Grand Format
L’année des paroles libérées
30 décembre 2017 //  16 Photos
Politisée par l’affaire Weinstein, l’industrie du cinéma a défoncé des portes en 2017.
- Par André Lavoie et Odile Tremblay et François Lévesque et Manon Dumais -

Un film de zombies québécois qui ne sombre pas dans le ridicule ni dans la médiocrité, on ne l’espérait plus depuis des années. Puis vint Robin Aubert. Passant allègrement de l’humour noir à l’horreur pure, de la contemplation bucolique à l’action effrénée, «Les affamés» s’avère une puissante fable sur notre société où le cinéaste jongle brillamment avec les codes du genre sans négliger la qualité, l’intégrité et l’originalité, qui font la marque de son cinéma. (Manon Dumais)
1. Le premier grand film de zombies québécois | Un film de zombies québécois qui ne sombre pas dans le ridicule ni dans la médiocrité, on ne l’espérait plus depuis des années. Puis vint Robin Aubert. Passant allègrement de l’humour noir à l’horreur pure, de la contemplation bucolique à l’action effrénée, «Les affamés» s’avère une puissante fable sur notre société où le cinéaste jongle brillamment avec les codes du genre sans négliger la qualité, l’intégrité et l’originalité, qui font la marque de son cinéma. (Manon Dumais)  Photo: «Les affamés» Les Films Séville
Harvey Weinstein, hélas! Qui aurait pu prédire que les révélations sur les agressions sexuelles du producteur nabab hollywoodien allaient ainsi faire boule de neige? La bombe des dénonciations féminines en Occident a explosé plus qu’ailleurs dans la Mecque américaine du cinéma. Ces lynchages peuvent choquer, n’empêche que l’immonde Weinstein est devenu le symbole des pires dérives d’une phallocratie en train de vaciller. (Odile Tremblay)
2. La personnalité hollywoodienne de l’année | Harvey Weinstein, hélas! Qui aurait pu prédire que les révélations sur les agressions sexuelles du producteur nabab hollywoodien allaient ainsi faire boule de neige? La bombe des dénonciations féminines en Occident a explosé plus qu’ailleurs dans la Mecque américaine du cinéma. Ces lynchages peuvent choquer, n’empêche que l’immonde Weinstein est devenu le symbole des pires dérives d’une phallocratie en train de vaciller. (Odile Tremblay)  Photo: Stephanie Keith AFP
Cette année encore, l’interminable agonie du Festival des films du monde s’avéra la principale raison de parler de l’événement au lustre non plus affadi, mais désormais inexistant. D’aucuns voudraient abréger les souffrances du FFM, en vain. Pendant ce temps, d’autres manifestations cinématographiques montréalaises continuèrent de briller, voire de croître, tels Fantasia, le Festival du nouveau cinéma et Cinemania. Toutefois, c’est du côté de la capitale nationale qu’il faut regarder pour découvrir le contraste le plus saisissant, soit celui qu’offre le Festival de cinéma de la ville de Québec. À l’inverse du FFM, le FCVQ a non seulement su renaître de ses cendres, mais aussi s’imposer en quelques éditions à peine comme un incontournable. (François Lévesque)
3. Fortunes festivalières | Cette année encore, l’interminable agonie du Festival des films du monde s’avéra la principale raison de parler de l’événement au lustre non plus affadi, mais désormais inexistant. D’aucuns voudraient abréger les souffrances du FFM, en vain. Pendant ce temps, d’autres manifestations cinématographiques montréalaises continuèrent de briller, voire de croître, tels Fantasia, le Festival du nouveau cinéma et Cinemania. Toutefois, c’est du côté de la capitale nationale qu’il faut regarder pour découvrir le contraste le plus saisissant, soit celui qu’offre le Festival de cinéma de la ville de Québec. À l’inverse du FFM, le FCVQ a non seulement su renaître de ses cendres, mais aussi s’imposer en quelques éditions à peine comme un incontournable. (François Lévesque)  Photo: Serge Losique, fondateur du FFM | Annik MH de Carufel Le Devoir
Si les grands succès du cinéma québécois de l’année reposent sur la complicité entre mâles («Bon Cop, Bad Cop 2», «De père en flic 2»), c’est à des conflits mère-fille que l’on doit ses plus grands moments d’émotion. Respectivement dans «Et au pire, on se mariera», de Léa Pool, et dans «Tadoussac», de Martin Laroche, Karine Vanasse et Isabelle Nélisse ainsi qu’Isabelle Blais et Camille Mongeau offrent des prestations bouleversantes dans des scènes d’aveux douloureux mémorables. (Manon Dumais)
