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    Critique

    «Rock’n Roll» – Appelez mon agent, et mon entraîneur

    Après Michel Blanc, au tour de Guillaume Canet de se farcir une grosse fatigue de cinéma

    2 décembre 2017 |André Lavoie | Cinéma

    L’expression s’applique surtout au sort malheureux de plusieurs séries télévisées décrivant ce moment fatal, celui où tout part en vrille et sombre dans le ridicule. Le fameux « jumping the shark » signifie un possible naufrage à la Titanic, lent mais inéluctable, et trouve parfois son équivalent au cinéma.

     

    On en a un bon exemple dans Rock’n Roll, de Guillaume Canet (Ne le dis à personne, Les petits mouchoirs), par ailleurs une comédie « autobiographique » qui regorge de joyeux coups de griffes sur les caprices des stars du septième art. Pour Canet, depuis longtemps devant et derrière la caméra, conjoint de l’actrice française la plus célèbre de l’heure, Marion Cotillard, cette vision de l’intérieur n’est pas sans rappeler la démarche de Michel Blanc avec Grosse fatigue (1994). Dans les deux cas, de nombreux amis connus sont appelés en renfort (ici Gilles Lellouche, Yvan Attal, Kev Adams, etc.), jouant leur propre rôle, ajoutant ainsi une dose de dérision réaliste à ces radiographies parfois impitoyables, le plus souvent légères.

     

    Le Canet que nous découvrons vient d’atteindre la quarantaine, et le temps de s’exhiber en maillot de bain aux côtés de Leonardo DiCaprio dans The Beach est bel et bien terminé. Sur un plateau de tournage, Camille (Camille Rowe), sa jeune partenaire, souligne sans malice son côté bien rangé et propret, une remarque qui le pique au vif… et le fait basculer du côté obscur du vedettariat, des infidélités conjugales (seulement en rêves !) et des paradis artificiels.

     

    À ses côtés, Cotillard pratique, avec acharnement, son accent québécois — on a déjà entendu pire ! — pour le prochain film de Xavier Dolan, de plus en plus perplexe devant les écarts de conduite d’un conjoint qu’elle a connu plus discipliné.

     

    Cette escalade d’incartades, les plus évidentes (une explosion de colère en plein tournage, air connu) comme les plus insolites (une visite chez un Johnny Hallyday quelque peu émasculé), renforce notre vision déjà caricaturale d’un milieu que l’on croit souvent, à tort ou à raison, peuplé de caractériels. Canet ne fait rien pour nous en dissuader, dépeignant un monde avec lequel il a visiblement des comptes à régler — l’échec cuisant de son premier film en anglais, Blood Ties (2013), a laissé des traces.

     

    Rien de plus amusant, de plus jubilatoire, pour des amateurs de cinéma que ces tableaux grandeur nature sur les moeurs des artisans et les procédés de fabrication de cette magie sur grand écran. Or un deuxième film vient parasiter Rock’n Roll, basculant dans la critique de la tyrannie de l’apparence et l’obsession du muscle bien huilé, Canet se changeant en poupée gonflable doublée d’un agaçant douchebag aux fins de la démonstration.

     

    Non seulement la transformation n’est en rien convaincante, mais son côté bancal ne suscite que l’ennui, une blague qui au départ avait son charme (comme celle de l’accent québécois de Cotillard), mais dont la répétition insistante la rend aussi vide qu’un ballon chargé d’hélium.

     

    Avec Rock’n Roll, Guillaume Canet le cinéaste voulait signifier son retour : mission accomplie. Mais pour cause de « jumping the shark », son grand retour, lui, devra attendre.

    La transformation de Guillaume Canet n’est en rien convaincante...
    Rock’n Roll
    ★★ 1/2
    Comédie de Guillaume Canet. Avec Guillaume Canet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Camille Rowe. France, 2017, 123 minutes.












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