«24 Davids»: entre elle et eux

La cinéaste Céline Baril a posé loin son regard, traversant les frontières et les océans pour rencontrer des David partout dans le monde.
Photo: ONF La cinéaste Céline Baril a posé loin son regard, traversant les frontières et les océans pour rencontrer des David partout dans le monde.

Céline Baril n’est pas à proprement parler une cinéaste « onéfienne » — un statut depuis longtemps disparu sous les coupes —, mais 24 Davids, un film produit dans le cadre d’une résidence au sein de la vénérable institution, évoque l’engagement social d’un Gilles Groulx (Entre tu et vous, 24 heures ou plus) et la pensée sinueuse d’un Jacques Leduc (On est loin du soleil, Albédo).

Ces comparaisons ne diminuent en rien la singularité de sa démarche, son oeuvre s’inscrivant dans un désir constant d’éclectisme et de refus des conventions (L’absent, Du pic au coeur, La théorie du tout). On retrouve tout cela dans 24 Davids, magnifique travelogue, le plus séduisant de toute sa carrière, reposant sur une idée que plusieurs pourraient juger saugrenue : donner la parole à des gens portant le prénom de David.

La cinéaste, enfin riche de moyens trop souvent hors de sa portée, a posé loin son regard, traversant les frontières et les océans pour les rencontrer au Togo, au Ghana, en Colombie, au Royaume-Uni, au Mexique, aux États-Unis et, pourquoi pas, à Waterloo, Ontario. Ont-ils autre chose en commun ? Ce prénom, à la fois banal et évocateur (l’un d’entre eux n’a-t-il pas terrassé un certain Goliath ?), constitue une amusante balise au milieu de cette constellation de réflexions sur l’état du monde et la compréhension de l’univers.

24 Davids établit un dialogue, et non une tension, entre des thèmes en apparence opposés : la santé de nos démocraties et l’avancée des recherches en astronomie ; l’enjeu du recyclage du plastique et du matériel électronique en Afrique ; l’accessibilité à l’éducation dans une Colombie encore marquée par son passé sanglant. Cette dialectique se construit grâce à la présence de la cinéaste, mais pour élargir la portée de son propos (et inclure les femmes dans l’aventure !), elle multiplie les échanges entre différents personnages : collègues, conjointes, voisines, membres d’une même famille, etc.

Cette cartographie des idées nouvelles qui pourraient remodeler le présent et l’avenir (l’économie de partage, la redistribution plus équitable des richesses, l’importance de la philosophie à l’heure des nouvelles technologies) se déploie dans un remarquable souci esthétique, faisant presque oublier que le documentaire repose sur une imposante succession d’entretiens. Or, non seulement ils sont livrés par des gens passionnés, érudits, dévoués ou d’une sincérité désarmante, mais la cinéaste s’amuse à accumuler les scories propres à un tournage documentaire. Sons parasites, moments d’hésitation, intrus dans le cadre de l’image, autant d’instants fugaces qui dévoilent le processus cinématographique et rehaussent d’un cran l’humanité de ces héros, eux qui ont changé le visage de Medellín en Colombie ou construit un écovillage à l’ombre de l’aéroport d’Heathrow à Londres.

L’envoûtement visuel et intellectuel que procure 24 Davids serait incomplet sans l’apport de Marie-Hélène L. Delorme, offrant moins une musique qu’un hypnotique habillage sonore se superposant à la beauté fulgurante des images signées Julien Fontaine, qui ne flirtent jamais avec les clichés touristiques. Les informations factuelles y sont minimalistes, laissant ainsi toute la place à la largeur de vues de ces rêveurs scrutant le ciel, ou l’âme de leurs semblables.

24 Davids

★★★★

Documentaire de Céline Baril. Québec, 2017, 133 minutes.