4. Moments de grâce mère-fille | Si les grands succès du cinéma québécois de l’année reposent sur la complicité entre mâles («Bon Cop, Bad Cop 2», «De père en flic 2»), c’est à des conflits mère-fille que l’on doit ses plus grands moments d’émotion. Respectivement dans «Et au pire, on se mariera», de Léa Pool, et dans «Tadoussac», de Martin Laroche, Karine Vanasse et Isabelle Nélisse ainsi qu’Isabelle Blais et Camille Mongeau offrent des prestations bouleversantes dans des scènes d’aveux douloureux mémorables. (Manon Dumais)  Photo: «Tadoussac» K-Films Amérique
Elle a perdu sa fille et réclame justice dans «Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri». Elle suffoque sa fille, mais c’est la seule manière qu’elle connaît de l’aimer dans «Lady Bird». Elle refuse son amour à sa fille en croyant la rendre invincible dans «Moi, Tonya». Elles sont trois mères plus grandes que nature rendues mémorables par leurs brillantes interprètes: Frances McDormand, Laurie Metcalf et Allison Janney, respectivement. (François Lévesque)
5. De mères et de filles, bis | Elle a perdu sa fille et réclame justice dans «Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri». Elle suffoque sa fille, mais c’est la seule manière qu’elle connaît de l’aimer dans «Lady Bird». Elle refuse son amour à sa fille en croyant la rendre invincible dans «Moi, Tonya». Elles sont trois mères plus grandes que nature rendues mémorables par leurs brillantes interprètes: Frances McDormand, Laurie Metcalf et Allison Janney, respectivement. (François Lévesque)  Photo: «Three Billboards Outside Ebbing, Missouri» Twentieth Century Fox
On soupire de voir que seules les comédies sur la condition des hommes québécois ont eu du succès en salle et font l’objet de suites. «De père en flic 2» et «Bon Cop, Bad Cop 2» étaient meilleurs que leurs premiers volets, mais allez crier victoire quand les productions gagnantes s’offrent des profils aussi similaires. Alors que notre cinéma d’auteur cherche son public, les suites, en recyclant des recettes éprouvées, montrent un recul de la prise de risques. (Odile Tremblay)
6. Les inévitables suites des films de gars au Québec | On soupire de voir que seules les comédies sur la condition des hommes québécois ont eu du succès en salle et font l’objet de suites. «De père en flic 2» et «Bon Cop, Bad Cop 2» étaient meilleurs que leurs premiers volets, mais allez crier victoire quand les productions gagnantes s’offrent des profils aussi similaires. Alors que notre cinéma d’auteur cherche son public, les suites, en recyclant des recettes éprouvées, montrent un recul de la prise de risques. (Odile Tremblay)  Photo: «De père en flic 2» Les Films Séville
«La passion de Van Gogh» de Dorota Kobiela et Hugh Weichman. Cette admirable animation sur peintures à l’huile, coproduite entre la Pologne et la Grande-Bretagne, a ébloui en racontant les derniers jours du peintre Vincent Van Gogh à Arles, à travers ses toiles animées. Il s’agit de la réinterprétation passionnée d’un art par un autre en une fusion qu’un travail acharné et l’évolution des technologies ont seuls rendue possible. (Odile Tremblay)
7. Le plus beau mariage entre le cinéma et les arts visuels | «La passion de Van Gogh» de Dorota Kobiela et Hugh Weichman. Cette admirable animation sur peintures à l’huile, coproduite entre la Pologne et la Grande-Bretagne, a ébloui en racontant les derniers jours du peintre Vincent Van Gogh à Arles, à travers ses toiles animées. Il s’agit de la réinterprétation passionnée d’un art par un autre en une fusion qu’un travail acharné et l’évolution des technologies ont seuls rendue possible. (Odile Tremblay)  Photo: «Loving Vincent» Métropole Films
Ils accaparent sans cesse les écrans, et devant leurs exploits pétaradants, la lassitude nous gagne trop souvent. Or, ici et là, certains superhéros deviennent autre chose que des marionnettes surdimensionnées, ou de simples machines à fric. Cette année, «Logan», de James Mangold, et «Wonder Woman», de Patty Jenkins, ont relevé la barre de plusieurs crans, offrant de grands frissons sans grandes fioritures numériques, et une idée précise d’un cinéma populaire où l’intelligence peut aussi triompher. (André Lavoie)
8. Les superhéros les plus subtils de l’année | Ils accaparent sans cesse les écrans, et devant leurs exploits pétaradants, la lassitude nous gagne trop souvent. Or, ici et là, certains superhéros deviennent autre chose que des marionnettes surdimensionnées, ou de simples machines à fric. Cette année, «Logan», de James Mangold, et «Wonder Woman», de Patty Jenkins, ont relevé la barre de plusieurs crans, offrant de grands frissons sans grandes fioritures numériques, et une idée précise d’un cinéma populaire où l’intelligence peut aussi triompher. (André Lavoie)  Photo: «Wonder Woman» Warner Bros.
