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Cinéma - Les enfants de Django

André Lavoie   13 juillet 2002  Cinéma
Tony Gatlif est un véritable cinéaste de la mémoire. Mémoire de la culture, des rituels et des drames des tsiganes vivant en France ou ailleurs, il capte depuis plus de vingt ans l'existence de ces nomades trop souvent sédentarisés, leur quotidien parfois misérable mais jamais dépourvu de fantaisie. Il tournait déjà depuis plusieurs années (Les Princes, Gaspard et Robinson) avant d'être bien connu ici avec un documentaire séduisant pour l'oeil et l'oreille, Latcho Drom, voyage musical sur plusieurs continents et d'une beauté à couper le souffle.

Tout comme dans Gadjo Dilo, Swing nous présente un jeune Français fasciné par la culture tsigane et qui pénètre avec émerveillement dans cet univers coloré. Max (Oscar Copp) tombe à la fois sous le charme de la musique du guitariste Miraldo (Tchavolo Schmitt) et plus tard de la beauté androgyne de sa fille Swing (Lou Rech). Il réussit à se procurer une guitare d'occasion (achetée d'un tsigane qui lui fait croire qu'elle a appartenu à Djando Reinhardt!), à convaincre Miraldo de lui enseigner les rudiments du jazz manouche, et fait l'apprentissage de la liberté, de l'insouciance et des plaisirs interdits qui accompagnent les premières amours.

Ce charmant petit gadjo, cet étranger vite intégré à cette communauté sera notre guide, celui qui nous fera voir et entendre des musiciens qui se réclament de l'héritage de Djando Reinhardt, vivant dans des conditions précaires (immeubles en décrépitude, incapacité à lire et à écrire) mais toujours prêts à faire la fête. Elles sont d'ailleurs bien arrosées, successions de moments privilégiés (dont un, magnifique, filmé dans une petite roulotte bondée de musiciens et de danseuses) où toutes les sonorités enivrantes s'entremêlent, la caméra de Gatlif s'attardant sur les visages euphoriques et les doigts agiles de ces formidables guitaristes.

L'idylle entre Max et Swing ainsi que le choc culturel qu'elle provoque avec le côté propret du petit Français et la nature rebelle de la jeune fille semble constituer le coeur du récit, mais Gatlif s'y désintéresse le plus souvent. Les nombreuses allées et venues du garçon entre la demeure chic de sa grand-mère et les habitations délabrées des tsiganes sont ponctuées de numéros musicaux, d'épisodes documentaires (la grand-mère de Swing évoque avec émotion et authenticité les rafles effectuées par les nazis pour décimer la communauté tsigane) et d'échappées bucoliques qui embrouillent une intrigue plutôt mince, conclue de manière abrupte, à la limite du plus banal des mélodrames.

Le problème se posait déjà dans Gadjo Dilo et prend, avec Swing, une plus grande acuité. Le cinéaste, fasciné par une culture, et surtout une musique, dont il ne cesse de se faire l'archiviste et le commentateur, s'égare dans les méandres de cet univers qu'il connaît de l'intérieur sans prendre le recul nécessaire pour inclure les non-initiés. Comme si les mélodies accrocheuses suffisaient à nous séduire et à combler tous les trous de ce récit initiatique hautement prévisible.

Voilà sans doute ce qui explique la fascination qu'exerce encore un film comme Latcho Drom où tout était cinématographiquement soumis à la musique. Malgré ses jeunes interprètes de talent (la jeune Lou Rech est troublante d'ambiguïté) et la présence chaleureuse de l'excellent guitariste Tchavolo Schmitt, plus à l'aise avec son instrument qu'à jouer la comédie, Gatlif cherche davantage des solutions pour célébrer le talent de ses interprètes qu'à exposer, avec tout autant de sensibilité, les tourments de l'adolescence, la disparition progressive d'un peuple marginalisé et, par-dessus tout, la solidarité créée par le pouvoir de la musique. À l'arrivée, Swing ne constitue qu'un support décoratif à une superbe trame sonore.
 
 
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