Festival de Cannes - Rififi sur la Croisette
Photo : Agence Reuters
Les intermittents ont fait sentir leur présence hier, à Cannes.
Cannes — C'était lendemain de veille hier à Cannes et lendemain de casse aussi. Samedi soir, après un petit défilé pépère auquel participaient pourtant des ténors de la gauche des deux côtés de l'Atlantique, José Bové et Michael Moore, la partie s'est morpionnée.
Une centaine d'intermittents du spectacle ont mobilisé le cinéma Star rue d'Antibes, arrêtant la projection, expliquant leurs griefs aux spectateurs. Puis, tout a déboulé vite: l'intervention de policiers en civil (sans brassards), une bataille, la vitrine qui vola en éclats, un manifestant blessé, les garde à vue qui ont suivi. Quand une délégation d'intermittents et de journalistes s'est présentée au commissariat, les CRS se sont énervés, bousculant les représentants des médias. Un journaliste de France 3 fut jeté à terre, menotté, entraîné à l'ombre, et tout ce dérapage policier s'est retrouvé filmé par des caméras de télé et des cinéastes.
Hier, tout ce beau monde avait été relâché, les blessés étaient raccommodés. Et dans l'enceinte même du Palais, les intermittents donnaient un point de presse.
Luc Leclerc du Sablon, un des porte-parole des manifestants, y dénonçait la brutalité inouïe survenue la veille et appelait le ministre à revoir sa réforme d'assurance chômage au plus vite. Des échauffourées comme celles de samedi nuisent à l'image de marque du festival. Elles nuisent aussi aux commerçants de la chic rue d'Antibes, étrangement déserte hier après midi. Les propriétaires du cinéma Star eux, tentaient de minimiser l'impact des dégâts. Quant au ministre français de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, présent à Cannes lui aussi, il s'affirmait désolé des incidents de samedi, et s'engageait à mettre au point un nouveau dispositif de soutien financier aux artistes d'ici au 1er juin. La question des régimes de chômage aux pigistes des arts de la scène n'est pas simple. Le nombre d'intermittents du spectacle a triplé en France en l'espace d'une dizaine d'années, et l'État se sent étranglé par le soutien financier qu'il leur porte.
***
Et les films? Mis à part celui d'Agnès Jaoui, très réussi, la compétition n'a pas fourni en fin de semaine de grands morceaux susceptibles d'atterrir au palmarès.
Bon! Shrek 2, le long métrage d'animation d'Andrew Adamson est mignon comme tout, mais ne sera pas davantage primé ici que son premier volet. Déjà qu'on n'a plus l'effet de surprise... Et puis les ogres amoureux deviennent soudain bien gentillets... On les aimait plus répugnants.
Cette fois, le couple verdâtre et leur âne (toujours chouette, l'âne) cherchent à conquérir la belle-famille de Shrek dans un royaume calqué sur Hollywood. C'est charmant, souvent drôle avec un Chat botté très amusant, mais plusieurs gags sont destinés au seul public américain, capable de déchiffrer le sous-texte parce qu'il connaît par coeur la vie de ses stars. On rame à tenter de le suivre sur ce terrain.
Le film fut surtout l'occasion de rameuter sur la Croisette une brochette de stars américaines, ayant servi de voix et de modèles gestuels aux ogres, âne, roi, reine et compagnie. De Cameron Diaz à Jennifer Saunders, d'Antonio Banderas à Mike Myers, en passant par Rupert Everett et Julie Andrews, aux côtés du cinéaste, mais aussi du gros producteur Jeffrey Katzenberg de chez Dreamworks, ils venaient poser pour la photo de famille sur la Côte d'Azur, en mettant du strass dans la fête.
***
Une des grosses déceptions du festival fut le film argentin La Nina Santa de Lucrecia Martel produit par Almodovar: bien tourné mais très ennuyeux et n'allant nulle part. Place à l'histoire d'une jeune fille marquée par les prônes religieux en plein désarroi sexuel d'adolescente. Elle habite dans l'hôtel que dirige sa mère, se colle aux pas d'un médecin en congrès qui l'a pelotée en passant mais courtise sa maman. Entre d'interminables scènes de rencontres, de va-et-vient d'hôtel, de chuchotements de jeunes filles, de sermons religieux, de baisers volés, un mécanisme infernal se met en branle pour détruire le médecin soupçonné de pédophilie. La Nina Santa nous laisse le spectateur en plan, ouvrant la porte d'un dénouement atroce sans la refermer. Quelque chose aurait pu surgir de ces chassé-croisés lents et tendus, du beau visage sensible de la mère, mais... le film est une promesse mal tenue.
***
Hier avaient lieu les deux projections à La Semaine de la critique de Ce qu'il reste de nous des Québécois François Prévost et Hugo Latulippe, le beau documentaire qu'ils ont tourné au Tibet en secret des autorités chinoises et que l'ONF a produit. Hugo Latulippe se disait ravi de l'accueil cannois très chaleureux. Le public s'est montré fort intéressé par le drame de ce petit pays en perte d'identité devant les conquérants chinois. Près de 400 personnes avaient assisté à la première séance et un grand nombre d'entre elles sont demeurées pour le débat. Hugo affirme souhaiter présenter le film dans les Assemblées nationales de plusieurs pays, histoire de faire bouger les choses, d'aider vraiment le Tibet à s'affranchir. Et pourquoi pas? Les cinéastes y croient et sont prêts à appuyer leur cause corps et âme. On leur souhaite de déplacer l'Himalaya.