Carlo Guillermo Proto est un documentariste qui n’a pas froid aux yeux. Six ans après «El Huaso», où il traçait le portrait de son père en abordant de plein fouet le suicide et le deuil, il signe «La résurrection d’Hassan». Tableau aussi percutant que fascinant d’une famille de non-voyants aveuglés par la foi, ce documentaire bouscule le spectateur, qui se sent par moments voyeur, par sa manière aussi respectueuse qu’intrusive d’explorer l’intimité de ses sujets. (Manon Dumais)
9. Une famille pas comme les autres | Carlo Guillermo Proto est un documentariste qui n’a pas froid aux yeux. Six ans après «El Huaso», où il traçait le portrait de son père en abordant de plein fouet le suicide et le deuil, il signe «La résurrection d’Hassan». Tableau aussi percutant que fascinant d’une famille de non-voyants aveuglés par la foi, ce documentaire bouscule le spectateur, qui se sent par moments voyeur, par sa manière aussi respectueuse qu’intrusive d’explorer l’intimité de ses sujets. (Manon Dumais)  Photo: «La résurrection d’Hassan» Les films du 3 mars
«La forme de l’eau» réaffirme la passion de Guillermo del Toro pour les contes et les monstres. Cette histoire d’une préposée à l’entretien d’un laboratoire ultrasecret, muette de naissance, qui s’éprend d’une créature mi-homme mi-poisson qui doit y être disséquée, est sa variation personnelle de «La Belle et la Bête». Ce couple de marginaux est épaulé par un voisin gai, une collègue noire et un espion russe, un étranger en somme, avec à chacun son moment de bravoure en un pied de nez aux poncifs hollywoodiens. (François Lévesque)
10. Tous l’autre de quelqu’un | «La forme de l’eau» réaffirme la passion de Guillermo del Toro pour les contes et les monstres. Cette histoire d’une préposée à l’entretien d’un laboratoire ultrasecret, muette de naissance, qui s’éprend d’une créature mi-homme mi-poisson qui doit y être disséquée, est sa variation personnelle de «La Belle et la Bête». Ce couple de marginaux est épaulé par un voisin gai, une collègue noire et un espion russe, un étranger en somme, avec à chacun son moment de bravoure en un pied de nez aux poncifs hollywoodiens. (François Lévesque)  Photo: «The Shape of Water» Fox Searchlight
Pour tous ses vices de construction, «Star Wars: les derniers Jedi» a permis aux légions d’admirateurs de la saga spatiale de dire au revoir à Carrie Fisher, décédée en décembre 2016 peu après avoir terminé le tournage de cet avant-dernier volet de la troisième trilogie. Naguère une princesse Leia opiniâtre et tout à fait capable de manier le pistolet laser, elle devint ensuite la générale Organa, femme de tête et fine stratège. Elle restera, à jamais, une icône. (François Lévesque)
11. Quelques adieux | Pour tous ses vices de construction, «Star Wars: les derniers Jedi» a permis aux légions d’admirateurs de la saga spatiale de dire au revoir à Carrie Fisher, décédée en décembre 2016 peu après avoir terminé le tournage de cet avant-dernier volet de la troisième trilogie. Naguère une princesse Leia opiniâtre et tout à fait capable de manier le pistolet laser, elle devint ensuite la générale Organa, femme de tête et fine stratège. Elle restera, à jamais, une icône. (François Lévesque)  Photo: «Star Wars: The Last Jedi» Lucasfilm
C’est le lot de tous les «character actors»: leur visage nous dit quelque chose, mais impossible de les nommer. Après «Paris, Texas» (1984), de Wim Wenders, Harry Dean Stanton a vite changé de statut, mais sans perdre son humilité, enchaînant les rôles et les films avec la même dévotion. Celui que l’on pouvait confondre avec une sculpture filiforme de Giacometti nous a quittés le 15 septembre dernier à l’âge de 91 ans, et avec «Lucky», John Carroll Lynch lui a offert un magnifique chant du cygne. (André Lavoie)
12. Le départ le plus triste de l’année | C’est le lot de tous les «character actors»: leur visage nous dit quelque chose, mais impossible de les nommer. Après «Paris, Texas» (1984), de Wim Wenders, Harry Dean Stanton a vite changé de statut, mais sans perdre son humilité, enchaînant les rôles et les films avec la même dévotion. Celui que l’on pouvait confondre avec une sculpture filiforme de Giacometti nous a quittés le 15 septembre dernier à l’âge de 91 ans, et avec «Lucky», John Carroll Lynch lui a offert un magnifique chant du cygne. (André Lavoie)  Photo: «Lucky» Magnolia Pictures
