Entretien avec le cinéaste Emmanuel Mouret - Invitation à passer du temps ensemble
Photo : Jacques Grenier
Le cinéaste Emmanuel Mouret est de passage à Montréal pour présenter son film Vénus et Fleur.
Il faut du courage, aujourd'hui, pour faire un film simple comme Vénus et Fleur. Il faut également une intelligence généreuse, qui s'investit au bénéfice du film, et non pas pour la gloire du cinéaste.
Emmanuel Mouret appartient à cette race de cinéastes rares, piqués par la curiosité des autres, qui viennent à leur rencontre avec un film ample, beau, rohmérien — pour les bonnes raisons —, qui se reçoit comme une invitation à passer du temps ensemble.
Du temps. C'est ce qu'Emmanuel Mouret, de passage à Montréal cette semaine pour présenter son film au FFM, m'a accordé hier matin, tandis que se débobinait Vénus et Fleur dans la salle 5 du Parisien. Dans un café de la rue Sainte-Catherine, le cinéaste de 34 ans, qui en est à son second long métrage (après Laissons Lucie faire), me cause avec générosité de l'impulsion qui a donné naissance à cette oeuvre en demi-tons, qui, à première vue, évoque L'Amie de mon amie et Quatre aventures de Reinette et Mirabelle.
«Je voulais avant tout arriver à des formes simples, très accessibles, et que de cette simplicité, de cette clarté, puisse naître plusieurs interprétations», résume Mouret. Pour lui, le cinéma est avant tout un art de l'ellipse, dont la pulsation, le mouvement, doivent intégrer ceux des spectateurs. «Il y a une dérive dans le cinéma contemporain, où on montre tout, on dit tout, et quelque part, le spectateur n'est plus invité à jouer, livrer son propre imaginaire. Ce n'est pas le rôle du film que celui de tisser tous les fils.» En réaction face à ce phénomène, en réaction aussi à la mode des comédies «axées sur le cynisme et la dérision», Mouret a écrit et réalisé, avec plus de coeur que d'argent, un film qui promet tout le contraire.
Fleur (Isabelle Pirès), jeune fille timide, passe ses vacances dans la maison vide de son oncle à Marseille. À la faveur d'un hasard, elle se lie d'amitié avec Vénus (Veroushka Knoge), jeune Russe délurée qu'elle héberge quelques jours. Entre les deux femmes, aux antipodes sur le plan caractériel, se dessine une complicité soudée par le désir de rencontrer un garçon. Débarque Bonheur (Julien Imbert), ami du frère de Fleur, qui remue les deux filles.
«Ces deux femmes ont des manières, des attitudes, vis-à-vis de la vie, qui sont complètement opposées. Ce qui m'intéressait, c'était de les confronter dans toutes les situations», résume ce grand admirateur du cinéma d'Éric Rohmer.
Mouret se montre d'ailleurs flatté par la comparaison qu'on fait spontanément entre son film et ceux du grand maître, et proteste en même temps, soulignant notamment le caractère cérébral du cinéma de Rohmer, à l'opposé du sien, plus sentimental.
En commun, ils ont pourtant une affinité marquée pour la musique du temps qui passe, une respiration régulière qu'on retrouve de moins en moins au cinéma. Mouret confirme et ajoute: «Avec Rohmer, Clint Eastwood est l'un des rares cinéastes dont les films ont une vraie respiration. On s'ennuie beaucoup plus dans les films qui ne respirent pas, qui ne prennent pas le temps de respirer. Ils passent devant nous, mais on en est exclu, on n'entre pas dans leur mouvement.»
En complément de quoi Emmanuel Mouret fait du cinéma pour se faire plaisir, et fait des films sur l'impulsion que lui ont donné les oeuvres qu'il a aimées. D'où cette douce impression contradictoire, devant Vénus et Fleur, de croiser un regard neuf et de craquer pour son charme suranné.
Vénus et Fleur
Aujourd'hui, 19h30, Parisien 7
Demain, 15h30, Parisien 5
Emmanuel Mouret appartient à cette race de cinéastes rares, piqués par la curiosité des autres, qui viennent à leur rencontre avec un film ample, beau, rohmérien — pour les bonnes raisons —, qui se reçoit comme une invitation à passer du temps ensemble.
Du temps. C'est ce qu'Emmanuel Mouret, de passage à Montréal cette semaine pour présenter son film au FFM, m'a accordé hier matin, tandis que se débobinait Vénus et Fleur dans la salle 5 du Parisien. Dans un café de la rue Sainte-Catherine, le cinéaste de 34 ans, qui en est à son second long métrage (après Laissons Lucie faire), me cause avec générosité de l'impulsion qui a donné naissance à cette oeuvre en demi-tons, qui, à première vue, évoque L'Amie de mon amie et Quatre aventures de Reinette et Mirabelle.
«Je voulais avant tout arriver à des formes simples, très accessibles, et que de cette simplicité, de cette clarté, puisse naître plusieurs interprétations», résume Mouret. Pour lui, le cinéma est avant tout un art de l'ellipse, dont la pulsation, le mouvement, doivent intégrer ceux des spectateurs. «Il y a une dérive dans le cinéma contemporain, où on montre tout, on dit tout, et quelque part, le spectateur n'est plus invité à jouer, livrer son propre imaginaire. Ce n'est pas le rôle du film que celui de tisser tous les fils.» En réaction face à ce phénomène, en réaction aussi à la mode des comédies «axées sur le cynisme et la dérision», Mouret a écrit et réalisé, avec plus de coeur que d'argent, un film qui promet tout le contraire.
Fleur (Isabelle Pirès), jeune fille timide, passe ses vacances dans la maison vide de son oncle à Marseille. À la faveur d'un hasard, elle se lie d'amitié avec Vénus (Veroushka Knoge), jeune Russe délurée qu'elle héberge quelques jours. Entre les deux femmes, aux antipodes sur le plan caractériel, se dessine une complicité soudée par le désir de rencontrer un garçon. Débarque Bonheur (Julien Imbert), ami du frère de Fleur, qui remue les deux filles.
«Ces deux femmes ont des manières, des attitudes, vis-à-vis de la vie, qui sont complètement opposées. Ce qui m'intéressait, c'était de les confronter dans toutes les situations», résume ce grand admirateur du cinéma d'Éric Rohmer.
Mouret se montre d'ailleurs flatté par la comparaison qu'on fait spontanément entre son film et ceux du grand maître, et proteste en même temps, soulignant notamment le caractère cérébral du cinéma de Rohmer, à l'opposé du sien, plus sentimental.
En commun, ils ont pourtant une affinité marquée pour la musique du temps qui passe, une respiration régulière qu'on retrouve de moins en moins au cinéma. Mouret confirme et ajoute: «Avec Rohmer, Clint Eastwood est l'un des rares cinéastes dont les films ont une vraie respiration. On s'ennuie beaucoup plus dans les films qui ne respirent pas, qui ne prennent pas le temps de respirer. Ils passent devant nous, mais on en est exclu, on n'entre pas dans leur mouvement.»
En complément de quoi Emmanuel Mouret fait du cinéma pour se faire plaisir, et fait des films sur l'impulsion que lui ont donné les oeuvres qu'il a aimées. D'où cette douce impression contradictoire, devant Vénus et Fleur, de croiser un regard neuf et de craquer pour son charme suranné.
Vénus et Fleur
Aujourd'hui, 19h30, Parisien 7
Demain, 15h30, Parisien 5
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