Une centaine d'intermittents du spectacle ont mobilisé le cinéma Star rue d'Antibes, arrêtant la projection, expliquant leurs griefs aux spectateurs. Puis, tout a déboulé vite: l'intervention de policiers en civil (sans brassards), une bataille, la vitrine qui vola en éclats, un manifestant blessé, les garde à vue qui ont suivi. Quand une délégation d'intermittents et de journalistes s'est présentée au commissariat, les CRS se sont énervés, bousculant les représentants des médias. Un journaliste de France 3 fut jeté à terre, menotté, entraîné à l'ombre, et tout ce dérapage policier s'est retrouvé filmé par des caméras de télé et des cinéastes.
Hier, tout ce beau monde avait été relâché, les blessés étaient raccommodés. Et dans l'enceinte même du Palais, les intermittents donnaient un point de presse.
Luc Leclerc du Sablon, un des porte-parole des manifestants, y dénonçait la brutalité inouïe survenue la veille et appelait le ministre à revoir sa réforme d'assurance chômage au plus vite. Des échauffourées comme celles de samedi nuisent à l'image de marque du festival. Elles nuisent aussi aux commerçants de la chic rue d'Antibes, étrangement déserte hier après midi. Les propriétaires du cinéma Star eux, tentaient de minimiser l'impact des dégâts. Quant au ministre français de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, présent à Cannes lui aussi, il s'affirmait désolé des incidents de samedi, et s'engageait à mettre au point un nouveau dispositif de soutien financier aux artistes d'ici au 1er juin. La question des régimes de chômage aux pigistes des arts de la scène n'est pas simple. Le nombre d'intermittents du spectacle a triplé en France en l'espace d'une dizaine d'années, et l'État se sent étranglé par le soutien financier qu'il leur porte.
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Et les films? Mis à part celui d'Agnès Jaoui, très réussi, la compétition n'a pas fourni en fin de semaine de grands morceaux susceptibles d'atterrir au palmarès.
Bon! Shrek 2, le long métrage d'animation d'Andrew Adamson est mignon comme tout, mais ne sera pas davantage primé ici que son premier volet. Déjà qu'on n'a plus l'effet de surprise... Et puis les ogres amoureux deviennent soudain bien gentillets... On les aimait plus répugnants.
Cette fois, le couple verdâtre et leur âne (toujours chouette, l'âne) cherchent à conquérir la belle-famille de Shrek dans un royaume calqué sur Hollywood. C'est charmant, souvent drôle avec un Chat botté très amusant, mais plusieurs gags sont destinés au seul public américain, capable de déchiffrer le sous-texte parce qu'il connaît par coeur la vie de ses stars. On rame à tenter de le suivre sur ce terrain.
Le film fut surtout l'occasion de rameuter sur la Croisette une brochette de stars américaines, ayant servi de voix et de modèles gestuels aux ogres, âne, roi, reine et compagnie. De Cameron Diaz à Jennifer Saunders, d'Antonio Banderas à Mike Myers, en passant par Rupert Everett et Julie Andrews, aux côtés du cinéaste, mais aussi du gros producteur Jeffrey Katzenberg de chez Dreamworks, ils venaient poser pour la photo de famille sur la Côte d'Azur, en mettant du strass dans la fête.
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Une des grosses déceptions du festival fut le film argentin La Nina Santa de Lucrecia Martel produit par Almodovar: bien tourné mais très ennuyeux et n'allant nulle part. Place à l'histoire d'une jeune fille marquée par les prônes religieux en plein désarroi sexuel d'adolescente. Elle habite dans l'hôtel que dirige sa mère, se colle aux pas d'un médecin en congrès qui l'a pelotée en passant mais courtise sa maman. Entre d'interminables scènes de rencontres, de va-et-vient d'hôtel, de chuchotements de jeunes filles, de sermons religieux, de baisers volés, un mécanisme infernal se met en branle pour détruire le médecin soupçonné de pédophilie. La Nina Santa nous laisse le spectateur en plan, ouvrant la porte d'un dénouement atroce sans la refermer. Quelque chose aurait pu surgir de ces chassé-croisés lents et tendus, du beau visage sensible de la mère, mais... le film est une promesse mal tenue.
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Hier avaient lieu les deux projections à La Semaine de la critique de Ce qu'il reste de nous des Québécois François Prévost et Hugo Latulippe, le beau documentaire qu'ils ont tourné au Tibet en secret des autorités chinoises et que l'ONF a produit. Hugo Latulippe se disait ravi de l'accueil cannois très chaleureux. Le public s'est montré fort intéressé par le drame de ce petit pays en perte d'identité devant les conquérants chinois. Près de 400 personnes avaient assisté à la première séance et un grand nombre d'entre elles sont demeurées pour le débat. Hugo affirme souhaiter présenter le film dans les Assemblées nationales de plusieurs pays, histoire de faire bouger les choses, d'aider vraiment le Tibet à s'affranchir. Et pourquoi pas? Les cinéastes y croient et sont prêts à appuyer leur cause corps et âme. On leur souhaite de déplacer l'Himalaya.
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