Elle le claironnait depuis des années: pas question pour Denise Filiatrault de redevenir actrice, ni au cinéma ni sur les planches. Il a fallu la persuasion du cinéaste Alexis Durand-Brault pour qu’elle endosse le rôle d’une vieille dame au seuil de la mort, inspirée de la mère de l’écrivain Robert Lalonde et dont il dresse un portrait émouvant dans «C’est le cœur qui meurt en dernier». Cette figure passionnée et bouillante se confond d’ailleurs avec celle qui la défend si bien sur grand écran. (André Lavoie)
13. Le retour inattendu de l’année | Elle le claironnait depuis des années: pas question pour Denise Filiatrault de redevenir actrice, ni au cinéma ni sur les planches. Il a fallu la persuasion du cinéaste Alexis Durand-Brault pour qu’elle endosse le rôle d’une vieille dame au seuil de la mort, inspirée de la mère de l’écrivain Robert Lalonde et dont il dresse un portrait émouvant dans «C’est le cœur qui meurt en dernier». Cette figure passionnée et bouillante se confond d’ailleurs avec celle qui la défend si bien sur grand écran. (André Lavoie)  Photo: «Denise Filiatrault» Les Films Séville
Qui d’autre que Simon Lavoie aurait pu adapter le chef-d’œuvre de Gaétan Soucy? Fort de sa sublime adaptation du «Torrent» d’Anne Hébert, aussi respectueuse que personnelle, le réalisateur poursuit dans la même veine avec cette libre et somptueuse relecture de «La petite fille qui aimait trop les allumettes». En résulte une puissante œuvre gothique rappelant les passions exacerbées des romans des Brontë et la cruauté des contes d’Andersen, où brille la nouvelle venue Marine Johnson. (Manon Dumais)
14. Adapter l’inadaptable | Qui d’autre que Simon Lavoie aurait pu adapter le chef-d’œuvre de Gaétan Soucy? Fort de sa sublime adaptation du «Torrent» d’Anne Hébert, aussi respectueuse que personnelle, le réalisateur poursuit dans la même veine avec cette libre et somptueuse relecture de «La petite fille qui aimait trop les allumettes». En résulte une puissante œuvre gothique rappelant les passions exacerbées des romans des Brontë et la cruauté des contes d’Andersen, où brille la nouvelle venue Marine Johnson. (Manon Dumais)  Photo: «La petite fille qui aimait trop les allumettes» Funfilm
Qui aurait cru que «Get Out», cette fable fantastique au budget minimaliste, sans vedettes et sans effets sanguinolents remporterait un tel succès ? Même le réalisateur Jordan Peele en est abasourdi, se délectant de voir à quel point le public a adhéré à sa radiographie des années Obama sous le couvert d’une charmante escapade à la campagne qui vire au cauchemar. Cette visite d’un jeune Afro-Américain au sein de sa future belle-famille (blanche) en dit long sur l’Amérique d’aujourd’hui, et avec une suave ironie. (André Lavoie)
15. Le film d’horreur le plus jouissif de l’année | Qui aurait cru que «Get Out», cette fable fantastique au budget minimaliste, sans vedettes et sans effets sanguinolents remporterait un tel succès ? Même le réalisateur Jordan Peele en est abasourdi, se délectant de voir à quel point le public a adhéré à sa radiographie des années Obama sous le couvert d’une charmante escapade à la campagne qui vire au cauchemar. Cette visite d’un jeune Afro-Américain au sein de sa future belle-famille (blanche) en dit long sur l’Amérique d’aujourd’hui, et avec une suave ironie. (André Lavoie)  Photo: «Get Out» Universal
Un des coups de coeur de 2017, «Call Me By Your Name»,de l’Italien Luca Guadagnino, offre un subtil pas de deux amoureux entre un jeune musicien de bonne famille et le séduisant Américain qui passe l’été dans sa famille. Un dialogue d’une maturité exceptionnelle entre l’adolescent Elio (Timothée Chalamet) et son père (Michael Stuhlbarg) sur la passion homosexuelle qu’il a vécue, remplie d’ellipses et de respect, montre ce que le métier de parent devrait être.
16. Le dialogue le plus touchant de l’année | Un des coups de coeur de 2017, «Call Me By Your Name»,de l’Italien Luca Guadagnino, offre un subtil pas de deux amoureux entre un jeune musicien de bonne famille et le séduisant Américain qui passe l’été dans sa famille. Un dialogue d’une maturité exceptionnelle entre l’adolescent Elio (Timothée Chalamet) et son père (Michael Stuhlbarg) sur la passion homosexuelle qu’il a vécue, remplie d’ellipses et de respect, montre ce que le métier de parent devrait être.  Photo: «Appelle-moi par ton nom» Métropole Films
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