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    Critique

    «Appelle-moi par ton nom»: les feux de l’été

    Un premier amour brûlant de son début jusqu’à son épilogue

    23 décembre 2017 |François Lévesque | Cinéma
    Les rapports humains sont abordés avec finesse et subtilité dans le scénario de Luca Guadagnino coécrit avec James Ivory.
    Photo: Métropole Films Les rapports humains sont abordés avec finesse et subtilité dans le scénario de Luca Guadagnino coécrit avec James Ivory.

    « On naît la première fois le jour où l’on naît à la vie, la seconde fois le jour où l’on naît à l’amour », écrivit Victor Hugo à sa compagne Juliette Drouet. Telle aurait pu être la conclusion d’André Aciman dans son roman Plus tard ou jamais, sur les émois d’un jeune homme de 17 ans qui se révèle à lui-même à travers les feux du premier amour. Appelle-moi par ton nom (Call Me by Your Name), le film qu’en a tiré Luca Guadagnino, préserve cette idée tout en rappelant que l’autre étape charnière de l’existence est, oui, la première peine d’amour.

     

    Appelle-moi par ton nom s’attarde d’abord à l’éveil amoureux d’Elio, le protagoniste qui coule des jours indolents dans la villa de ses parents, dans le nord de l’Italie. En ce mois de juin 1983, le temps est bon et le ciel est bleu, comme dans la chanson. Unique rejeton d’un couple d’érudits amateurs de poésie et de belles lettres — le père est professeur d’archéologie et la mère parle cinq langues —, Elio est un virtuose du piano et s’amuse à traduire des partitions.

     

    Surtout consacré à la baignade et aux fiestas nocturnes avec ses amis, le quotidien d’Elio est perturbé par l’arrivée d’Oliver, un doctorant américain de 24 ans venu faire un stage auprès de son père. D’abord agacé par l’assurance et la familiarité du visiteur, Elio a tôt fait de réaliser qu’il est en réalité irrépressiblement attiré par Oliver. Dans le déni, puis maladroitement empressé, Elio ne reçoit aucun signe d’encouragement de la part d’Oliver. Lorsque, enfin, il se décide à lui avouer ses sentiments, la réaction d’Oliver paraît sans appel : « On ne doit plus parler de ça, Elio. Jamais. » Or, réciprocité il y a.

     

    Finesse et subtilité

       

    Débute alors, en deuxième partie, une valse-séduction à laquelle les parents d’Elio ne sont pas aveugles, quoique leur opinion reste dans le domaine du non-dit. À cet égard, la mise en scène de Luca Guadagnino est d’une précision remarquable sous ses dehors dégagés. Ainsi s’attarde-t-il juste ce qu’il faut, tantôt à un regard de la mère, tantôt à un demi-sourire du père.

    Aller voir Appelle-moi par ton nom ou pas? La réponse de François Lévesque :
     

     

    À chaque détour, Guadagnino traite avec un tact infini un sujet qui, abandonné à un cinéaste moins sensible, aurait pu devenir scabreux. Cela se traduit notamment par ce qu’il choisit de montrer et ce qu’il choisit de suggérer.

     

    Il faut dire que les rapports humains, par exemple ceux qui se développent entre Elio et une jeune fille dont il essaie un temps de se convaincre qu’il en est amoureux, sont abordés avec finesse et subtilité dans le scénario coécrit avec James Ivory (Maurice, Howards End).

     

    Follement romantique

     

    Âgé de 21 ans au moment du tournage, Thimotée Chalamet, qui passe de l’anglais au français à l’italien, souvent dans la même scène, est une révélation en Elio, rôle qui appelle à la fois maturité et naïveté. Exsudant un charisme qu’on ne lui connaissait pas, Armie Hammer incarne avec un charme désinvolte l’objet de son affection. Amira Casar et Michael Stuhlbarg rendent quant à eux parfaitement crédible cette famille d’esthètes, le second héritant par ailleurs de la scène la plus forte du film, ce moment où le père, conscient du désarroi de son fils, le console tout en l’aidant à prendre conscience de l’incroyable chance qu’il a d’avoir vécu ce qu’il a vécu, parce que c’était vrai, et parce que c’était beau.

     

    Troisième volet d’une trilogie que Luca Guadagnino a consacrée au thème du désir après Amore (I Am Love) et Au bord de la piscine (A Bigger Splash), Appelle-moi par ton nom s’impose comme son oeuvre la plus achevée (et primée). Elle est, par surcroît, à l’image du climat italien cet été-là : langoureuse, ensoleillée, et follement romantique. À défaut de pouvoir retomber amoureux pour la première fois, on se réjouit à la perspective de revoir le film.

    Appelle-moi par ton nom (V.O., s.-t.f. de Call Me by Your Name)
    ★★★★ 1/2
    Drame sentimental de Luca Guadagnino. Avec Thimoté Chalamet, Armie Hammer, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel. Italie–États-Unis–Grande-Bretagne–France–Brésil, 2017, 132 minutes.












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