la marque d'une esthétique de crachin sur des routes perdues et l'exploration sans fin de la mémoire collective. «Sans la mémoire, on n'est rien, lance-t-il. On est perdu.»
En 1998, Theo Angelopoulos récolta à Cannes la Palme d'or pour L'Éternité et un jour, oeuvre de réminiscences et d'allégories. «Trois mois après cette palme, ma mère est morte, évoque-t-il. Elle avait traversé tout le siècle, ses guerres, ses exodes et demeure à jamais pour moi une figure de tragédie. Ce cri qu'elle a poussé quand mon père a été arrêté et est disparu en pleine guerre civile, je l'entends encore retentir à mes oreilles. Les premiers sons qui ont marqué mon enfance furent ceux des sirènes de la guerre.»
En 1995, Le Regard d'Ulysse avec Harvey Keitel en vedette remontait le cours des conflits balkaniques. Le Pas suspendu de la cigogne quatre ans plus tôt après la chute du mur de Berlin, suivait les mouvements d'immigration bulgares, albanais, turcs vers la Grèce devenue terre d'accueil. Elle qui s'était tant déportée ailleurs...
Plusieurs de ses films Voyage à Cythère, Paysage dans le brouillard, Le Regard d'Ulysse, Le Voyage des comédiens sont en mouvement perpétuel. «Quand une difficulté survient, le premier réflexe d'un Grec est de se déplacer, de voyager. Ce n'est pas par hasard qu'Ulysse, le premier voyageur de l'Occident, était Grec.»
Le tournage de son dernier film La Terre qui pleure fut une longue aventure, qui roula sur trois ans. Suivant le destin de deux jeunes gens nés à Odessa, puis contraints par les Russes de retourner en Grèce, leur patrie d'origine, il regarde cet amour se briser sur les guerres successives qui emporteront aussi leurs enfants comme des marées.
Au départ, son projet de film englobait tout le siècle, mais faute de financement suffisant, il le coupa en trois volets, dont La Terre qui pleure constitue le premier. Il dut alors conserver une linéarité de temps, plutôt qu'entrelacer les périodes, comme il aime le faire, et on ne le sent pas pleinement satisfait du résultat
Angelopoulos avait fait construire deux villages pour ce tournage: l'un dans le port de Thessalonique, l'autre dans la Macédoine grecque, près de la frontière bulgare, sur un lac artificiel inondé en fin de saison. Les Bulgares puisaient à ce réservoir leur eau courante et le niveau montait sans prévenir, ce qui retarda le tournage. Au port de Thessalonique, le second village subit les contrecoups du vent, de la neige, de la pluie, et dut être reconstruit. Tout cela coûta très cher, et le cinéaste ne sait pas quand il pourra tourner le second volet, appelé à courir dans quatre pays, donc à exiger un budget plus imposant encore.
Angelopoulos n'est pas toujours prophète en son pays, à la fois aimé et critiqué en Grèce, abonné aux coproductions, souvent en panne de fonds, reprenant son bâton de pèlerin d'une fois à l'autre pour financer des oeuvres qui plaisent davantage aux cinéphiles qu'au grand public.
Il regrette d'avoir présenté La Terre qui pleure au Festival de Berlin (qu'il juge provincial) au printemps dernier, plutôt qu'à Cannes où il a ses habitudes. Tout n'a pas été sur des roulettes. Le cinéaste songe pour l'heure à adapter le roman Le Labyrinthe de son compatriote Panos Kernezis, une histoire de quête qui lui ressemble. Theo Angelopoulos estime qu'il a encore deux ou trois films devant lui et bien des choses à dire. Mais s'il devait laisser une seule image en héritage, elle serait aussi une voix....
En 1970, pour son premier film La Reconstitution, le cinéaste était monté dans un village dépeuplé sur une montagne d'Épire sous le brouillard, où seuls des vieillards, des enfants, des femmes âgées avaient survécu. La voix d'un vieil homme venue d'un café du coin, entonnait une chanson d'amour. C'est cette voix et ce chant qu'il aimerait laisser dans son sillage.
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