Deux films aux antipodes
Une bonne nouvelle d'abord: le remarquable Saraband, téléfilm d'Ingmar Bergman qui faisait suite 30 ans plus tard à Scènes de la vie conjugale, événement choc du FFM, a été acheté par Sony Pictures que Mongrel représente au Canada. Bergman refuse que son film soit gonflé en 35 mm et désire une diffusion assez confidentielle dans des salles équipées en projecteurs numériques. À Montréal, ça devrait se jouer entre l'Impérial et Ex-Centris, tous deux dotés des équipements idoines. À Québec, ce club sélect comporte aussi le cinéma Cartier. Les ventes télé de Saraband devraient suivre, si tout va bien, sur notre territoire.
Retour à la compétition. Deux films, aux antipodes l'un de l'autre, concouraient hier pour la course au Grand Prix des Amériques. Le Rôle de sa vie du Français François Favrat, est, chose certaine, le film de la compétition qui comporte jusqu'ici le plus grand potentiel commercial. S'il trouve ici un distributeur, on lui prédit déjà le succès public.
Le film repose sur des dialogues percutants et surtout sur l'impressionnant duel des actrices Agnès Jaoui et Karin Viard. Les côtés acides, cassants et angoissés d'Agnès Jaoui sont ici poussés à leur point maximal. Dans le rôle d'une actrice célèbre, fantasque admirée, égocentrique, qui vit pourtant mal ce faux rapport au monde, elle s'investit et crève l'écran. Nulle mieux que Karin Viard, capable de se couler si bien dans la peau de madame Tout-le-Monde qui s'excuse d'exister, ne pouvait jouer cette assistante de l'idole qui vole aux devants de ses moindres besoins avec une humilité de descente de lit. Les rôles sont appelés à évoluer. Et le film fera rouler sa thématique autour des êtres solaires et des êtres de l'ombre. Le sujet de l'actrice étoile et de son satellite a déjà été traité cent fois au cinéma, dans All About Eve au premier chef. Ce film-ci n'a pas la prétention de passer à l'histoire du cinéma, mais les dialogues sont bien ciselés et envoyés. C'est drôle et la petite satire sur le monde de la célébrité est fort bien observée. La forme est conventionnelle, quant au reste, mais on passe vraiment un bon moment. Un prix d'interprétation féminine conjoint pour Karin Viard et Agnès Jaoui se justifierait fort bien au palmarès.
Waiting for the Clouds
Qu'une production puisse être franco-turque (avec aussi des intérêts français et allemands) démontre qu'un vrai dégel est en train d'amortir la haine atavique qui a longtemps lié ces pays voisins. Waiting for the Clouds, du cinéaste turc Yesym Ustaoglu, réveille la vieille plaie de la déportation en 1916 des familles grecques établies en Turquie. Le film dont l'action se situe aujourd'hui dans un village turc met en scène, au cours d'un recensement, une vieille dame qui a caché son origine grecque. Après la mort de ses parents, elle fut jadis recueillie avec son petit frère par une famille turque. Sa soeur adoptive vient de mourir, lui ouvrant les portes de l'exil. Le film très lent, lourd de paysages embrouillardés à la Angelopoulos, de mutismes et de départs dans la nuit sera pour cette femme un périple qui aboutira à Thessalonique et dans la Macédoine grecque, en quête d'une identité perdue. Ce film exigeant n'est pas sans mérites, mais peine à captiver longtemps, faute d'un rythme un brin soutenu. Waiting for the Clouds est sombre dans son image et son propos, sans rayons pour l'éclairer, sans ruptures dramatiques pour l'animer, trop indigeste, pour tout dire.
Retour à la compétition. Deux films, aux antipodes l'un de l'autre, concouraient hier pour la course au Grand Prix des Amériques. Le Rôle de sa vie du Français François Favrat, est, chose certaine, le film de la compétition qui comporte jusqu'ici le plus grand potentiel commercial. S'il trouve ici un distributeur, on lui prédit déjà le succès public.
Le film repose sur des dialogues percutants et surtout sur l'impressionnant duel des actrices Agnès Jaoui et Karin Viard. Les côtés acides, cassants et angoissés d'Agnès Jaoui sont ici poussés à leur point maximal. Dans le rôle d'une actrice célèbre, fantasque admirée, égocentrique, qui vit pourtant mal ce faux rapport au monde, elle s'investit et crève l'écran. Nulle mieux que Karin Viard, capable de se couler si bien dans la peau de madame Tout-le-Monde qui s'excuse d'exister, ne pouvait jouer cette assistante de l'idole qui vole aux devants de ses moindres besoins avec une humilité de descente de lit. Les rôles sont appelés à évoluer. Et le film fera rouler sa thématique autour des êtres solaires et des êtres de l'ombre. Le sujet de l'actrice étoile et de son satellite a déjà été traité cent fois au cinéma, dans All About Eve au premier chef. Ce film-ci n'a pas la prétention de passer à l'histoire du cinéma, mais les dialogues sont bien ciselés et envoyés. C'est drôle et la petite satire sur le monde de la célébrité est fort bien observée. La forme est conventionnelle, quant au reste, mais on passe vraiment un bon moment. Un prix d'interprétation féminine conjoint pour Karin Viard et Agnès Jaoui se justifierait fort bien au palmarès.
Waiting for the Clouds
Qu'une production puisse être franco-turque (avec aussi des intérêts français et allemands) démontre qu'un vrai dégel est en train d'amortir la haine atavique qui a longtemps lié ces pays voisins. Waiting for the Clouds, du cinéaste turc Yesym Ustaoglu, réveille la vieille plaie de la déportation en 1916 des familles grecques établies en Turquie. Le film dont l'action se situe aujourd'hui dans un village turc met en scène, au cours d'un recensement, une vieille dame qui a caché son origine grecque. Après la mort de ses parents, elle fut jadis recueillie avec son petit frère par une famille turque. Sa soeur adoptive vient de mourir, lui ouvrant les portes de l'exil. Le film très lent, lourd de paysages embrouillardés à la Angelopoulos, de mutismes et de départs dans la nuit sera pour cette femme un périple qui aboutira à Thessalonique et dans la Macédoine grecque, en quête d'une identité perdue. Ce film exigeant n'est pas sans mérites, mais peine à captiver longtemps, faute d'un rythme un brin soutenu. Waiting for the Clouds est sombre dans son image et son propos, sans rayons pour l'éclairer, sans ruptures dramatiques pour l'animer, trop indigeste, pour tout dire.
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