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    Critique

    «Les enfants de la chance»: l’hôpital, ce rempart

    En 1942, après avoir reçu une bonne raclée, un enfant à la jambe cassée découvre vite sa chance

    23 décembre 2017 |André Lavoie | Cinéma
    «Les enfants de la chance»: titre approprié pour décrire le paradoxe qui habite ces petits malades, dont plusieurs tuberculeux, certains portant l’étoile jaune avant d’être admis à l’hôpital.
    Photo: Axia Films «Les enfants de la chance»: titre approprié pour décrire le paradoxe qui habite ces petits malades, dont plusieurs tuberculeux, certains portant l’étoile jaune avant d’être admis à l’hôpital.

    L’enfance et l’Holocauste : un croisement thématique capable de générer de grands films (Au revoir les enfants, La vie est belle), et beaucoup d’autres de facture honorable (The Boy in the Striped Pyjamas, Le voyage de Fanny, etc.), sans pour autant renouveler ce que l’on pourrait qualifier de genre tant les propositions sont nombreuses.

     

    Malik Chibane, cinéaste français d’origine kabyle (la précision n’est pas anodine), a visiblement cherché à bâtir des ponts en s’intéressant à l’histoire de Maurice Grosman. L’homme n’est ni un survivant des camps de concentration ni un gamin de grand chemin fuyant les nazis dans la France occupée, mais, pendant deux ans, un jeune patient dans un hôpital de la banlieue parisienne. Sa longue convalescence, il l’a racontée dans un livre, N’habite plus à l’adresse indiquée, que Chibane a transposé au cinéma avec dévotion, et modestie.

     

    Les enfants de la chance : titre approprié pour décrire le paradoxe qui habite ces petits malades, dont plusieurs tuberculeux, certains portant l’étoile jaune avant d’être admis à l’hôpital. Le bon docteur Daviel (Philippe Torreton, son aplomb habituel) les soigne avec une bienveillance ferme, allant jusqu’à prolonger indûment les traitements, question de les protéger du monde extérieur. Pour Maurice (Matteo Perez), sa jambe cassée à la suite d’une bagarre de ruelle teintée d’antisémitisme devient son meilleur atout, encore habité par la vue des policiers emprisonnant sa famille pour la conduire au Vélodrome d’hiver, en juillet 1942, lui cloué à sa civière avec deux ambulanciers bienveillants. Ces événements, évoqués de façon spectaculaire par Rose Bosch dans La rafle, se résument ici à un écho, tout, ou presque, étant contenu dans cet hôpital d’une blancheur immaculée, véritable rempart contre la barbarie.

     

    Ce cloisonnement dans un dortoir lumineux où s’affaire un personnel au profil caricatural — l’infirmière au grand coeur, le concierge grincheux, l’instituteur pointilleux — permet à Chibane de faire à la fois défiler les saisons sans trop d’efforts et de réduire au minimum les artifices historiques. Ce qui donne parfois un récit à plusieurs vitesses, avec des scènes empruntant, grossièrement, à la comédie musicale ou au burlesque, et des ellipses temporelles d’une rapidité quelque peu déconcertante.

     

    On y retrouve aussi cette aura de bravoure autour de la Résistance, illustrée sans grandiloquence, avec, en opposition, la présence des laquais du régime de Vichy, le temps d’une séquence parmi les plus fortes et les plus émouvantes du film. D’autres, plutôt mélodramatiques, ponctuent cette histoire forcément tragique, avec de jeunes acteurs qui n’affichent pas tous la même assurance devant la caméra, certains plus cabotins, plus solides, ou plus frondeurs que d’autres.

     

    Malik Chibane s’inscrit dans cette tradition respectueuse et édifiante lorsqu’il s’agit d’aborder ce chapitre tragique de l’Histoire, y ajoutant quelques préoccupations plus contemporaines, dont celle de la diversité au sein d’une jeunesse pas toujours très tolérante. Et parmi des adultes qui, de tout temps, ne donnent pas nécessairement le bon exemple.

    Les enfants de la chance
    ★★ 1/2
    Comédie dramatique de Malik Chibane. Avec Philippe Torreton, Pauline Cheviller, Matteo Perez, Néo Rouleau. France, 2017, 95 minutes.












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